‹ Les palimpsestes des prisonsChapitre 122 sur 131 · UXE NOUVELLE SOURCE DE CRITIQUE · texte numérisé non relu

UXE NOUVELLE SOURCE DE CRITIQUE

En étudiant, dans les diverses bibliothèques du Royaume, les notes dont les jeunes gens tapissent les livres qui leur plaisent ou leur déplaisent, pour faire la comparaison avec les notes dont sont ornés les livres des prisonniers, je me suis aperçu que, outre la différence existant entre les jugements et les passions des criminels, ces notes sont toujours intempéranles, violentes, je dirai presque hors de pcritée même lorsqu'elles sont géniales, et celles des honnètes, Justes, sensées, altruistiques et tempérées, elles pouvaient mettre sur la voie d'une nouvelle forme de critique, soit. pour comprendre, au milieu des louanges fades et assourdissantes de la plèbe, quand un auteur est réellement populaire ; soit, ce qui importe le plus, pour épurér les erreurs que les critiques communs ne relèvent souvent pas, parce que par une mélhode très commode, ils blâment ou louent au plus haut point, et toujours à la hâte.

Pour savoir, par exemple, jusqu’à quel point sont populaires Carducci et Rapisardi et l’ont été Stecchetti et Mantegazza, il suffit de consulter les marges de leurs éditions dans les bibliothèques de Rome, Turin et Bologne et voir jusqu'à quel point y sont poussées les polémiques.

À Turin et Bologne, dans les poésies de Stecchetti, j'ai trouvé 27 critiques — 14 éloges et admirations — 14 criliques des insulteurs — 1 belle poésie imitative — 1 en caractères secrets.

Les critiques, bien entendu, sont tous religieux et les louangeurs sont des jeunes gens hardis et libertins.

On y lit, par exemple :

« Ce livre ne peut rester que dans les mains d’une putain. »

« Comme on voit bien à la prière du soir que les athées aussi ont besoin de Dieu. »

« Qu'il soit maudit celui qui méprise les prêtres et les martyrs. »

« Maudit soit celui qui a écrit cela. »

« Les débauchés ne réussissent à toucher personne. »

En marge des Memorie Boloynesi il y a de nombreuses figures obscènes, et au-dessous un autre a écrit :

« Les belles illustrations qu'ils font à ton livre ! Ce sont tes prix et tes couronnes. »

« Nous sommes à St-Isaïa, tel numéro. »

— As-tu deux francs?

En marge de la même poésie :

« Pleins d'élégance et pleins de brio,

« Ils sont beaux les vers de Stecchetti

« Mais ils offensent trop la pudeur et Dieu.

« O vous, catholiques qui lisez,

« Rougissez, signez-vous,

« l'coutez-moi et croyez

« A l'éternité du Paradis. »

— Les vers de Stecchetli sont beaux,

Mais on peut dire que ceux-ci sont creux.

« La vérité n’est pas de ce monde:

C'est un imbécile, celui qui ne sait mentir. »

— Stecchetti dit la vérité, parce qu’il parle de lui-même.

« De joubarbe et de mélancolie,

Jaunit votre cimetière horrible. »

— C'est la face qui jaunit d'une façon horrible.

— Chaque pensée de Stecchetti pue la fiente et le suif. Ce doit être l'âme de quelque Croate.

« Lance-moi, mon Dieu, tes foudres ; Mon Dieu, fais-moi mourir. »

— Je serais reconnaissant à Dieu, s'il te faisait vraiment mourir.

Dans Postuma de Stecchetti (Bologne). — Sur la couverture :

Première note. — « Quel livre, quel grand livre — Pour moi

il vaut un trésor. — Il mériterait d'être — Tout couvert d'or. »)

Deuxième note. — Payé par Slecchelti.

Troisième note. — « Quel bouffon ! quel grand bouffon ! — Quel mulet, quel beau mulet! — On devrait lui donner — Cinq ou six claques sur le c..,., »

Dans les poésies de Cavallotli (Turin), j'ai trouvé 14 admirateurs — 8 critiques des insulleurs — 16 imitations — 6 critiques des admirateurs.

« Si Lombroso te connaissait, il te mettrait parmi les criminels-nés. »

« Les monarchistes sont la honte de l'humanité. » « O sainte république ! nous l’aimons. »

Et au-dessous un autre :

« Va, âne, »

Carducci est celui qui récolte les plus grandes critiques et les plus grands applaudissements, au moins à Rome.

Dans ses poésies, J'ai trouvé 21 critiques — 36 admirateurs 8 critiques des admirateurs,

Quelquefois, c’est, comme on dit, une véritable bataille littéraire, presque aussi de mains.

« Vers toi montent L’encens et les vœux. »

Première note. — Très vrai.

Deuxième note. — Celui-là, appelé grand poète? Assommez-le. Troisième note. — Lâche! Prie Dieu qu'il t'éclaire l'intelligence.

Quatrième note. — Coquin ! Ni toi ni moi, ne pouvons arriver à la ceinture de Carducci.

