LES BONNETS
Deux beaux enfants bien sales. bien heureux,
Deux Savoyards au moins, je gage,
Sur nos boulevards si poudreux, Tâchaient de retrouver les jeux du premier âge. L'un s'appelait Jeannot, je erois, l’autre Colin. Ils avaient déjà fait la moitié du chemin, Quand Jeannot s'avisa de lancer dans l’espace (Car pour bien s’amuser il était le premier) Son bonnet, qui resta dans un marronnier.
En voyant ce malheur l’enfant fait la grimace ; Il s'essaye à grimper à l'arbre cependant, Veut employer aussi la canne d'un passant.
Vains efforts inutiles, Impuissants, superflus, Moyens vraiment futiles.
Car l’arbre a le bonnet, l’arbre ne le rend plus. Voyant cela, Jeannot perd la parole.
Le voilà pris soudain d’une rage si folle, Qu'il saisit le bonnet de son beau compagnon. Et le jette dans l'arbre avec un gros juron.
Cette lâche action pourtant calma sa rage.
Voyant l’autre bonnet qui reste suspendu, Jeannot sourit de son ouvrage, D'un air tout à fait entendu.
Maintenant on n’en voit point d'autres.
Et dans notre siècle incertain,
Parfois les malheurs du voisin Viennent nous consoler des nôtres.
LA VENGEANCE D’AUFREDI