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LES PARISIENNES

Oui, selon les tempéraments,

On a des ardeurs par moments, Chacun les siennes :

Moi, qui ne suis pas de carton,

J'ai beaucoup trop aimé, dit-on, Les Parisiennes.

Pour ne point vous scandaliser, Je ne veux pas analyser Toutes les femmes Dont, après mille et mille efforts, Je possédai du moins les corps, Sinon les âmes.

Mais je veux mettre sous vos yeux Les noms les plus mystérieux De mon histoire, Je tiens à vous les retracer.

Le temps pourrait les effacer De ma mémoire.

La première qui m'intrigua

Ce fut une brune, Marga, Marga, la folle ;

Elle jura d’aimer toujours,

Disant : « Je n’ai pour les amours.

Qu'une parole. »

Quinze jours après cet aveu, Un officier, un hussard bleu, Mine hautaine, A trente ans venait d’hériter :

Marga suivit sans hésiter Le capitaine.

Quand, après ce terrible échec, Mon œil enfin redevint sec Comme ma bourse, A travers tous ces buissons creux Du gai pays des amoureux, Je pris ma course.

Et tout d'abord, sur le chemin, Je rencontrai, l'ouvrage en main.

Brune piquante :

Naïve et parlant sans détour, Elle disait gagner par jour Trois francs cinquante.

Or, depuis, j'ai compris mon Dieu,

Que trois francs cinquante c’est peu Pour resler sage,

Et qu’en ce diable de Paris

On ne peut pas mettre à ce prix Fleurs au corsage.

Marie en eut bien vite assez.

Un vieux, aux trésors entassés, Conta fleurette :

Marie en fit son chevalier, Et ne grimpa plus l’escalier De ma chambrette.

Sous le nom de Johannita, Dans la boue, elle récolta L'or qui me manque.

On jeta des fleurs sous ses pas...

Billet d'amour tu ne vaux pas Billet de banque.

Oh ! la brune décidément, Ne sait pas comprendre un amant Dans ee bas monde :

Je m'assis un soir, par hasard, Dans un café du boulevard.

Près d’une blonde.

Une blonde aux cheveux frisés !

Mes sens furent électrisés Et tout de suite Je fis des vers si palpitants..….

Que je mis en un rien de temps Ma blonde en fuite.

J'aimai de cette façon-là, Une Lucie et deux Paula Trois Marguerites, Cinq ou six Marie en huit Jours :

Et... la dernière était toujours La Favorite.

Quand enfin parut Maria :

Ce fut un astre qui brilla Dans ma nuit sombre ;

Cette fille avait des vertus

Enormément ; je n'en sais plus Même le nombre.

Son âme ignorait le calcul.

L'intérêt pour elle était nul:

Manant ou prince

Je serais resté son amant...

Bref, elle m’aimait bêtement Comme en province.

Nous nous achetions entre nous Des violettes de deux sous :

Ma douce amie Adorait la simplicité, En duo, nous avons chanté L'économie.

Comme il s’'épanchait gentiment Le petit ruisselet charmant Plein d’allégresse, Où nous jetions avec amour Feuille par feuille et jour par jour, Notre tendresse.

J'en suis encor émerveillé :

Pour notre ciel ensoleillé Jamais d'orage.

Tous enviaient ce bonheur pur...

Les anges, là-haut dans l’azur Crevaient de rage.

Et puis, je ne sais plus comment, Is brouillèrent le firmament Sur nos deux têtes :

Le ruisseau n'était pas tari….

Le vent du malheur a flétri Mes violettes.

Voilà pourquoi dans mon Paris,

Tour à tour je pleure et souris, Cherchez la cause !

C’est que je ne suis qu'un rêveur

Et je laisse un peu de mon cœur A toute chose.

Mais je me console en pensant

Qu’exprimer tout ce que l’on sent Est une ivresse :

Et je me venge avec des vers

Quand je suis mené de travers Par ma maitresse,

Puis, selon les tempéraments,

On a des ardeurs par moments, Chacun les siennes.

Moi, qui ne suis pas de carton,

J'ai beaucoup trop aimé, dit-on, Les Parisiennes. .

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