‹ Les palimpsestes des prisonsChapitre 116 sur 131 · LES DERNIERS TROIS JOURS D'UN VOLEUR SUICIDÉ · texte numérisé non relu

LES DERNIERS TROIS JOURS D'UN VOLEUR SUICIDÉ

Je meurs parce que je suis trop humilié de mon sort. Il ya 9 ans que je fais le voleur et n’en ai pas encore assez ; 2,558 jours de prison en 9 ans ; infâme destin ! J'ai toujours été convaincu que de fairele mal, cela ne pouvait pas durer longtemps, que sa durée était brève, mais une force indomptable me poussait au vol ; vivant, je serai toujours un voleur et mourrai en prison ou aux galères et je ne veux pas mourir de maladie en prison.

Je n'ai que cel infâme vice; du reste je ne suis pas querelleur, n1 efféminé, ni joueur, ni buveur, je suis un infäme voleur, un

(1) Nouvelle tentative de suicide, la troisième.

porc immonde, le vol ne m'a jamais procuré aucune félicité. Soyez maudits! vous tous qui avez été mes compagnons d'infortune parce que lorsque vous parliez de votre passé, vous ne parliez que de mille francs. Sovez maudits mille fois, car avec vos racontars, vous avez alléché ma faible imagination en me faisant espérer la possibilité de faire fortune en volant.

Si J'étais fort, je voudrais vivre pour essayer de la vie des campagnards travaillant la terre, mais je suis faible, débile, je succomberais à la tâche. Je meurs voleur, mais j'ai toujours abhorréde l'être ; la compagnie dans laquelle la société, provoquée par moi, fut contrainte de me confiner, je l’ai toujours eue en horreur ; je me suis souvent fait la promesse, j'ai juré de ne plus voler, mais, sort bâlard, je fus toujours parjure. Maudit soit le jour qui m'a vu naître.

Jeunes gens! écoutez les paroles d’un misérable qui dans peu d'heures ne sera plus. Ne croyez pas à ce que les voleurs vous racontent de leurs richesses et de la bonne vie qu'ils ont passée ; tout cela n'est qu'idéal et n’a jamais existé pous eux. Jetez ur regard autour de vous et regardez tous ces vieux chenus qui se vantent d’être fourbes et voleurs, demandez-leur où sont leurs richesses(ils ne les ont jamais eues que dans la tête); ils ont passé leur jeunesse en prison, leur virilité en réclusion ou aux galères et ils terminent leur vieillesse en prison ou à l’hôpital. Soyez certains que sur dix voleurs, un sera heureux, les autres subiront le châtiment qui leur est dû. |

Pourquoi voler les biens de ceux quisuent dans les ateliers ou fatiguent honnêtement ? Cette chose. je l'ai toujours pensée, mais mon destin était écrit dans le ciel. Camarades inexpérimentés ! laissez le vol de côté, le travail seul vous fera passer des jours tranquilles; en volant vous traînerez une vie pleine d'humiliations, de douleur, d’abrutissement, vous vous ruinerez le corps qui perdra sa vigueur, votre âme s’abrutira, votre œil perdra l'expression, votre mémoire deviendra obtuse, la vie vous sera odieuse. Si vous avez une sœur pensez à elle, pensez à votre mère, à votre patrie, travaillez, travaillez.

Si vous n'êtes pas capables de vous vaincre, faites comme moi débarrassez la Société de votre pernicieuse présence. Le suicide est la mort la plus honorable que puisse avoir un voleur : il est

semblable à un roi, son corps est laissé attaché au lacet Jusqu'à ce que les juges et le Procureur viennent constater sa mort. Parmi ces gens, il y en aura qui verseront une larme à la vue de la misérable dépouille et diront : « Pauvre jeune homme lil doit avoir bien souffert pour ne plus se sentir capable de vivre. » Le suicidé aura la certitude que sa tête ne servira pas d'horrible pâture aux vers et aux taupes el la satisfaction de savoir que son crâne sera un objet d'études et passera entre les mains des plus illustres professeurs. En mourant de maladie, pas une larme ni une parole de compassion ne tomberont sur sa fosse : son corps sera comme celui d’un chien. Que puis-je faire au monde, quand je Suis certain que je ne pourrai jamais me débarrasser de l’infâme vice qui me tourmente ?

La vie de l’honnête ouvrier doit être bien belle et bien heureuse au sein de sa famille ; il doit apprécier ce que j'ai méconnu. Mais une passion ne pourrait-elle pas en étoufler une autre ? Si je trouvais une de ces femmes qu'on peut nommer des anges sur terre ! Non, l'amour est un sentiment que je ne connaîtrai jamais. Infamie sur moi et sur ceux qui me plaignent! Les camarades qui m’entourent, quand ils écoutent le gracieux idéal que je forme, excité par mon fatal destin, me murmurent à l'oreille : « Tu voleras toujours, tu mourras voleur. » Je suis superstitieux el crois aux augures.

