Il faut évidemment lire faim
2. Montrez-moi ce qu'il fit jamais pour le peuple, depuis les petits soins quil eut pour les malades d'hôpital et les débiteurs prisonniers: depuis ces petites œuvres pies qui l'ont fait porter aux nues ; depuis ces peti'es vertus d'apparat, qui lui ont assuré le privilège d'être prôné ? 0 ! portez-le bien dans vos cœurs, judicieux citoyens: promenez ses images dans les places publiques, érigez-lu! des statues; et si c'est trop peu de ces honneurs civiques, courez aux temples, et faites fumer l'encens. Nouveau Mercure! bientôt, bientôt, le voile sera déchiré, vos autels seront déserts; et de tant de fidèles adorateurs, il ne vous restera que les publicains et les péagers. [Note de Marat)
3. Voyez son Discours à l'Assemblée Nationale, lu le 24 septembre. [Note de Marat)
On trouvera les parties essentielles de ce discours et le compte rendu des détails auxquels il donna lieu, dans le Moniteur^ réimpression, t. I, pp. 506 et suivantes.
il se dissimuler que les ministres seuls ont miné le pied de ce rocher terrible, dont le roi n'a jamais songé à prévoir ou prévenir Técroulement ? S'il tremble que les masures de rédiûce gothique, qu'il s'efforce de relever, ne l'ensevelissent enfin sous leurs ruines, du moins n'ignore-t-il pas que ce n'est qu'avec les deniers publics qu'il l'a étayé jusqu'à présent. Aujourd'hui même il sollicite l'assemblée de lui accorder de grands, de prompts secours, sous prétexte d'empêcher la dissolution de l'État, de régénérer les finances, mais uniquement pour affermir l'administration, pour le mettre en état de perpétuer l'ancien régime.
Écoutons un peu par quels moyens il prétend revivifier le royaume. — « Je ne vous propose, Messieurs, aucune « grande subversion, aucune idée systématique, aucune de « ces imaginations auxquelles on donne le nom de génie ; « tout doit être simple, en ce genre, tout doit être au moins « successif, surtout dans un moment où la confiance, ce lien « si nécessaire entre le présent et l'avenir, nous refuse son « assistance. » — Quoi ! dans les temps de calamité, dans ces jours d'alarme et de détresse, où le salut public paraît désespéré, les ressources du génie et les efforts de la vertu ne seront pas de saison ! Au lieu de repousser tout sot ménagement, de fouler aux pieds toute sotte considération, on s'attachera à découvrir l'abîme, on rejettera les grands moyens de le combler, et* on cherchera de petits expédients pour l'enceindre d'une barrière !
Serait-ce prudence ? Non, non, c'est astuce : le ministre ne craint pas de dessécher, d'épuiser l'État ; il craint de donner des chocs à la machine, et d'être écrasé par la réaction ; il ne hait pas les violents partis, il redoute de les prendre. Voyez-le fuir, en les abandonnant à l'Assemblée Nationale, en lui criant que tout est perdu, si, par de grandes et vigoureuses mesures, elle ne vient au secours des administrateurs ; si elle ne court tous les événements pour les tirer d'embarras.
Entrons ici dans quelques détails. Tout le plan de
DENOrs'CIAÏlON CONTRE NECKER 93
M. Neckerpose sur cette base : « Il faut établir un rapport « certain entre les revenus et les dépenses fixes. » Grand principe des dissipateurs, qu'ils énoncent de cette manière : <c II faut égaler la recette à la dépense. » Et pour réussir, il n'a garde de toucher aux paisibles jouissances des heureux du siècle, qui ont toute la graisse de la terre ; des déprédateurs, des concussionnaires, des sangsues de l'État : mais il forme le généreux dessein de pressurer le peuple, et il exhorte l'assemblée nationale de déployer toutes ses forces pour accrocher aux malheureux le dernier lambeau, le dernier aliment. Ah! dût l'armée se débander, dût l'État se dissoudre, devait-il, pour empêcher ces malheurs, recourir à un expédient si barbare! Mais nous n'en sommes pas réduits à cette extrémité. Un administrateur des finances, animé de l'amour du bien public, avait cent moyens de rendre au royaume sa force et son brillant.