Dans Fantaisie :

— Dans ces vers la fantaisie délire.

PALIMPSESTES DES PRISONS 311 Dans une église gothique :

Première note. — Imbécile — Parmi les imbéciles.

Qui insulte ce poète plein de clarté.

Et toi, stupide vermisseau, ciguë amère, Ramassis d'insultes,

As-tu peur que je bläsphème

Les rimes ignobles de Josué ?

Ne reste pas tranquille dans mon église, Crie, canaille !

Deuxième note. — Je comprends ce qu'a voulu dire Carducei dans ces vers. Malgré tout, je persiste à dire qu'ils ne peuvent éveiller aucun scrupule.

Troisième note. — Cette polémique Ne trouble pas le cœur De celui qui partage Pour le professeur Le grand Carducci Gentil Maçon, L'amour de Lydie Lui portant ses charmes En procession.

Dans la Station :

Première note, — Allons ! commentateurs, Aux armes! aux armes ! apprêtez-vous A manier l'épée Afin que le traître Ne s'échappe pas sans dommage.

Deuxième note. — Salut, Carducci. Le critique n’a pas le courage de signer.

Troisième note. — Je signe Pierre G...

Quatrième note. — Vous avez signé, mais vous avez oublié

d'indiquer votre adresse. — Armand,

372 PALIMPSESTES DES PRISONS Et Pierre répond :

Cinquième note. — Je suis de Milan et j'étudie la médecine Dans un but différent de celui des autres.

Le monde n’est pas en danger Parce qu'un crétin court à sa ruine.

Et c'est ce que je fais pour extirper les plantes Qui ne peuvent fleurir dans votre jardin.

Et maintenant, si, comme d'ordinaire, Je ne me trompe pas, Je vous démasquerai le premier.

Sixième note. -- Toi qui étudies la médecine Pour faire pourrir les gens, N’écoute pas les curés Qui se font passer pour savants Et ne sont que des ignorants.

Enfin, un homme calme et pacifique s'interpose, et arrivé à la Station de Carducci, voici ce qu'il écrit :

1° note. — Depuis des siècles on sait que la polémique finit en lumulte, car des paroles on passe aux faits. Exemple ce livre, champ de glorieuses manifestations du génie ; et la fougue des partisans est si grande, qu'ils signent comme s'ils devaient recourir à un duel. Du calme, à jeunesse. Ils ont raison les uns et les autres. Épointez la plume aflilée ; que ceux qui sont disposés à louer signent à gauche et ceux qui veulent blâmer à droite, et puisque nous sommes à la s{ation, nous lui enverrons les signatures.

8° note. — Vive Carducci — A bas Carducci. (suivent les signatures).

Ce morceau suffit à démontrer comme de telles notes suivent le diapason de l'enthousiasme et de la haine qu'une œuvre peut inspirer à un moment donné.

Néanmoins les critiques justes ne manquent pas.

En marge de mes livres, surtout dans Génie et Folie. j'en trouve de très belles.

« Se repliant la tête sur le canapé. »

— Comment faisaient-ils ?

« Giusti croyait être hydrophobe. »

— Mais enfin il a été mordu par un chat, et toi, Lombroso, âne, si tu avais été mordu par un âne, le croirais-tu, toi aussi ?

Dans la première page :

Le pauvre Lombroso est affecté de virgulomanie ; dans la première page, il y en a 20. (C'est vrai).

Un autre :

— Non, bôte (page 32).

Dans un chapitre où sont signalées les œuvres géniales par saison, on à noté :

— Puérilité.

Et ailleurs :

— L'influence de la colère fut démontrée par d'Alembert et Rousseau.

« Africana de Pétrarque. »

— On a corrigé : Africa (C'est vrai)

« 1759, date donnée à Milton. »

— On a corrigé : 1659.

Parmi les époux savants et malheureux, on à ajouté :

— Maffei, Socrate, Byron.

A un autre endroit :

— Il n’est pas vrai que Musset mourut d'alcoolisme ; il mourut d'anévrisme, comme le raconte son frère dans sa vie.

Où je dis que quelques génies, en pays malsains, furent maltraités :

— Lombroso le fut à Pavie.

A propos des mathématiciens qui prévirent le moment de leur mort, on a ajouté :

— Gorini,

Et dans le Droit pénal d’un illustre pénaliste italien, obscur dans son style, j'ai trouvé :

Et tenebræ erunt super faciem terræ. (Ecriture sainte.) « Ces paroles de couleur obscure Je les vis écrites dans le livre de Br . ..

Pourquoi, maitre, leur sens m'échappe-t-il ?

Dante. — Enfer, C. III

« Nous possédons beaucoup plus que Ja nature : à l'oreille a été donnée la musique, à l'œil ont élé données les couleurs que les trois règnes réunis ne possèdent pas ».

— Cela, non : la musique est dans la nature et les couleurs qui sont dans la nalure n’ont pas encore pu êlre fabriquées par la main de l'homme.