Je meurs, content de libérer la société d'un monstre tel que je suis. N'ayez pas de pitié, Ô Juges, pour les récidivistes, car ce sont des infâmes qui ont eu au moins une dizaine d'élèves auxquels ils ont enseigné à voler. Au lieu de faire connaître à ces jeunes gens l'horrible voie que j'ai suivie, ils les émerveillent en leur racontant des vols exorbitants inventés par eux : pensez que vous êtes maudits, misérables.

La compagnie m'est odieuse ; j'aime l'ombre, le silence, la solitude, j'abhorre tout et tous, moi aussi premièrement. La vie pour moi, est un fardeau trop pesant, elle m'opprime ; en mourant, je ne fais que m'alléger d'un poids qui m'écrase. Soyez maudits, vous tous à légistes, qui condamnez avec tant de sévérité les malheureux tombés dans l'erreur. Soyez maudits parce que vous ne vous occupez plus d’eux après les avoir envoyés dans ces lieux de peine et de douleur. Selon votre manière de

voir, dans ces maisons, où vous représentez la société, vous nous procurez du travail afin que nous apprenions une profession qui nous permelte de nous réhabiliter: soyez maudits, parce que vous trompez la société. Dans vos maisons de correction on devient paresseux, sans une idée de repentir ; on se voit encouragé à mal faire, parce que ceux auxquels vous confez le soin des voleurs sont plus voleurs que les voleurs mêmes et ils ne songent qu'à engraisser leur bourse ; soyez maudits parce que vous vous laissez tromper et qu’ainsi vous laissez dans l'oisiveté pendant de longues années des jeunes gens qui auraient besoin qu'on leur apprit une profession pour se remettre dans le droit chemin. Voilà pourquoi vous avez tant de récidivistes, la faute en est à vous. Soyez maudils parce que tel a été mon destin : au lieu de m'amender vous m'avez rendu dépravé jusqu'à la moelle.

Que tu sois maudite, société affable mais sans cœur ! c’est à toi la faute si je suis devenu un voleur de profession, parce que quand je vins pour la première fois en prison, tu me laissas pendant des années en cellule, sans travail, en proie à mes tristes pensées ; alors je pensais à voler, en volant je devenais millionnaire, etc., etc. Que tu sois maudite! que la terre s'ouvre et t’engloutisse ; que lu souffres les plus terribles tourments de l’agonie. Sois maudit toi, Dieu infâme, qui permit que je vinsse au monde pour te divertir de mes malheurs, toi dont les infâmes ministres disent que tu peux tout et « qu'ilne se meut pas une feuille sans ta volonté. » C'est donc que tu voulus que je fusse un voleur? Pourquoi ne m'aides-tu pas? Je te l'ai pourtant demandé bien souvent. Toi, comme père de toutes les créatures, tu es le plus infâme des coquins. Dans l'extrême misère où Je me trouve, je cherche un soulagement en me donnant la mort, mes maux et mes peines me font parailre les heures trop longues; je passe des jours entiers à contempler l'air et la beauté de la nature, mes pensées me tourmentent, la tristesse pèse sur mon cœur mais je ne puis l’étouffer.

Mes yeux se promènent sur la cité qui fut le berceau de mes infortunes et sur les collines qui l’environnent; les plus belles images de la vie s'offrent à ma pensée; pendant le cours de ma vie, je n'ai éprouvé que de fausses illusions et d'amères déceptions, mon cœur n'en peut plus. O ma destinée, comme

tu es affreuse, comme tu es horrible! La prison est pour toujours ma demeure; je dois attendre ici, en trainant une vie déplorable, la fin de mes jours. La nature a pourtant versé la félicité pour tous en ce monde et moi je suis ici, sans amis, loin de tout ce qui m'est cher. Infâme destin! Pourquoi suis-je né? Comme un fils deshérilé, j'ai devant moi le riche patrimoine de la famille humaine, et le ciel avare envers moi ne me donne pas ma part. Non, non, non, il n’y a plus de bonheur pour moi sur cette lerre.

Le convoi passe ici près, siffle et me dit : « Je vais à Biella! » Dur tourment, là se trouve ma mère et mes sœurs qui pleurent sur moi. A la pointe de l'aurore, les passants chantent el semblent me dire : « Tu es là. — Tu es là. » Quand les soldats vont sur la place d'armes avec leur musique, ils me disent : « Nous sommes libres et contents parce que nous sommes honnètes! » Maudite soit la nalure! Je désirais être soldat, celle-ci fut ingrate envers moi, je fus réformé; dès le berceau, tout conspira contre moi, que le monde entier soit maudit. Tout me tourmente et me fait paraître lexistence odieuse, le passé me torture, l'avenir m'épouvante, J'ai trop embarrassé la société de ma présence. Ne croyez pas que je me donne la mort par peur de la condamnation qui m'attend, non, je suis habitué à la prison; je meurs parce que je voudrais être un honnète ouvrier, je sens que je ne le puis pas et je ne veux plus causer de préjudice à personne.