En débutant au ministère, M. Necker s'était annoncé comme le bienfaiteur des pauvres\ le ministre économe, le réformateur des abus. Tant que les ennemis publics dominaient à la Cour, ne lui faisons point un crime de n'avoir pas poussé plus loin les réformes ; il fallait céder aux dures lois de la nécessité, et on peut croire qu'il s'est laissé entraîner au torrent. Mais, depuis la glorieuse révolution, maître du champ de bataille, comment n'a-t-il pas tranché dans le vif, comment n'a-t-il pas tari la source des désordres, comment n'a-t-il pas détruit le gaspillage de la Cour, supprimé ces maisons militaires^ qui annoncent des
1. Les petites attentions qu"eut d'abord sa chère moitié pour les débiteurs en prison et pour les malades réduits à l'hôpital, n'étaient que pure affecterie. Une preuve qu'elles n'avaient point leur source dans le coeur, c'est que depuis son retour au ministère, elles ont disparu pour toujours; et toutefois c'est à l'impression qu'elles ont faite sur le public, qu'il doit sa réputation de popularité et de bienfaisance, son nom de père du peuple, d'ange tutélaire de l;i France. {Note de Marat)
2. Gomme les ministres ne sont plus les- maîtres de faire la loi,
potentats daas les frères du roi, cette maison d'étiquette follement payée par l'État au premier prince du sang, réduit ces dépenses excessives des départements de la guerre, de la marine, des affaires étrangères ; épargné les sommes données sans besoin aux communautés religieuses, réformé ces places dangereuses de colonel de l'infanterie française, de gouverneurs de province '; ces places ^ purement fastueuses, et ces charges, plus fastueuses encore, de grandaumônier, de grand-maître, de grand panetier, de grand veneur, de grand écuyer, etc. ; révoqué ces traitements scandaleux accordés aux fermiers-généraux et régisseurs des droits sur les consommations; ces pensions révoltantesde cordon bleu, de maréchal de France, d'ex-ministre, de commissaires royaux, d'académiciens sans occupations %
on sent bien qu'il ne s'agit ici que des vues à proposer à l'Assemblée nationale. {Note de Marat)
1. Ces places paraissent dangereuses au prince lai-même, puisqu'il n'est pas permis à un gouverneur de résider dans son gouvernement, sans une permission expresse. {Note de Marat)
2. Quand on pense qu'à l'avènement du Roi à la couronne, sa seule maison militaire était de dix mille hommes d'élite; quand on pense à cette multitude de charges dites de la couronne, et uniquement faites par le faste du monarque, charges portant toutes des appointements considérables, et dont plusieurs ont quatre titulaires de quartiers; quand on pense à toutes les charges de la maison de la reine, toutes les charges des maisons des princes et princesses; quand on réfléchit an gaspillage effrayant de tant de maisons, aux sommes' immenses consacrées aux fêtes, aux largesses, au jeu; on trouve que ceut millions annuels suffisent à peine à cette vaine pompe. Pour soutenir ces désordres scandaleux, ii faut pressurer les peuples, leur enlever le nécessaire, les réduire à la mendicité. Ces désordres cesseront enfin ; mais qu'y gagnerons-nous, si le nouveau régime n'est pas moins dévorant? On dit que l'hôtel-de-ville est un gouffre qui engloutit chaque jour des sommes immenses ; et c'est à cette vertu attractive qu'on attribue le zèle patriotique de tous les intrigants, qui se sont efforcés d'y entrer. {Note de Marat)
8. Loin d'avoirréduit ces pensions, il a même augmenté celles des gens de lettres, dont il cherchait à se faire flagorner. A son arrivée au ministère, les académies coûtaient à l'État 120.000 liv., et il
d'historiographes sans fonctions, d'histrions, de baladins, et de chefs d'inspecteurs, d'exempts, d'espions de police, etc., etc.; aboli ces établissements dispendieux, uniquement propres à enrichir des fripons, tels que la manufacture des Gobelins, les Menus, le Garde-meubles de la couronne, et tous ces ateliers^ d'essais, où Ton ne fit jamais d'autre expérience que celle de soutirer du prince de gros appointements.