« En somme, l’amélioration du coupable n’est autre chose que la conséquence possible et désirable de l’adaptation du chàtiment à la personne de celui qui doit le subir, mais n’est point l'office de la peine.

« La peine est une tutelle juridique ; si ensuite elle produit l'amélioration du coupable, tant mieux.

« De front à cette influence bienfaisante, la doctrine médicale est néanmoins remplie de conséquences périlleuses pour la justice pénale. »

— Lombroso l'en a remplie.

Quand, à propos de la peine de mort qu'il combat, Br. .. écrit : « Et pourquoi ne tue-t-on pas tous les chiens afin d’enlever toute possibilité de mort humaine par hydrophobie ? »

— Pourquoi, c'est Pasteur.

« La libération conditionnelle n’est que le couronnement d'un système très logique et conforme aux principes d'une saine défense répressive : nous le démontrerons plus loin. »

— Quel idéalisme pernicieux en pratique pour les hypocrites et les vindicatifs!

— À la fin :

Finie est la grande œuvre

Qui m'a fait souffrir les yeux et la pensée.

Je voudrais dire au lecteur ce que j'en pense; Mais elle est si obscure, profonde et nébuleuse, Qu'en voulant en sonder le fond

Je n’ai rien pu y distinguer.

L'étude des palimpsestes des criminels nous révèle que les buts les plus poursuivis par l'emprisonnement cellulaire sont précisément ceux qui sont les moins obtenus.

1° L'isolement du coupable. — À première vue, la prison cellulaire atteint le maximum de l'idéal pour les recherches

judiciaires, pour isoler du monde extérieur l'individu dont on veut recueillir les indices de criminalité, comme pour punir les délinquants non incorrigibles qui ont failli pour la première fois et auxquels la honte et lé dommage résultant de la connaissance mutuelle enlèverait toute pudeur ou, comme il arrivé dans Îles cas dits de réforme, multiplieraient la première et. faible tendance criminelle avec la vieille tendance des autres et avec celte terrible vanité du délit qui, une fois enracinée, finit par pousser l’homme aux plus atroces méfaits, même sans autre but que le méfait lui-même.

Tout cela apparaît théoriquement très juste, et je l'ai moimême prêché dans mes livres; mais qui passe de la théorie à la pratique reconnait que c’est en grande partie une illusion:

Pendant que l’on croit empècher le compagnonnage, l’association, au moyen de l’emprisonnement cellulaire, on peut au contraire dire qu'on le forlifie en donnant aux malfaiteurs ce que l'on peut nommer l'esprit de corps qui peut-être auparavant leur manquait. Nous voyons comment un détenu salue ses successeurs inconnus, comment un autre laisse un crayon à ses compagnons pour qu'ils puissent écrire et un troisième conseille à ses compagnons de feindre la folie,

On a cru empêcher les communications : mais elles sont à peu près aussi continuelles et secrètes qu'au dehors et peut-être mieux encore que hors de prison. I] y a assez de secret et d'isolement pour augmenter les cas de suicide et de folie, mais non pour assurer la sécurité et la bonne marche de l'instruction. Certes, un voleur mineur, un mendiant isolé, aura peu de communications les Jours non fériés, il n’en aura que dans les couloirs servant de lieu de promenade, où les murailles, continuellement reblanchies, ormentcomme nous l'avons vu avec les graphiques, une espèce de journal quotidien et qui pendant l'été se continue et se multiplie sur le sable et les vitres et, pendant l'hiver, dans les cours et sur la neige: mais de toutes façons on se retrouve les jours de fèle en ailant à la messe. L'instinct religieux, qui domine déjà loules nos institutions, a fait admettre en principe que Ja religion est une panacée contre les tendances criminelles et l'on, dépense beaucoup pour y pourvoir; il ya des prisons cellulaires dans lesquellés l'église seule a coûté

plus d’un demi-million et où on peut obtenir, en conservant la forme cellulaire, le parfait isolement des détenus qui doivent assister aux offices ; le mal est que pour arriver à ce complet résultat, il ne faudrait, avec le personnel actuel des dites prisons, rien moins qu'une semaine entière pour l'aller et une pour le retour.

Naturellement, en attendant que les détenus arrivent à profiler des avantages rituels, la messe, qui devait assainir ces âmes dépravées, contribue à favoriser les communications.

Ceci dit pour les voleurs communs. Mais l'aristocratie du délit, les grands criminels, n'auraient pas besoin de ces accidents locaux. Il est à remarquer que le nombre des gardiens, sur le papier, est de un pour vingt détenus et même plus; en fait, un pour cinquante el moins encore les jours de parloir. Comment voulez-vous, qu'étant si peu nombreux, ils puissent faire un service complet? Ils sont obligés de s’adjoindre des détenus choisis parmi les moins coupables ou parmi les condamnés à de petites peines. Mais cela n'empêche pas que ceux-ci sont tout autres que fleur de farine : grâce à l’indulgence du jury, nous en avons vu un condamné à huit mois seulement et qui avait déjà sur les épaules trois assassinats. Garofalo a démontré que des individus passaient judiciairement comme non-récidivistes alors qu'ils l’étaient sept ou huit fois en les examinant sérieusement. Ceux-là n’ont rien ou presque rien à perdre si on favorise les communications. De toute façon, les gardes sont en communication avec le monde extérieur, et le système cellulaire favorise l'impunité de ces rapports. Car, qui peut savoir ce qui s’est passé entre un individu seul avec un autre dans une cellule isolée? Et les gardes sont ainsi assurés contre toute dénonciation, plus que si les criminels étaient dans la chambre commune, où il se trouve toujours un dénonciateur qui peut les compromettre.