Soit dit entre parenthèses, je n'ai pas de regrets du passé, j'ai loujours eu un cœur de marbre, mais à présent, l’idée de devoir aller une autre fois devant les juges m'épouvante, la honte me fait peur, l’inquiétude d’une existence qui s'annonce lerrible pour moi, m'a amaigri la face; mon regard déjà s’éleint, il est sombre et troublé; les couleurs roses de la jeunesse ont disparu de mes joues; je suis perdu, je suis un misérable, le plus vil de tous les hommes. Que je sois maudit et maudite soit la terre qui servira de tombe à ma charogne, Mais moi qui suis las de vivre, je serai peut-être plus infortuné qu'un autre ; mon âme, mon esprit seront toujours les mêmes; mais tout cela est encore à voir, peut-être l'âme et l'esprit ne sauront-ils rien, moi mort tout sera fini.

288 PALIMPSÈSTES DES PRISONS

La vie pour moi n'a plus d’attrait. Pourquoi la désirer quand on n’a pas l'espérance d'être heureux? Pour vivre encore quelques années de la manière dont J'ai vécu? Vivre pour ma famille? Pourquoi? Quelle consolation ai-je donnée à ma mère, à mes sœurs? Hors de moi, tristes pensées, la vie pour moi est un chagrin, je meurs.

En écrivant ma vie avant de laisser ce monde, j'ai voulu jeter un coup d'œil d'adieu sur la route que J'ai parcourue et lancer une terrible malédicüon à ce Dieuinfâme qui m'a mis au moude pour me torturer; en écrivant ces pages, Je veux prouver que je quitte la vié avec toutes mes facultés mentales et que je la laisse sans autre remords que celui d'avoir été indigne de porter le nom que mon père m'a donné. Vous tous, délégués, agents et autres, puissiez-vous mourir d'une horrible mort, vous qui avec vos infâmes tromperies, approvisionnez de locataires les prisons et les bagnes; mourez avec des douleurs et des spasmes atroces, vous tous, voleurs, espions, vous qui ignominieusement, conduisez vos camarades à l’abaltoir après leur avoir donné les moyens de commettre les vols et les avoir aidés à les exécuter. Soyez maudits.

Je désire que mes vêtements, après ma mort, soient partagés entre les quaire infirmiers. Je laisse à F. Giorgo mon vêtement qui est au magasin ainsi que la chemise. Je prie M. Lombroso d’expédier à son adresse la leltre suivante, qu'il trouvera à la suite de cet écrit.

Chère mère et aimée sœur,

« Vous habitez une chambre obscure, au milieu de la misère et vous la supportez ; vous pensez quelquefois aux temps passés, mais vous vous résignez. Au temps où vous habitiez Turin, vous étiez vêlues à la mode, vous viviez aisément, maintenant vous vivez d'ennuis et de privations, et pourtant vous êtes honnêtes. Vous avez abandonné Turin par la faute d'un ingrat qui vous déshonorait, Vous espériez vivre tranquilles dans la ville que vous aviez choisie pour vous réfugier; mais là aussi votre bourreau est venu vous déranger : il n’y a que douleur et misère parlout où Je passe! Je suis maudit! Pauvre mère! Pauvre sœur! vous avez une croix bien pesante

à porter, vous êtes malheureuses par la faute d'un réprouvé qui charge votre vie d'amertumes infinies. Mais je ne suis pas moins malheureux que vous.

« Cette lettre est la dernière que je vous écris et qu'une personne bien née, à laquelle j'ai écrit ma vie, vous fera parvenir : alors je ne serai plus, j'aurai dit adieu au monde afin que vous viviez tranquilles. Je ne convoite pas la liberté, parce que, libre, je ne puis demeurer sans vous et je ne puis rester sans voler : que faire donc de la liberté quand je ne puis plus suivre ma fantaisie, quand il n'y a plus d'espérance? Ma marguerile est effeuillée, il n’en reste plus que la corolle jaune, nue et effeuillée. Adicu mère adorée! adieu mes incomparables sœurs! adieu, espoir d'un heureux avenir. Si je meurs c'est pour ne pas couvrir d'opprobre le nom que je porte, car je suis un infàâme, sans courage, el j'ai toujours le même vice qui m'a tourmenté jusqu'ici; ma réhabilitation est impossible.