Il a craint de se mettre à dos tous ces" gens-là, de se faire des nuées d'ennemis, et d'être renvoyé. Il a donc sacrifié à sa cupidité, à son ambition, à sa gloriole, le rétablissement de l'ordre, la régénération des finances, le soulagement du peuple, et le salut du royaume :. sacrifice indigne d'un homme d'honneur ; lâche considération, qui doit le dégrader dans l'esprit des gens de bien ; crime impardonnable à un ministre que la nation a honoré de sa confiance.
Ce n'est pas tout. Souvent il a paru s'élever contre les surcharges d'impôts ; mais il a non seulement laissé subsister les anciens, il en a créé de nouveaux, d'autant plus redoutables, que le peuple n'en sent pas d'abord le poids, qu'ils couvrentles malversations des administrateurs, qu'ils éteignent l'amour du travail honnête, qu'ils corrompent les mœurs par la soif inextinguible de l'or, sacrifient la classe des rentiers à la classe des agioteurs, fournissent au monarque les moyens d'anticiper sur les revenus publics, d'accumuler en quelques jours sur l'État les charges d'un siècle
les porte à 100.000 écus dans son Traité des Finances. [Note de Marat)
1. Ne sachant à quel titre donner une place lucrative à M. de Vandermonde, de rAcadéniie des sciences, on a formé pour lui un de ces ridicules ateliers d'essais, et on lui en a donné la direction, avec de gros appointements. {Note de Marat)
2. « Les sommes fournies aux maisons des princes se montent « à 8.240.000 liv. : il ne m'appartient pas de déterminer les « retranchements dont cet article serait susceptible. » Discours de M. Necker. [Sote de Maral
entier, démettre en péril toutes les fortunes, et de ruiner enfin le crédit national par la crainte d'une banqueroute inévitable.
Voilà les fruits amers de cette fureur de l'agiotage, que le président honoraire du district des Filles-Saint-Thomas a inoculée aux Français : voilà les suites funestes de ces emprunts attrayants qu'il a mis à la mode, et auxquels il n'aurait jamais renoncé, s'il avait toujours trouvé des dupes. Mais comme toutes les ressources s'épuisent à la fin, celle-ci lui a manqué ; et après Lavoir tentée vainement deux fois' consécutives, il La remplacée par un impôt en aggravant même les anciennes charges". Ainsi revenu humT blement à l'ancien régime de ses prédécesseurs, il a proposé une contribution du quart des revenus, mais sans se traîner sur leurs traces ; car il faut toujours qu'il donne un plat de son métier.
Ce nouvel impôt, si onéreux, si injuste, si vexatoire, et le plus lourd que jamais faiseur de projets ait osé concevoir, mérite bien quelques observations. D'abord il n'a aucune proportion avec les besoins supposés de l'État ; car il n'est destiné qu'à faire face à 160 millions de dépenses extraordinaires pour le service de la fin de 1789, et le courant de 1790 : or, il est évalué, au plus bas, à sept ou huit cents millions. Ensuite il porte atteinte à la fortune des négociants, et il arrache aux citoyens gênés une contribution au-dessus de leurs moyens, en piquant leur amour-propre. < Puis il n'est effectif qu'à l'égard des propriétaires fonciers et des rentiers, dont la fortune est apparente ; tandis qu'illusoire à l'égard des capitalistes, dont la fortune est
1. Ses derniers emprunts de 30 et 80 millions, dont Fun a été décrété partiellement, et dont Tautre a été voté par acclamations. {Note de Marat)
2. Ayant réuni, sous le nom d'impôt territorial, la taille et les vingtièmes, il cherche à en augmenter de 15 millions la sommes Voyez son Discours à LAssemblée nationale, lu le 24 septembre; {Note de Marat)
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cachée, il est tout en leur faveur. Enfin, assez léger pour les riches, il le devient encore davantage pour les opulents, et toujours en raison de leur opulence ; mais c'est poulies particuliers qui n'ont qu'une petite fortune qu'il est vraiment oppressif; car au possesseur de 50, 100, 200, 400.000 livres de rente, il n'ôte qu'une portion de superflu ; au lieu qu'au possesseur de 2 à 3.000 liv. de rente, ilote une portion du nécessaire, et les moyens d'élever ses enfants, s'il est père de famille. Que dirons-nous à l'égard des citoyens qui n'ont pour vivre qu'un revenu de 4 à 500 liv. . lesquels n'y sont pas moins assujettis, quoique lihres de fixer leur quotité ? Que dirons-nous de sa barbarie ' à l'égard des infortunés qui ne possèdent rien, et qui n'ont que leurs bras pour subsister? car personne n'en est exclu. Ainsi, toujours fidèle à ses principes de ménager les riches et les grands, il ne laisse échapper aucune occasion de leur immoler l'humble citoyen, de leur immoler le peuple.