11 ya, dans les prisons, un bureau dépendant de l’administralion dite du malricule, dans lequel séjournent continuellement queloues détenus qui voient et inserivent tout criminel entrant ou sortant; c'est un noyau centripète et centrifuge qui recueille toutes les nouvelles et les répand, par le moyen des détenus mêmes. dans les différentes cellules. — II y

a ensuite le service de l'entreprise, de ce tyran caché qui domine toutes les prisons, qui n’a aucune responsabilité ni souci du secret, qui a besoin d'hommes qui soient déjà condamnés pour faire le service de tailleurs, cordonniers, lampistes, matelassiers, maçons, menuisiers, forgerons, et ceux-ci sont en contact conlinuel avec les hommes libres. Et l'entrepreneur n'est certes pas obligé de ne pas avoir de journaux sur sa table, ni de cacher le papier et l'encre avec lesquels on peut communiquer à loisir.

Il faut ajouter que, dans l’intérieur de la cellule, le grand criminel a plus de calme pour se raffiner dans la recherche des alibis, des excuses, dans l'étude de son procès, et n'étant pas en communication avec les autres collègues, ne se trahit pas, mais au contraire sait se tenir sur la négative. Le fait est que plusieurs fois, les juges instructeurs voulant débrouiller l'écheveau d’un criminel, durent désirer et quelquefois obtenir que l'individu, malade ou non, passât à l’infirmerie où, se trouvant avec ses pareils, il püût s’abandonner à quelques aveux spontanés, qui sont dans le tempérament des criminels et qui conduisent même les grands délinquants à se découvrir.

Quand cette ressource leur manque, ils savent en créer ainsi un détenu, au retour de la messe, pour adresser une parole d'intelligence à un autre qui se trouvait parmi les derniers, tombe évanoui sur les gradins, et pendant qu'un gardien lui porte secours et le relève et que les autres gardiens, pour empêcher l'encombrement, font défiler plus promptement les prisonniers, lui, aussitôt qu'il aperçoit son ami, articule (comme en délire) quelques paroles intelligibles seulement pour son compagnon et... revient.

Je n'ai pas parlé des travailleurs. Dans la prison cellulaire, créée pour empêcher les communicalions, on n’aulorise que très peu de travaux; et alors, outre le dommage matériel supporté par l'Etat et la personne contrainte à l'oisiveté forcée, sans autre soulagement que l’onanisme, il y a le préjudice futur, car les individus actifs s’habituent à l’oisiveté quand ils n'en meurent pas et les paresseux y trouvent leur compte et quand ils sont dehors, ils commettent de nouveaux délits pour y retourner.

Et si le travail est autorisé, il est impossible d'empêcher que des rapports ne s'établissent entre les détenus et les chefs de travaux libres, entrepreneurs, etc.

Les communications entre détenus s'établissent aussi au moyen de petits coups frappés contre le mur et correspondant aux lettres de l’alphabet.

Peu croiraient que pendant les jours d’entrevue avec les avocats défenseurs ou les jours d'interrogatoire près du juge d'instruction, les détenus se trouvent réunis une dizaine dans la même chambre et quelquefois davantage. Ce qui fait qu'au moment même de l’interrogatoire du juge, et presque sous ses yeux mêmes, le détenu en prévention, c’est-à-dire celui qui intéresse le plus la sécurité publique, enfreint cette loi d’isolement pour l'application de laquelle des sommes énormes ont été dépensées à construire des prisons cellulaires.

Il arrive souvent que l'instruction, secrète pour le publie, n'a plus de secrets pour l'accusé, lequel communique avec l'avocat au moyen d'autres détenus ayant le même défenseur.

Je ne parle pas des parloirs qui, surveillés rigoureusement dans telles prisons, offrent dans d’autres, mille moyens de communications, Moi, en effet, j’appris la bataille des Dogali dans la prison, alors que je ne l'avais pas sue au dehors.

Nous voyons que 182 sur 10600 de nos graphiques traitent des compagnons et c'eût été 900 sur 1000 avec les saluts; 45 sur 1000 seraient des avertissements sur Le procès; 27 des excilations à de nouveaux délits.

Rappelons quelques exemples trouvés dans les livres de la prison.