« Ma mort est nécessaire; vivant, d'ici à quelques mois je serai traduit devant la Cour d'assises, le représentant de la loi me couvrira d'ignominie, il me dépeindra à la société comme un monstre infâme, digne de peupler les bagnes et je me verrai condamné à la réclusion. Tout se publiera sur les journaux et vous, sœur et mère, rougirez et aurez honte de votre nom, vous n'oserez plus fréquenter les amis; moi mort, personne ne s'occupera de moi. Ce sera l'unique sacrifice que j'aurai fait pour vous; acceptez-le et pensez que, mort, j'aurai ni de souffrir et vous de baisser le front. J'espère que vous porterez une croix sur ma tombe, je vous prie d'y inscrire ces quelques lignes, afin que cela serve d'exemple :

« Jeunes inexpérimentés — qui passez ici — arrêtez-vous un peu — et pensez — à la triste fin — de celui qui gît ici — une

passion tyrannique plusieurs fois — le conduisit en prison — Le 26 mai 1886 — neuvième anniversaire de sa première

arrestalion — las de souffrir —ferme etimmuable —il se donna la mort. »

« Vous direz à Charles ma triste fin et le prierez de la cacher pour toujours à sa femme et à son fils. Adieu, priez pour mon âme, je meurs repentant de tout ce que j'ai fait. Mère, tu me donneras ta bénédiction ? »

Monsieur le professeur aura-t-il la bonté de faire transcrire celte lettre et de l'adresser à M"° veuve Visc... à Biella.

O mort, ma chère! Reine de tout le monde, consolatrice de tous les maux, viens me libérer de cette abominable vie, Délivre cette âme délaissée des liens qui l'empêchent de prendre son vol. Soulage-la du poids qui la traîne dans la fange. En soupirant, en pleurant, je me recommande à toi. O mon espérance ! Ne fuis pas loin de moi ! Cette vie que j'abhorre, je te la donne de toutes mes forces. Accepte, Ô chère, l’indigne présent, laisse vivre à ma place un honnête père de famille qui soit utile au pays, utile à ses contemporains, lié à la vie par ses affections, coopérant au bien commun dans la mesure de ses facultés.

Bons Turinois, très-bons [laliens, avant de mourir je vous demande pardon si J'ai déshonoré, par mes actions, Turin et l'Italie, compatissez à ma douleur, j'ai toujours désiré être un honnôte ouvrier, mais le destin commande.

Mes bien-aimées mère et sœurs, comme vous êtes présentes à ma pensée maintenant, comme je me rappelle les déplaisirs que je vous ai donnés et je maudis le vice qui m’a jeté en ce lieu ! Je suis mort en volant : le papier sur lequel j'écris, la plume, l’encrier, la corde, j'ai tout volé. Voilà la prophétie réalisée...

Je n’ai pas pu me donner la mort, mais cela ne m'empêchera pas de réussir une autre fois; soit par nature, soit à la suite de mes infortunes, j'ai toujours eu cette idée. Voyez, je ne sais rien faire, et de toutes les faveurs dont le gouverneur du monde charge les hommes, je n'ai jamais joui d'aucune. J'ai fait du bien aux camarades lescroyant des amis, ils m'ont lrahi; j'ai volé, d’autres ont joui du fruit de mes lareins et je suis sans fortune. Autrefois j'ai eu la volonté de vivre, je voulais partir pour aller en Amérique ou en France et pour cela je priai à Saluce, mon unique ami Cap... de m'enseigner le français, mais je suis libre, tout passe, je ne me souviens plus de ce que j’ai souffert; je n’ai rien souffert, car en prison je ne souffre pas, ma pensée est libre, c’est le corps seul qui est prisonnier. Par la pensée, j'ai toujours été richeet j'ai toujourseuchevauxetcarrosses, je mesuis fait faire de grands palais dans toute l'Italie. En prison je suis presque tout le Jour tranquille, je ne pense qu'à ma mère et à mes sœurs, Je pense que j'ai toujeurs volé et que je ne puis rester sans voler.

PALIMPSESTES ŸDES PRISONS 291

J'ai fait partie de toutes les bandes fameuses — de voleurs — qui ont infesté Turin, je suis voleur et filou de toutes les manières et je ne suis capable de rien faire de bon. On me nomme dehors Le Politique parce que J'ai toujours embrouillé présidents, juges, délégués, espions, mais celle fois j'ai été trahi et je ne puis plus me consoler : si j'avais la consolalion de pouvoir embrouiller la justice je serais encore un peu heureux, mais sous Gal... la police choisit trop bien ses espions et mon délateur se la passe Joyeusement en liberté en faisant d’autres victimes.

