‹ Les pamphlets contre Victor HugoChapitre 9 sur 15 · Livre, qu'un vent t'emporte En France où je suis né · texte numérisé non relu

Livre, qu'un vent t'emporte En France où je suis né

L'arbre déraciné Donne sa feuille morte.

Le rapin de Pontoise blâme lui aussi la légèreté des Chansons des Rues et des Bois :

Hochant la tête et battant la campagne, Dans son sujet il entre tout de go, Et sur un luth, avec grâce, accompagne Ses chants donnant parfois le vertigo.

Connais-tu les Chansons des Rues?

Connais-tu les Chansons des Bois?

— D'aucunes, qui sont assez crues, Mettent la Pudeur aux abois. —

Bah! que veux-tu, c'est la jeunesse; Lorsque l'on sent son sang courir, De Gonesse on monte l'ânesse; Se doute-t-on qu'il faut mourir !

On se fiche un peu de la Gloire, On cherche un endroit écarté Pour folichonner et pour boire Dans « les Urnes de la clarté!»

Car, devant l'Églogue impassible,

On s'émèche devant « Toinori)).

« Uouverture de V impossible»

Vous chauffe, — diras-tu — Toi — Non !

Les poèmes de Jules Vacoutat sont intitulés: Ënormitas^ Paupertas^ Hilaritas, Pathos, Les enfants lisent, Troupe blonde, etc. Citons encore quelques strophes :

L'auteur de Marion Delomie Est un jeune et bel écoher, « Sa fonction est d'être énorme»

Et de rimer à plein collier.

Ailleurs

Ses pauvres yeux craignant la suie, Quand il va voir « VEtna grognon», Au bon « Fumiste qui V essuie»

Toujours il emprunte un lorgnon.

Et plus loin, sous le titre &' Etoile filante

Ce farceur incommensurable, « Lance des flamboiements obscurs))] Mais sa gaieté n'est pas durable « // ennui rait parfois des }7iurs)).

Ses chansons nous troublent la tête, Et nous succombons sous le faix; Voilà comment un grand poète « Devient — bassin, mais tout à fait)).

Charles Monselet ne s'est pas contenté de rédiger un Almanach des Rues et des Bois à F usage des poètes^ pour 1867 (1), qui rappelle, de fort loin d'ailleurs, l'œuvre de Victor Hugo, il a écrit une petite parodie très spirituelle : Une chansonnette des Rues et des Bois (2). Sa préface, qu'il date de « Peter's house, novembre 1865 », est tout à fait dans le goût de celles de l'auteur des Contemplations. « Celui qui écrit ces lignes, dit Monselet, n'a pas mission de dévoiler son nom. Venu de l'ombre, il n'aspire qu'après l'ombre. D'ailleurs, il ne cherche pas à défendre ces feuillets, abandonnés au vent d'orage. On y verra ce qu'on voudra, on en prendra ce qu'on pourra. Il est permis au penseur de regarder à la fois devant lui et derrière lui. Ce livre n'est donc pas seulement un livre, c'est un

(1) A. Chaillot, et se trouve à la librairie du Petit journal, 1867.

(2) A. Chaillot et se trouve à la librairie du Petit journal, 21, boulevard Montmartre^ 1865.

torticolis. » Là-dessus, Monselet compose Sans cheval :

Réveillons l'églogue antique :

Pinçons la taille à Fanchon.

Vive la Maison rustique !

Vive l'usine Tronchon !

Tout genre m'est abordable; Changeons de note à présent :

Assez je fus formidable, Je veux être séduisant.

Je veux m'enfuir vers les saules, Et, penseur à l'abandon, Tenir des propos très drôles Aux laveuses de Meudon;

Pour qu'on dise, à la montagne, Pour qu'on dise, aux prés itou; Celui qui bat la campagne.

C'est Olympio-Pitou !

Nous lisons ensuite A V oseille :

Sous la tonnelle parée De rayons et de parfums.

J'accommode une purée De noms propres et communs.

Et ma muse, qui s'essaie A l'école du buisson.

Exproprie Arsène Houssaye De ses nappes de cresson.

A moi le thym et le hêtre !

A moi la cîme et le val !

Dieu, c'est un garde-champêtre, Agent du maire Idéal.

Pour casque, il a la feuillée; Pour sabre nu, le soleil; Et sa plaque fut taillée En plein firmament vermeil I

Soyons bon, quoique sublime.

Familier et tolérant.

Jabotons avec l'abîme; Disons « Ma vieille ! » au torrent.

Confondons l'aire et la mare, Et mêlons, — douce leçon ! — La Genèse au Tintamarre, Homérus à Commerson.

Soyons même un brin canaille; Parlons l'argot de Pantin; Allons chercher Lafouraille; Qu'on amène Gorentin.

Au bouchon, où j'aventure Mon oreille auprès du feu, Sachons ce que la friture Fredonne au petit vin bleu !

Monselet rime, cette fois, sur ce thème : QuHl n'y a qu'une femme au monde :

Qu'on l'appelle Cydahse, Antiope, Elisabeth, Suzon, Violante, Lise, Toinon, Toinette ou Babet;

C'est toujours la même femme, Charmant problème attifé;

C'est la même grande dame, Et le même chien coiffé.

Pour moi, je les aime toutes, Qu'elles vivent sous un dais, Ou que sur les grandes routes, Elles guident les baudets.

Collier divin que j'égrène En ce temps de renouveau !

Celle-ci dit : — « Ma migrain~ 1 Celle-là dit : « Notre veau ! »

Béranger a des Lisettes Pouvant servir encor bien.

En arrangeant leurs risettes Au style néo-païen.

Ma chansonnette lascive Ne demande qu'à voler, Et même un peu de lessive Ne me fait pas reculer.

Ça me change, moi, le mage, Et le prophète effaré, De voir Colinette en nage M'apostropher dans un pré.

Et, flamboyante carogne.

Fourche en main, crier, oui-dâ :

« — Ça va cesser, ou je cogne 1 A-t-on vu cet enflé-là ! »

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