« M... L... salue P.. — Mon cher P... fais-moi savoir la façon dont je devrai me conduire à la confrontation. »

« Cher M... fais-moi savoir si S... a été reconnu par les victimes embrouillées par S... »

« Cher N... si ce livre l'arrive dans les mains, tu sauras que je suis G... quite dis d'être joyeux et qui l’assure qu'aux débats tu seras absous; je ne veux pas écrire le molif, mais je t’assure que tu sortiras. »

Le changement d'un procureur général me fut annoncé dans la prison quelques jours avant qu’il advintet alors que personne ne le savait en ville.

Le détenu Pascal, deux jours après son entrée dans la prison cellulaire connaissait ses principaux co-délenus; en effet, un an après il cila le nom d’un tel avec lequel il avait parlé; pourtant celui-ci était sorti le jour même de son entrée.

Dans une grave affaire, au cours de laquelle le juge d’instruction faisait son possible pour isoler les délenus, on sut que le principal de ceux-ci écrivait chaque semaine des billets sur du papier à ‘cigarelte, billets dont le transport coûlait 50 francs.

Dans le procès Cerrato, une femme qui communiquait avec son complice et qui connaissait tous les événements du dehors, dit aux assises : « Toutes ces choses nous les savions; les servants sont précisément faits pour cela. »

En étudiant l’œuvre de Laurent, nous trouvons que ces communications sont peut-être, en France, plus fréquentes que chez nous. Nous y voyons en effet, un détenu proposer un plan d'évasion à ses compagnons. Un autre menace et défie un collègue : « Qui connaît le mauvais anus de M... qui prétend être la terreur de la rue David, lui dise qu’il vienne me trouver; je suis le vieux M... »

2° Avantages des prisons. — Le peu d'effet produit par la prison est un fait connu des véritables hommes de science, mais la démonstration donnée par les phrases suivantes est telle, que je ne crois pas qu'elle puisse laisser aucun doute.

« J'ai 18 ans; le malheur me rendit coupable plusieurs fois el toujours je fus reclus en prison. Mais quelle correction eus-je en prison? Qu'y appris-je? Je me perfectionnai dans la corruption. »

« Tu as raison, Alphonse; que croient-ils obtenir de nous, ces messieurs, en nous laissant dans l’oisiveté, enfermés dans une cellule pendant des mois et des années, alors que c’est précisément pour celte faute qu'il nous arrêlèrent? »

« Vouloir corriger un paresseux, un vagabond, ainsi qu'un voleur, en le soumettant à un rigorisme brutal et à une telle oisivelé, est une véritable absurdité. »

« La meilleure façon de passer son temps en. cellule, est de boire et de manger; ainsi le temps passe vite. »

Quelques-uns, il est vrai, blasphèment et montrent qu’au lieu de correction, de repentir, ils y puisent de nouveaux motifs de colère contre la société.

« Pauvres détenus! Ils sont considérés comme des animaux ; on les tient enfermés comme des ours blancs et ils prétendent que nous devons nous convertir! »

Is disent qu'ils deviennent stupides, muets. Un dit que les prisons sont le raffinement de la barbarie; mais de suite après, un autre ajoute : « Ce que dit ce détenu sur cette feuille n’est pas vrai, au contraire, on traite trop bien les détenus et on use de trop d'égards pour eux. Celui-là voudrait peut-être qu'on le laissât aller se promener. »

« Pour venir dans cette auberge il n’est pas besoin d'argent : tout y est gratis, même les domestiques. »

« Pour moi, je rends grâce à Dieu, je suis plus heureux que Saint-Pierre. Ici dans la cellule, je suis servi par des laquais. Quel cocagne! On est mieux ici qu'à la campagne! »

« Victor. — Arrêté pour un vol dont je suis innocent. Adieu, amis. Faites-moi le plaisir, par charité, de ne pas fuir de cette prison; ici on mange, on boit, on dort et il n’est pas besoin de travailler. »

Nous avons vu, un peu plus haut, un détenu inviler un ami pour pouvoir se trouver ensemble en prison. « Ainsi, en étant deux, le temps passe plus vite, et quand nous serons aux galères, nous nous conterons notre vie. »

« Dans les prisons on apprend à exécrer la société; il n’en est aucune qui enseigne à faire d’un voleur un honnête homme; ce sont les universités des voleurs, où les vieux enseignent aux jeunes le métier. »

« N'ayez pas de pitié, Ô juges, pour les récidivistes, car ce sont des infâmes qui ont eu au moins dix élèves auxquels ils ont enseigné à voler. Au lieu de faire connaître à ces jeunes gens Uhorrible voie que j'ai suivie, ils les flattent en leur racontant des vols colossaux. »

Le Blanc au préfet de police.

«Si nous sommes arrèlés, nous finissons par vivre aux dépens des autres; nous sommes vêtus, chauffés, entretenus, el tout aux dépens de ceux que nous avons volés!

« Je dirai plus encore : durant notre détention, aux galères ou en prison, nous nous perfectionnons et nous préparons de nouveaux moyens de succès. Si je regrette quelque chose, c’est d'être condamné seulement à un an. Si je l'élais à cinq, on m'eût envoyé dans une maison centrale. Là, j'aurais trouvé de vieux assassins qui m’auraient enseigné quelque bon coup et je serais ensuite revenu à Paris, assez habile pour vivre sans travailler. Voilà pourquoi vous avez tant de récidivistes : La faute en e:t à vous. Soyez maudits.