Je ne me lamente etne me lamenterai jamais, si longue que soit ma condamnation parce que J'ai mérité cent fois d'aller en galère : et puis je ne désire plus la hberté car je ne veux plus voler parce que j'aime trop ma mère et mes sœurs. Donc si je ne pouvais me {uer ici, J'aurais toute ma commodité en hberté, avec celle différence que Je souffrirais trop. Mais, quand je me mets un clou dans la tête je veux y réussir, aussitôt que j'en aurai l’occasion, je le jurerais et l’écrirais avec mon sang, car je ne suis pas sûr qu'une fois libre je ne recommencerai pas à voler, je ne ferai certainement pas le cireur de bottes ni le porteur de journaux; dans les cafés et chez les liquoristes, Je ne peux plus y travailler car j'ai été trop souvent en prison et d’ailleurs quand je sortirai Je serai si débile que je n'aurai plus aucune force. Si je cherche à aller ailleurs, la police ne me fera pas de passeport pour l’extérieur, ou si elle le fait, elle y inscrira que J'ai été condamné et ainsi publiera que je suis un fripon.La magicienne m'a dit, par le jeu de cartes, que Je mourrai de mort violente et je ne cherche pas d'autre mort, Personne ne doit penser à moi car je ne vaux rien. Je ne puis rien dire car je ne veux plus mourir en prison : je pense autrement et quand je sortirai Je saurai ce que j'aurai à faire. Je ne puis plus écrire, je n'ai plus aucune volonté: je n’ai pas pu mourir, mais je ne vivrai pas, je végèterai.

AUTOBIOGRAPHIE DU BRIGAND F. S. DE CATANE A l’âge de 6 ans je prenais déjà chez mes parents tout ce qui

pouvait se manger pour le donner à mes camarades; cela dura jusqu'à ma neuvième année. Après cela mon père me mit en

apprentissage chez un restaurateur chez lequel je continuai à prendre tout ce que je pouvais attraper, pain, bouteilles de vin, argent, puis j'allais avec mes camarades, jouer et manger. Une fois, en Jouant à pile ou face, j’eus une discussion avec un de mes compagnons et nous commençâämes à échanger quelques coups de poing; ne pouvant me défendre avec les bras, d'autant plus que mon adversaire élait plus fort que moi, je me jetai sur lui par derrière, comme un chien enragé, et lui mordant l'oreille, j'en emportai la moitié. Une autre fois, je volai un fromage à mon patron et l'emportai à ma maison; dans le moment, je fus surpris par mon père qui me donna une bastonnade d'importance. Trois mois après ce fait il me retira de chez mon patron. Pendant l’année 1848, au moment de la révolution dans ma patrie, en cheminant dans une rue, j'eus l’occasion d'observer dans un palais, quelques paysans qui emportaient des objets; j y allai aussi et pris une ombrelle de soie et un mortier de droguiste. Dans la même Journée, voyant d'autres personnes occupées à transporter de lPhuile d'un magasin, j'en emportai également une cruche.

Mon père, voyant ma mauvaise vie, me donnait continuellement la schlague avec un paquet de cordes, alors je restais dehors quatre ou cinq Jours puis, à cause de ma pauvre mère, je retournais chez mes parents. A l’âge de 13 ans, je me rendis un jour dans un cabaret où se trouvaient quelques paysans qui jouaient aux cartes et m'assis près d'eux. En même temps je commençai à badiner avec eux ; mais cela ne plut pas à l’un d'eux qui allongea la main vers un bâton pour m'en frapper; mais moi, m'emparant d’une bouteille qui était sur la table, je la lui envoyai sur la figure et me mis à fuir, d'autant plus que c'était un jeune homme de 20 ans. Un mois après mon père me mit charretier en compagnie de mes frères, travaillant avec nos bêtes, car nous avions deux mulets et un cheval. Mais je n'ai jamais eu beaucoup de bonne volonté au travail, aussi abandonnais-je à chaque instant mon mulet et ma charrelte pour aller avec mes camarades, boire et jouer. Pendant que J'étais dans le métier, je m'exerçai plusieurs fois à voler quelques poules, et quand mon père me donnait de l’argent pour acheter de l’avoine aux bôtes, j'allais le dépenser au café. À tout cela je

dois ajouter la honte que j'avais d’être frappé brutalement par mon père qui alla jusqu'à me lier à une traverse pour que je ne puisse pas m'enfuir.

A l’âge de 18 ans je me rendis un soir, en compagnie de dix ou douze amis, dans un cabaret. Arrivés là nous nous mimes à jouer du vin ordinaire; je gagnais, mais l’un de mes compagnons prétendait avoir également gagné, nous échangeñmes quelques parole et celui-ci ayant en main une grosse canne, se mit à me bâlonner; alors tirant un couteau que j'avais en poche, je commençai à m'en servir et lui en donnai quelques coups qui le mirent, pendant environ 30 Jours, en mauvaise santé. Pour cela mon père dut payer la somme de 300 francs et je ne subis pas de condamnation; ma mère étant fileuse de soie, il arriva quelquefois que je lui en emportais quelques écheveaux que je donnais à une femme mariée. Une fois j'eus l’occasion d’avoir entre les mains les clés du coffre où mon père mettait son argent; j'en fis faire une semblable et de temps en temps je prenais quelques piastres. A la fin mon père s'aperçut qu'il lui manquait environ 30 piastres; pourtant il n'était pas sûr que Je fusse le voleur, mais songeant à ma mauvaise conduite et aux fautes que j'avais déjà commises, il m'altribua immédiatement la faute et l’on peut s'imaginer quel fracas il fit et quels coups il me donna; de plus mon frère ainé voulait absolument m'assommer, mais ma pauvre mère le retint.

