AUTOBIOGRAPHIE RIMÉE
Venant de la grande guerre de Crimée, j'ai tenu garnison en Sardaigne, travaillant comme menuisier, Je me liai d'amitié avec les habitants de Sanari. Je pris mon congé et rentrai au pays ; par l'intermédiaire d'un de mes beaux-frères, je vis à Livourne la jolie fille. Avec un si joli nom et un leint délicat, en quinze jours nous étions mariés. J'ai su depuis qu’elle était de Biela.
Quelques jours après l'avoir épousée, je la connus et en eus assez. Mère et fille étaient de mauvaises pièces.
(1) Du mattoïde Ver. Jean, 65 ans, menuisier : de retour de Crimée, il se marie avec une malheureuse qu'il abandonne ; en Sardaigne, on lui fait épouser une domestique enceinte ; il la quitte pour retourner avec sa vraie femme. Les affaires marchent mal, on lui fait un procès pour bigamie, incendie et adultère. Arrêté, i] est acquitté, le crime étant prescrit. Lui, s’en prend au juge. De retour à Turin, il déploie un drapeau rouge et vert, symbole de son innocence et avec son drapeau veut chasser l'amant de sa femme de sa boutique. I lui fait un procès, envoie quatorze recours à la Commission pour le patronage gratuit et cinq procès. Son écriture est à lettres allongées. Ce qu’il raconte est enfantin, primitif, plein de morceaux et de périodes détachés, style biblique, appliquant toujours devant les noms le même adjectif, par exemple devant celui de sa femme il mettra toujours l’épithète — insoumise.
Je me suis marié à une heure matinale, pour n'être pas vu du peuple. Quand le cortège arriva, j'invilai son frère ct il me dit que j'avais mal agi; si j'avais attendu je n'aurais pas épousé.
Il avaitentendu dire que la belle ne pouvait plus se marier, qu'eile était déshonorée, et que sa mère n'avait pas craint de la prostiluer.
Je lui dis, en entendant cela, que j'étais content de m'être marié avant son inlervenlion.
Je dis alors à son frère que ce n'étaitque de la jalousie, et nous partimes pour qu'on ne trouvât rien à redire à cette lille, et s'ils ont quelque chose à nous dire, qu'ils viennent dans notre pays. Je suis soldat de Crimée, et je saurai le leur faire voir.
Nous partons de suile et prenons le chemin de fer pour retourner chez nous.
Trois ou quatre jours après le mariage, j'ai bien connu ce qu'elle était. Elle me prenait tout simplement pour se couvrir et me faire perdre la cervelle. Elle voulait retourner dans son pays pour retrouver celui-ci, celui-là, faisant comme avant, avec un amant.
En cherchant à réparer tout cela, je prends la famille, père, mère el lille. Ils veulent me quitter, aller à Livourne, où sont ses amants, habiter leur pays, me laisser seul pour ne jamais revenir.
Le dernier de l’an 1858, ils font leurs paquets, les chargent sur une carriole, avec toute la famille, père, mère et fille.
Au moment du départ, je me mets à genoux devant eux pour les prier de ne pas partir, implorant leur pardon et leur patience, pleurant à chaudes larmes, je l'aurais rendue heureuse, si elle élait restée à m'aider. En ma présence elle disait m'avoir épousée par force pour faire plaisir à sa mere, autrement sa mère l'aurait luée.
Je lui dis qu'elle m'avait trompé et le 1° Janvier 1859, je partis.
Je disais dans mes larmes de ne pas s'étonner. Je ne devais pas prendre la mère avec moi si je ne voulais pas qu'elle emmène sa fille. Ainsi ils partirent à Coggola, et y restèrent, en me disant au bout de huit jours de m'en retourner seul pour me tranquilliser.
Quand elle fut la elle ne voulut plus revenir, elle préférait
aller au bal masqué pour s'amuser.
Impatienté, au bout de huit jours, je vais au pays : ils me reçoivent comme un brigand, sans m'offrir de me rassasier; le soir on me fait coucher seul, dans une chambre froide comme une glacière, sur une table, sans couverture.
Je vois qu'il me faut partir, si je ne veux pas tant souffrir.