« Dans vos maisons de correction on apprend la paresse : là, le repentir est inconnu, on y est au contraire encouragé à mal faire, parce que ceux auxquels vous confiez la garde des voleurs, sont plus voleurs que les voleurs mêmes, car ils ne pensent qu'à emplir leur bourse, »

Quelques-uns joignent à une aussi grande indifférence pour l’'emprisonnement une indifférence non moins grande pour l'avenir.

Quand à la direction et à la construction de la prison, rien de plus instructif que ce qui nous est offert par l'église. C’est un local qui coûta au Trésor public un demi-million et qui fut construit dans la pensée que c'était, avec le système d'isolement, un des meilleurs moyens d’amender les détenus. Dans ce but elle fut pourvue d'autant de sellettes qu'il y a de condamnés : c'est une véritable ruche de marbre où deux dignes prêtres remplissent leur mission avec un zèle vraiment apostolique. Mais comme nous l'avons vu, les communications entre détenus ne sont pas supprimées malgré toutes ces précautions et quant à leur amélioration morale, il est démontré (p. 46) que dans nul autre lieu on ne {rouve autant d'obscénités, de blasphèmes et des projets de vengeance plus implacables, car nous y avons

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3. L'instruction dans les prisons. — Un illustre ministre français a écrit une sentence qui a eu une influence fatale : « Pour chaque école que vous ouvrirez, vous fermerez une prison. » De ce moment commencèrent à ètre appliquées de nombreuses mesures qu'on prétendait efficaces pour faire diminuer la criminalilé mais qui, non seulement n'alteignirent pas ce but, mais

dans cerlains cas aggravèrent le mal. La chose est, à priori, facile à comprendre car la tendance à la criminalité ne naît et ne croit pas par défaut d'intelligence ou d'instruction, car on a vu des criminels très intelligents et instruits (Lacenaire, Troppmann, elc.), mais par défaut de sentiments.

Donc les écoles ne diminueront pas les délits, comme il est facile de le démontrer, avec la statistique, par exemple de la France, où les statistiques sont bien faites et où une partie des délits graves, parricides, viols sur des enfants, escroqueries, triplèrent et quelquelois quadruplèrent avec l'instruction. Les palimpsestes etles graphiques des prisons sont une preuve nouvelle que ce n’est pas l'intelligence et la cullure qui font défaut aux criminels.

Du reste, quand des recherches faites à la grosse dans les offices bureaucraliques on passe à des recherches plus délicates, il apparait, qu'au moins en ces dernières années, les criminels privés de toute instruction, comparés à la population libre, offrent une différence insensible.

Curcio comple avec nous 1 condamné pour 284 illettrés et 1 pour 292 lettrés, différence bien minime et qui disparaît devant un examen plus attentif.

Sur 507 criminels et 100 normaux de la même classe, Marro a trouvé :

Illettrés . . . . . . . . 12et G 0/0 chez les normaux. Instructionélémentaire 95 et 67 0/0 »

» supérieure 12 et 27 0/0 »

D'où il ressort que si les criminels sont inférieurs aux normaux dans l'instruction supérieure, ils leur sont supérieurs dans l'instruction élémentaire. Or, personne ne peut songer que l'on puisse donner une instruclion supérieure aux condamnés et créer pour eux des lycées et des universités.

Mais il y a mieux ! La statistique pénitentiaire et criminelle montre que les délinquants récidivistes sont en majeure partie, même en Italie, de ceux qui ne reçurent qu'une instruction élémentaire.

En 1875, parmi les condamnés ayant une instruction élémentaire, je trouve :

Au baone : moyenne de tous les condamnés illettrés 73 0/0: récidivistes seuls 66 0/0.

Dans les maisons de détention, 65 0/0 pour l’ensemble et 58 0/0 pour les récidivistes.

Les femmes nous donnent 87 0/0 dans l’ênsemble des illettrées et 88 0/0 pour les récidivistes,.

Rappelons aussi que les récidivistes abondent pour les délits prémédités, particulièrement parmi ceux commis contre la propriété : les voleurs donnent le 21 0/0; les escrocs 10 0/0; les homicides seulement 3 à 5 0/0 (Bætlinger, Crimes of passion, London 1872).

De lout cela on peut déduire que beaucoup de récidivistes ont été instruits dans les prisons et doivent ce retour à la criminalité à l'instruction pénitentiaire, laquelle n’a faitque les endurcir dans le crime en leur donnant de nouveaux moyens plus dangereux de faire le mal et les rendant par suite moins faciles à découvrir.

Or, vaut-il Ja peine que le gouvernement, qui a tant d’autres choses à faire, fasse des dépenses pour obtenir ce résultat?