A l’âge de 19 ans je fis un voyage pour un entrepreneur ; avec les pierres je transporlais du fer et autres objets pour travailler la pierre: quelques jours après que J'eus fait ce voyage, je me rendis auprès de l'entrepreneur afin d'être payé de mes peines; celui-ci de jour en jour en repoussait le paiement; un jour, me trouvant assis à la porte d'une cantine au moment où il passait,je m'approchai de lui el lui demandai ce qu'il m'était dû; il me répondit qu'il me donnerait des claques en place d'argent et je lui dis : « Quand vous voudrez me donner des claques vous trouverez à qui parler. » En entendant mes paroles, il prit la chaise sur laquelle j'étais assis un moment auparavant et vint contre moi en me menaçant; mais alors je sortis mon couteau et passai derrière lui. Avant que j'aie pu exécuter mon projel, j'en fus empêché par quelques paysans et l'affaire en resta là pour le moment.

Je restai encore quelque temps sur le lieu de la querelle, et lui alla se poster aux aguets dans la rue que je devais parcourir pour aller chez moi. Je m’acheminat par cette rue et quand je fus arrivé à un certain endroit, je fus tout à coup surpris à l’improviste par cet individu qui me prit par les épaules, me jeta à terre et commença à me frapper horriblement ; à peine délivré de mon adversaire, Je sortis mon couteau de ma poche et lui en donnai deux coups : le premier ne fut pas bien dirrigé, mais le second le blessa profondément à la cuisse gauche; alors je m'enfuis précipitamment et me rendis dans la maison de mon oncle en lui racontant ce qui m'était arrivé. Pourtant, maloré toute la colère que mon père avait contre moi, il eut un peu de compassion et m’expédia un peu a’argent et de linge; dans le même temps 1l me fit éloigner à 24 milles de là, dans un pays nommé Salario, où demeurait un de ses confrères. Mon éloignement dura environ 30 jours, jusqu'à ce que mon père me fit dire que, le blessé étant presque guéri, je pouvais revenir à la maison et qu'il arrangerait l'affaire, Trois ou quatre jours après mon retour à la maison, la chose se fit et je fus condamné à payer les dépenses; ainsi il fut dédommagé et en même temps nous fimes la paix devant le juge instructeur. Trois ou quatre mois après que nous eûmes fail la paix, je me trouvais dans une cantine où je jouais avec quelques amis; le même individu s’y trouvait aussi en compagnie de quelques-uns de ses amis et me demanda si je voulais lui payer un quart de litre : je lui répondis négativement; lui, qui était pris de vin, commença à me maltraiter; alors je me levai de la chaise sur laquelle j'étais assis pour me défendre, mais sans succès, car les amis se mirent entre nous.

Daus ma 21° année, j'entrai un jour dans un cabaret où se trouvait une femme de mauvaise vie qui voulait badiner avec moi ; ne me sentant pas d'inclination pour elle, je repoussai ses cajoleries ; mais alors elle m’injuria à tel point que la patience m'échappa et je lui donnai une grosse claque qui l'envoya rouler les jambes en l'air et je crus l'avoir assommée. Quelques instants après mon départ, arrive son mari qui, la voyant pleurer, lui demande ce qu'elle avait et pour quel motif elle pleurait.

Elle ne voulait rien déclarer, mais son mari insista tellement pour qu’elle lui expliquât ce qu'elle avait, qu'elle fut contrainte de lui narrer le fait ; alors il prit en mains un couteau el s'élança contre moi. En voyant ce mouvement, je pris un gros caillou pour me défendre, mais inutilement, car quelques paysans s'interposèrent.

En arrivant chez moi, je m'armai de mon défenseur en prévision de ce qui pourrait m'arriver, mais, quelques heures après, je fis la rencontre de quelques amis en compagnie de mon adversaire ; ils m’appelèrent, je fis la paix, nous allâmes boire et tout fut terminé,

Dans l’année 1858, après consentement du préteur de Catane, je me séparai de la famille, touchant, pour ma part, une charrette, un mulet et 45 écus. Quatre ou cinq jours après, je vendis la charrette et le mulet. En peu de temps, entre amis, je mangeai tout Pargent que j'avais reçu de ma marchandise, Lorsque j'en fus venu à bout, les amis ne me regardèrent plus et je me retrouvai dans un état assez déplorable ; mon père eut pitié de moi et me reprit dans sa maison.Une de mes cousinesvoyant mon adversité et le mauvais chemin que je suivais résolut de me faire marier, disant que peut-être cela me ferait changer mon genre de vie. En effet, je me mis à faire l'amour. Je dois faire observer qne je vivais avec ma famille, mais que pour dormir J'étais seul, ayant pour cela une petite habitation au rez-de-chaussée et dont, depuis quelques Jours, J'avais perdu la clé ; la porte en était fermée par un simple loquet.