Après avoir sacrifié le peuple aux grands et aux riches, il sacrifie les riches et les grands aux sangsues de l'État -.
1. L'hôtel-de-ville n'a pas rougi de renchérir sur cette barbarie dans son règlement, en invitant à contribuer les ouvriers et les manœuvres qui ne possèdent rien. 0 pudeur! {Note de Marat)
2. Toutes les opérations de M. Necker sont entachées de ces vices. Il a de belles paroles pour les petits; pour les grands, il a de [beaux procédés : mais son cœur est pour les capitalistes, les banquiers, les agioteurs», ses dignes protégés. Avec quelle sollicitude il leur a procuré les profits immenses de ses nombreux emprunts ! Avec quelle sollicitude il s'efforçait de faire refluer sur eux une portion des avantages de la suppression des dîmes! Avec quelle sollicitude il cherchait à leur ménager tous les bénéfices de ses emprunts avortés ! Avec quelle sollicitude il cherche à leur procurer le profit immense de l'achat des biens ecclésiastiques! Avec quelle sollicitude il cherche à leur assurer les profits immenses de la conversion de la caisse d'escompte en banque nationale ! etc. Aussi est-il leur Dieu; aussi sont-ils ses apôtres; aussi le servent-ils avec idolâtrie, aussi applaudissent-ils en choeur, quand il ouvre la bouche ; aussi rétouflent-ils de caresses, quand
Jetez les yeux sur les dispositions du nouvel impôt. Pour paraître en faciliter le paiement, il le fixe à différentes époques. Mais bientôt pressé de le palper en entier, il offre un escompte ou remise à ceux qui le feront sans délai. Les capitalistes, les banquiers, les agioteurs, se trouvant porteurs d'une très grande partie des effets royaux, rien ne lui paraît plus sérieux que d'assurer le paiement de ces créanciers de TÉtat, que de ne soumettre jamais à aucune retenue le paiement désintérêts ; il rappelle à cet égard le vœu de l'assemblée nationale, et, il la presse de le remplir. Puis, faisant valoir la nécessité où il est de ménager la caisse d'escompte, il propose de la transformer en banque nationale, et il requiert une approbation immédiate et décisive. Il fait plus; il propose dans son dernier plan à L'assemblée nationale de garantir à la caisse d'escompte un emprunt de 70 millions, qu'il se propose de faire, en délégant le produit de la contribution du quart du revenu. Enfin, et ce dernier trait suffira, je crois, pour démasquer l'administrateur des finances : à peine la nation est-elle en possession des biens ecclésiastiques, qu'il propose à l'assemblée nationale de décréter la liberté d'acquérir ces fonds avec des effets royaux: proposition scandaleuse, qui produirait à la fois la prompte dilapidation de ces biens par le ministère, et leur translation dans la main des Hollandais et des Genevois, qui en expulseraient à l'instant les cultivateurs nationaux. Voilà donc sa funeste méthode des anticipations revenue ; voilà donc ses éternelles spéculations d'agiotage reprises sans pudeur; voilà donc les sangsues de l'État, qui le couvrent de leur égide, dévorant sans cesse la substance des peuples: enfin voilà ce sauveur de la France, repoussant avec barbarie les ressources qui s'offrent
il se montre au district; aussi lui donnent-ils chaque jour une garde d'honneur; aussi leur donne-t-il en retour de bons dîners, auxquels sa douce moitié assiste pour verser le café et la liqueur.