D'autre part, dans une prison cellulaire, où l'on cherche à empêcher tous les rapports entre les détenus, l'école est plutôt pour les détenus un moyen de communication que d'instruction. Il en est de même dans les prisons communes. Sans l'école, beaucoup de nos graphiques n'auraient pas été possibles. Pour obvier à cet inconvenient, que fait-on? On admet à l’école seulement ceux qui sont condamnés à de courtes peines et sont considérés pour cela comme peu dangereux alors qu'ils le sont souvent beaucoup, ou des condamnés sur le point de partir, presque tous des jeunes gens qui ne recoivent ainsi qu’une instruction d’un mois ou deux, l'interrompent et parlent sans en avoir évidemment reliré aucun avantage.

Et quand nous avons appris à ces jeunes gens let cela peut se dire également des maisons de correction) à lire et écrire quel profit en relirent-ils, et quels moyens moralisateurs leur avons-nous fournis? Peut-être qu'ils pourront lire la morale chrétienne, mais ils liront plulôt des livres obscènes, des journaux, des chroniques scandaleuses, se perfectionnant dans le mal et cherchant un nouveau fonds de vanité du délit dans le

« faire parler de soi ». Si une instruction doit être donnée, ce doit être une instruction manuelle, comme le dessin ou le maniement d’un oulil qui puisse leur fournir le moyen de gagner leur vie sans les perfectionner dans le mal.

Pour tous ces motifs, je crois que l’on devrait abolir tout à fait l'instruction primaire dans les maisons de détention pour adultes. Quant à celles réservées aux mineurs, si l’on pouvait faire suivre cette iustruction d'une instruction supérieure, Je crois qu'on doit la conserver, mème l’élendre; mais si non, on devrait absolument y substituer une instruction manuelle plus complète et dans les arts dont l'enseignement en peut causer aucun dommage à la société.

4. — Lecture dans les prisons. — Du reste, si je ne suis pas partisan de l'instruction primaire dans les prisons, si je désire même la voir abolir, je voudrais pourtant que l’on pourvût à l'instruction des détenus par un moyen auquel les gouvernements de l'Europe ne s’attachent pas assez : la lecture. La plupart des détenus savent lire et sont dans une oisiveté à peu près complète, car le travail n’est possible que très imparfaitement dans les prisons judiciaires et je trouve que la lecture de bons livres est aussi nécessaire au détenu, que de le préserver du froid et du chaud.

Le cerveau est un organe comme un autre et quand le satisfaire offre quelque avantage et aucun danger on doit le permettre.

Entendons-nous : je ne crois pas que l'homme criminel puisse beaucoup améliorer ses mauvais instincts par la seule lecture ; mais nous obtenons certes un avantage, celui d’un plus grand calme, d'une plus grande résignation ; et parmi les prisonniers, de caractère impulsif pour la plupart, qui vont au bien comme au mal,pour ainsi dire par une impulsion dépendant des impressions du moment, une certaine lecture, à un moment donné, peut les pousser à une action vertueuse, ou au moins à une confession ; J'en ai vu quelques-uns déclarer, après une lecture, qu'ils voulaieut devenir apôtres, ce que, bien entendu, je ne croyais qu'à moitié. De toute façon, l’activité d’un organe comme le cerveau, quand on y pourvoit par des lectures appropriées, empêche le suicide, le prévient, le retarde.

Oh! pourquoi penserions-nous à leur nourriture, à leur chauffage, à leur promenade et ne nous occuperions-nous pas à nourrir leur cerveau quand cela ne peut causer aucun dommage aux honnêtes gens ?

Il est vrai que dans beaucoup de prisons on y pourvoit en partie ; mais ce soin est laissé la plupart du temps à des œuvres pies qui, grâce à leur origine, ne comblent que très imparfaitement cette lacune et dont les membres, imaginant les détenus peu différents de leurs crainlives personnes, ne veulent pas les scandaliser par des œuvres qui ne soient parfaitement ascétiques et d’angélique moralité; eh! bien, ces œuvres trouvant des tempéraments absolument opposés vont à l'encontre du but que l’on se propose d'atteindre et sont parfois même dangereuses pour la morale.

Je n'ai, pour en donner la preuve, qu'à transcrire quelques fragments trouvés dans les marges des livres des prisons.

« Que cet écrivain est stupide, il aurait dù aller à l’école du professeur Dulcide. » (Sarasa, L'art de se procurer la tranquillité).

« La place de Sarasa est dans une maison de fous. C’est la tête de Sarasa et non le ciel qui tourne. » (Sarasa, 2d.).

« Galilée (nom du détenu) souhaite mille coliques à l’auteur de ce livre qui fait venir le goître. Si on mettait tousles prêtres sur la citadelle, je les ferais tous sauter en l’air,ces brigands de prêtres. » (Lectures religieuses).

« Ceux qui lisent ce livre deviennent idiots ou fous. Ces livres mériteraient d’être mis dans les latrines. » (Père Francois, Les veillées et les amusements dans les campagnes).