Un soir, rentrant dans ma demeure à environ minuit, pour me reposer, J y trouvai quatre individus qui jouaient et dont l'un était mon compère et l'autre cet entrepreneur qui avait élé blessé par moi. Ils jouaient sur mon lit, Voyant cela, j'empoignai un bâton qui était derrière la porte, pour bàtonner particulièrement mon compère ; mais l'un d'eux s'interposa en me demandant en grâce de rester tranquille ; ils me firent des excuses et s'en allèrent, Deux mois après ce fait, je me mariai et m'établis avec la famille. J’avais pourtant toujours ce maudit vice de m'approprier ce qui ne m'apparlenait pas. Un jour, je pris la somme de 24 écus et quelques objets d'or. Je fus découvert et mis immédiatement à la porte avec le

peu d'effets quim'’appartenaient et j'allai demeurer dans la famille de ma femme. Quatre ou cinq mois après, à la distance d'environ cinquante pas de mon habitation, on déroba à un gros propriétaire la somme de 1 200 écus et un rouleau d'objets précieux. Le même jour, je fus arrêté comme coupable du fait, mais après quelques jours, la justice qui faisait de minutieuses recherches parvint à découvrir le coupable et je fus aussitôt relàché.

À la fin de 1859, je fus arrêté comme vagabond. En 1860, au moment où éclata la Révolution, il vint un consul à la prison de Catane. Je ne sais de quelle nation il était, mais il mit tous les prisonniers en liberté et à peine sorti j'allai travailler en qualité de garçon charretier pour transporter des boulets et de la poudre à canon de Catane à Messine pour le général G..., cela dura dix jours. Un jour, revenant de Caltanisetta à Catane avec un chargement de soufre, j'eus une contestation avec l’un de mes compagnons charretiers et pour ne pas succomber je le frappai si fort avec un piquet que je le laissai inanimé.

A moitié chemin était une taverne où jJ'attachai mon mulet pour le rafraîchir ; les autres charretiers firent de même. Après avoir mangé, nous nous mîmes à jouer au £occo qui est notre jeu habituel, et avec nousil y avait aussi le tavernier. Pendant le jeu, j'eus quelques paroles de contradiction et de plus on me dit que j'étais un malandrin et qu’on allait me corriger. Je répondis qu’un cent de leurs semblables n'étaient pas capables de faire cela. À ces paroles, le tavernier courut à sa chambre prendre son fusil, mais je lui courus derrière avec un couteau que je trouvai à point et je me mis à la porte par laquelle il était entré. Les autres charretiers qui jouaient avec nous accoururent et la querelle n'eut pas d’autre suite. Je détachai immédiatement mon mulet et repris la route dans la direction de Catane, en discourant avec un autre charretier au sujet de la discussion que je venais d’avoir avec le patron de la taverne. Après beaucoup de paroles échangées entre nous deux, au sujet de ce qu'il s'était mis au milieu pour apaiser le bruit entre moi et le tavernier, j'arrivai à Catane.

En janvier 1862, la Révolution déjà prédite ayant éclaté, tout

le monde criait : « Vive Garibaldi! À bas le roi et la police! «NY eut quelques coups d’échangés, mais je n'étais coupable en rien dans cette occasion ; j'étais coupable seulement du méfait précédent, du bruit avec le tavernier, motif pour lequel je demeurai caché quelque temps. Des troupes de toutes armes accoururent pour apaiser le tumulte et remettre l’ordre. Le jour suivant, on incarcéra soixante individus au nombre desquels je me trouvai. On nous emmena à la prison judiciaire pour instruire notre affaire. Cinquante et un furent remis en liberté, sept condamnés à mort et deux à sept ans de carcere duro avec les fers.

Peu de mois après ma sortie de prison, mon frère tomba malade et me donna son mulet et sa charrette pour transporter du matériel destiné à la construction de quelque fabrique. En passant par un chemin avec la charrette mal chargée, Je blessai un cochon avec la roue et lui rompis une jambe. La patronne accourut et m’accabla de reproches injurieux, mais Je suivis mon chemin malgré le mari qui voulait me tuer.

