LE CHAT ET LA MOUCHE
Le chat d'une grande maison, Doux, poli, rusé plus que de raison, Un jour quitta le lit de la portière, Monta de l'office au salon, Et du salon dans la gouttière.
Là, s’asseyant, il rêve à ses projets, Et plein d'orgueil il compte ses sujets, Ses exploits, ses tours et ses prouesses, Ses victimes et ses maîtresses.
€ Un chat est bien puissant, chacun en conviendra, Disait celui dont je m'occupe ; Bien fin qui me fera sa dupe, Bien fort qui me renversera. »
En ce moment, le touchant de son aile Une mouche vint à passer Sur son nez. Vite sur elle Notre étourdi veut s’élancer ;
Mais l’abime était là, le malheureux y tombe, Dans la rue il trouva sa tombe.
Sur le pavé chacun le regardait Et disait encor : « C’est bien fait, »
Gens trop pressés, que l’exemple vous touche ; Redoutez un semblable saut.
J'en ai vu pour moins qu'une mouche Tomber quelquefois de plus haut.