« Celui qui a écrit ces âneries est un imbécile, il mériterait qu'on le pende pour qu'on conserve sa mémoire — cent fois stupide. » (PEersonio, Guide des hommes).

« Celui qui ajoute foi à de semblables bêtises est un âne. »

« [ne devrait pas être permis de publier de pareilles âneries. » (Lectures religieuses).

« J'ai fini de lire ce livre, mais je puis, moi aussi, dire ce que disait Jésus dans les derniers moments de sa vie : J'ai soif! oh! que j'ai soif! » (Prière d'un prêtre piémontais\.

«Il est passé le temps où l'on croyait aux prêtres et aux miracles de leurs saints crocodiles, Ce sont tous des mensonges auxquels il ne faut pas ajouter foi, autrement nous irions tous en enfer. »

« L'auteur qui veut faire le savant, aurail mieux fait d'écrire au sujet de l'erreur où l’on peut être induit en lisant ce livre. » (Personio, Guide au salut éternel).

« Chers amis, qui lirez ce livre, faites attention de ne pas devenir idiots. »

Un autre, plus sot, répond :

« Tu as raison, camarade, je regrette de ne pas savoir ton nom. » (Sarasa, Lectures morates et religieuses).

« Qu'un accident écrase l’imbécile qui a écrit ce livre » (Père Francois).

Notons ici la différence qui existe entre les notes écrites sur les livres du dehors et ceux de la prison où dominent les préoccupations au sujet du délit ou des complices.

Sur 544 notes, 66 font allusion au livre lui-même, parmi lesquels 42 lui sont brulalement contraires et 12 seulement favorables; les arguments étrangers au livre atteignent le 87 0/0 alors que dans les livres des gens honnêtes ce chiffre n’est que de 36 0/0 et les commentaires brutaux seulement de 25 0/0.

Et quant au besoin, au véritable délire de la lecture, je n'ai qu'à transcrire ce qui suit, écrit par un délenu faussaire, Ruscowich, et publié dans la Revue de discipline pénitenharre :

« Oh! quelle chose insupportable que l’oisiveté pour qui fut toujours habitué à l'étude et au travail et qui sent qu'en luimême n’est pas encore éteinte cette activité, ce désir d'occupalion qui ennoblit l'homme en même temps qu'elle le perfectionne. L’ennui de l’oisiveté, pourrir graduellement dans la misère afflige et avilit tellement mon esprit que je crois que Je finirai par perdre le peu d'intelligence qui me reste. Comment ! Toute la création est basée sur le mouvement et le travail, la nature entière abhorre l’état d'inertie et le détenu doit être une exception à cette loi universelle? Lui seul doit, comme les eaux stagnantes, pourrir dans sa fange? Lui seul doit consommer et ne rien produire, être une charge ‘sans rien faire d’utile et, au contraire, se détruire lui-même dans le même temps?

« Si dans les prisons du royaume d'Italie il y a, selon les statistiques, environ quarante mille détenus, c'est environ l'œuvre de cent ans de travail qui chaque jour est perdu pour le trésor commun de la société. La nonne de Cracovie criait : pain. pain; ainsi moi, de ma solitaire cellule J'envoie ma voix suppliante demandant travail... occupation. »

On dira : mais ces livres serviront aux détenus de moyen de communication entre eux; eh!bien, je répondrai que les communications dont on ne connaît pas les chemins sont beaucoup plus dangereuses que celles qu’il nous est possible de surveiller; laissons écrire et chargeons les aumôniers et les gardiens-chefs de prendre note de ces écrits qui peuvent avoir eur importance pour la Justice.

A cela nous avons un double avantage : de satisfaire leurs tendances et d’en profiter pour des avantages sociaux.

Je connais une prison où un voleur neuropathique a laissé écrit sur sa vie des révélations qui pourraient mettre la justice sur la voie pour découvrir une association très dangereuse de malfaiteurs.

Que l’on diminue la nourriture corporelle si l’on veut, mais que l’on donne à tous les détenus cellulaires le pain de l'esprit, des lectures adaptées à leur esprit, non ascétiques, mais de morale appliquée, comme La vie de Plutarque, comme les romans d'Azeglio, le Cœur, de de Amicis.

Conclusion. — Parmi les mensonges qui vont s’accumulant, spécialement dans les questions juridiques et pénitentiaires, consolidés par des congrès et des livres prétendus classiques, mettons aussi les avantages de la prison cellulaire dont les frais considérables sont loin de répondre aux résultats qu'on en espérait, au moins pour les recherches judiciaires ; et comme ce mode d'emprisonnement ne comporte pas dans son organisme un travail profitable, en commun, il s’en suit qu'il ne correspond pas non plus à l’intérêt économique.

Oh! juristes, laissez pour quelque temps les réformes théoriques de côté, entrez et étudiez la prison sans préventions etnon dans son contenant muet, dans son architecture, mais dans son contenu vivant et agissant, qui est dedans et vous verrez que presque toutes ces prétendues réformes, idéales et appliquées sans le contrôle de la pratique, ne sont que de périlleuses illusions.

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