En l’année 1863, beaucoup de gens se rendaient, à l'occasion de la fête patronale, à la distance d’un mille de Catane, dans la ville nommée Gifalesove. Je m'y rendis aussi, car j'étais attendu par quelques amis. Nous allâmes dans un cabaret pour boire un coup. Quanc le soir fut venu, nous montâmes tous sur la petite voiture que j'avais avec moi ; nous étions tous un peu ivres et, arrivés à notre pays, nous allämes dans un cabaret où nous Jouâmes un moment. Bientôt, chacun prit de son côté pour se rendre chez soi ; je fis de même en compagnie de deux autres qui devaient parcourir le mème chemin pour se rendre à leur demeure. Chemin faisant, un des deux dit : « Venez chez moi, mon père ny est pas, nous ferons un petit somme et demain je prendrai de l'huile que nous vendrons. » Ainsi fut fait.

Nous portâmes l'huile à la maison de l'autre compagnon jusqu'à ce que nous fussions allés chercher l’acheteur.

L'huile était bien placée dans la maison de Rag... et,en effet, il vint me trouver au café, comme c'était convenu, et avec lui il yavait celui qui devait acheter l'huile. Quand nous fûmes arrivés à la maison où devait être l'huile, la femme de Rag.… nous dit que M... l'avait emportée. M... était celui chez lequel

nous avions couché ou pour mieux dire le propriétaire de l’huile. Alors Rag... el moi partimes à la recherche de M... et le trouvämes à l'hôtellerie jouant aux cartes. L’ayant fait appeler, àl laissa subitement le jeu et vint avec nous. Nous l’emmenâmes dans une rue un peu éloignée et lui demandâmes pour quel motif il avait emportéetvendu l'huile sans nous rien dire.[lnous répondit : « Avec ce qui m'appartient, Je veux faire ce que bon me semble et ce qui me plait. » J’ajoutai : Alors tu devais le faire sans rien nous dire. » Et Rag... dit: « Pourquoi m'avoir chargé de la vendre ? de plus me l'avoir fait porter chez moi et maintenant tu l'as vendue et il ne reste rien pour nous. » Nous lui dîimes que cela était un tour de coquin et lui sautâmes dessus comme deux hyènes, avec tant d'impéluosité, que Je m'élonnai de ne pas lui avoir fait quelque blessure ; après cela, il s'enfuit.

La justice me recherchait pour ce fait et pour d’autres. (1) Quinze jours après, Je fus arrêté par deux gendarmes à la distance de dix milles de mon pays. Rag.., se constitua luimême prisonnier quelques jours après mon arrestation et, bien que dans tout ce qui m'était imputé j’eusse une part de raisons, la Cour d'assises de Catane me condamna à dix ans de bagne, montrant une aussi grande sévérité à l'égard de tous ceux qui ont mauvaise conduite.

De la prison de Catane, je fus envoyé au bagne d’Ancône et ensuite à celui de P... En 1868, je fus frappé d'une maladie cérébrale ; deux mois après, J'étais à peu près guéri. Ayant assez bon appétit, le médecin et le directeur furent d'accord pour m'accorder une ralion supplémentaire de pain, chaque jour. Mes compagnons, particulièrement les Siciliens qui enviaient la faveur dont je jouissais, disaient que je la devais aux rapports que je faisais sur tout ce qui se passait ; ils cherchaient à me frapper et firent tant qu'on m'enleva la ralion que j'avais en plus. J'avais toujours la crainte qu'ils ne me fissent quelque trahison. En effet, un jour je me pris de querelle avec tous les Siciliens qui m'assaillirent en me donnant de grands coups de poing. Parmi ceux-ci, un nommé Od et un autre disaient;

(4) Réticences fort éloquentes.

« Laissez-le, vous autres, que nous le tuions », mais quelquesuns accoururent en ma faveur et la querelle se termina ainsi. Après tant de lerreurs et de horions, je me trouve encore en vie.

Les supérieurs me changèrent immédiatement de chambre, mais mes ennemis firent tant qu'ils envoyèrent un billet en dessous mains à mes compagnons et leur disant que dans l'autre chambre je faisais l’espion auprès des gardiens et pourtant j'étais innocent. Cette calomnie me fit mettre à l'index.

Voyant celte méchanceté je fus pris d'une grande mélancolie et atteint d'une espèce de démence à laquelle je suis sujet de temps en temps. Un jour l'évêque de la ville où était le bagne dans lequel j'étais enfermé vint nous visiter et nous distribua quelques médailles de dévotion; moi aussi j'eus l'honneur d'en avoir une, mais me trouvant en ce moment assez agilé, je la pris et la mis en pièce.

Mes supérieurs voyant cela me mirent en punition, je fus lié avec les fers aux pieds et aux mains pendant dix Jours : envoyé ensuite à l’infirmerie et de là dans cet hospice où je suis venu à trois reprises différentes et où deux Siciliens m'ont fait beaucoup de mal; ces deux sont l’un Od..., l’autre Rab..., qui disaient à nos supérieurs que je les voulais tuer, alors que je n'ai jamais eu la moindre idée de faire cela et malgré tout, ces deux mauvais sujets me firent rester lié, pendant très longtemps, dans la chambre.

Page 1