J'écris à l'évêque de Biella lui disant et lui expliquant les choses comme elles étaient ; il fait immédiatement appeler la mère et la fille pour s'expliquer ; la malicieuse mère conseille à sa fille de prier Monseigneur de lui servir de père ; que moi je lui faisais manger de la viande de cheval et de chien. Monseigneur m'écrivit bientôt qu'il n’était pas compétent pour obliger ma femme à venir avec son amant.
Quelques mois après je repars pour la guerre de 59. Depuis la mémorable journée du 24 juin, Solférino et San Martino, les lettres que je recevais me disaient qu'ils auraient été contents que je fusse perdu. Je me décidai donc à ne plus retourner au pays, pour sauver l'honneur militaire que J'avais acquis à l'armée. En travaillant de mon métier de menuisier, je me fis honneur en tout pays el ainsi je partis pour Sassari.
J'avais alors recouvré l'estime de tous ceux qui m'avaient connu auparavant.
Je fus appelé à Ozieri et de là à Iitiri où je fus trompé (1). Je me suis fait estimer des gens de ce pays comme menuisier, La domestique m'appelait M. le Chevalier sans me demander d'où j'étais (1).
Voulant que ce soit fait, je le fais faire de suite. Sachant ce qu'était la bourse, je veux parlir sans façon. Sans prévenir cependant maître Jean et de faire cela immédiatement (1).
Comme on n'avait pas fait l'amour, maîlre Jean ne se doutait de rien, attendant l’attental pour écrire au maire ou au curé, qui l’auraient demandé pour quelque fait.
Voyant que ce n'était pas de cela qu'il s'agissait, il laissa faire au chevalier ce qu'il voulait.
Mais quand le chevalier se trouva dans l’embarras,moi je disau menuisier : faut faire les choses vile sans attendre si longtemps.
(1) Le sens est souvent altéré à cause des exigences de la rime
Autrement il n'y aurait plus moyen de nous en sortir honorablement.
Les parents de Marguerite me tourmentaient pour l’épouser disant qu'autrement ils prendraient le fusil.
Je leur dis de me laisser faire, que j'irais chez mon ami et arrangerais tout bien vile.
En arrivant de Sassari avec la permission, on fit une seule publication et je l’épousai sans plus de paroles. Maître Jean comprenait bien que c'était mal fait mais comme il n'avait pas d'argent el qüe Marguerite ne savait pas tout il fut obligé de se marier pour tout sauver. Quand tout, fut fini maître Jean fut se coucher croyant être heureux avec Marguerite mais la nuit se passa sans se divertir.
Toute la nuit Marguerite ne fit que pleurer. Elle ne voulait pas rester seule avec maître Jean. Elle voulait aller avec le chevalier, rester avec lui, laissant maître Jean seul, et faisant annuler le mariage.
Maître Jean avait un petit jardin et voulait le faire cultiver. Le chevalier envoya Marguerite expressément pour travailler, portant une rose avec elle ; elle la présenta à Jean pour la senlir : À peine arrivée elle veut me donner la rose à sentir. Elle me dit où il faut passer pour déposer le rose au jardin.
Elle veut aller au jardin unir la rose au jasmin (1).
Elle passe entre le lit et le mur, et m'attend. Je dis à maître Jean qu'elle est au jardin pour unir la rose au jasmin. À maître Jean elle montre la rose: comme elle était jeune, il dit n'avoir jamais vu une rose comme celle-là ; il la croyait au contraire tamponnée, usée, effeuillée et fréquemment fleurée. Maître Jean est obligé de tout couvrir et de ne rien dire dans le pays.
Trois mois après le bruit court dans le pays que les parents de Marguerite veulent savoir ce qu'est ce mariage avec un étranger, qui a empêché le chevalier de bien faire les choses.
Le chevalier ainsi interpelé m'appelle avec mes amis, disant qu'il voulait que ça finisse.
Il charge l’ami Antoine Jul... de conseiller à son camarade
(4) Allusions érotiques.
d'accompagner maître Jean pour partir à l'instant avec ses vêtements et 40 francs ; et ce soir, sans parler à âme qui vive, qu'il prenne le bateau et disparaisse vite.
Puis quand il sera à la frontière, qu'il écrive et il lui écrira quand il devra revenir.
Et comme le chevalier l'avait décidé, il partit avec 40 francs, comme un malheureux.