[Soie de Marat)
DE.XOXCIATIOX CONTRE .XECKER 99
à lui de toutes parts, pour se livrer à des opérations funestes, qui ne vont à ces fins' qu'en cimentant la ruine publique. Que de reproches mérités à lui faire ! Et d'abord devait-il marquer assez peu de déférence au vœu de la nation, pour se permettre de presser le travail sur les finances, pour proposer des contributions, pour donner des projets de décrets, avant que la constitution fût consacrée? Devait-il songer à augmenter la masse des impôts, avant que le roi se fût sérieusement exécuté sur les moyens qui sont en son pouvoir, comme la nation a droit de l'exiger? Mais il était bien là question d'impôts ' Il avait, dans les réformes que nous avons indiquées, de quoi couvrir deux fois le déficit. Il avait, dans la vente des terres du domaine, des châteaux abandonnés ou inutiles au monarque, des hôtels' occupés par les officiers ou les gens du prince, dansla nullité des acquisitions faites pour la Cour par l'infâme de Galonné (sans parler des biens des vampires de TÉtat, dont les possessions immenses devraient être le garant de leurs déprédations"), de quoi diminuer le fardeau des charges publiques. Au lieu de profiter de tant de ressources qui s'offraient à lui, il les a rejetées pour fouler le peuple par de nouvelles contributions accablantes, qu'il n'a pas même songé à faire révoquer, depuis que la restitution des biens du clergé offre de quoi éteindre complètement les dettes de TÉtat. Voilà donc ce nouveau système de la régénération des finances, promise tant de fois et si longtemps attendue,
1. Je lui ai supposé les mains pures; mais après tout ce que je vois aujourd'hui, je ne sais plus que penser des bruits répandus sur son compte. On prétend qu'il a travaillé à se rendre maître du numéraire par l'accaparement des grains, pour le faire valoir sur les différentes places de l'Europe, et sans doute pour ne pas oublier son ancien métier. {Note de Marat)
2. Ce vaste hôtel qu'occupe Thierry dans la rue de Monsieur, à Versailles ; cet hôtel somptueux que le duc de Coigny occupe dans le Carrousel, à Paris, etc. [Note de Marat]
3. Tant que les brigands publics seront impunis, de quoi servent les réformes? de quoi servent les lois? [Noie de Marat)
que M. Necker n'a pas honte d'offrir à la nation, comme le fruit de ses veilles, comme le prix de la folle admiration qu'elle a pour lui.
L'impôt désastreux dont elle a fourni le décret a été voté par acclamation par le législateur. Malgré ce prétendu vœu national, et la sanction dont il est revêtu, l'administrateur des finances y compte si peu, qu'il a cru devoir l'étayer d'une proclamation royale. xAprèsy avoir invité les Français à se conformer aux dispositions de la loi, il cherche à piquer leur amour-propre, en leur criant que l'Europe entière a les yeux sur eux, pour juger de l'étendue de leur attachement au bien de l'Etat : « car, dit-il, si le vœu de la première assemblée nationale, si les pressantes invitations du monarque, si la situation des affaires, si le danger imminent des circonstances, ne peuvent déterminer à un sacrifice d'argent momentané, il faudrait désespérer des ressources de ces vertus publiques, auxquelles on met aujourd'hui sa confiance ». Vaine supplique! paroles perdues! pour colorer une opération désastreuse, que toutes les plumes patriotiques devraient se faire un devoir de décrier, si elle ne l'était pas déjà par ses dispositions vexatoires. Et quelle confiance," je vous prie, les bons citoyens pourraient-ils avoir dans un projet décrété aveuglément, comme si le législateur eût été vendu au ministre'? Ne
1. J'entends répéter de toutes parts que l'Assemblée nationale a très sagement fait d'accepter de confiance le plan de M. Necker, ne pouvant garantir ni le succès du plan qu'elle n'a point fait, ni la fidélité des comptes qu'elle n'a point examinés, ni les événements qu'elle n'a pu prévoir; car, comme quelqu'un l'a fort bien dit, il faut que son crédit soit intact, et que la chose publique reste tout entière dans elle-même. Beau raisonnement ! Quoi donc! l'Assemblée nationale, faite pour veiller au bonheur de la , nation, et lui donner de sages lois, doit se conduire en aveugle ^ dans des opérations qui intéressent infiniment la chose publique ? '^ Elle aura dû, sans connaissance de cause, revêtir de sa sanction un • impôt désastreux, dont les suites funestes sont incalculables? Elle ' sera à couvert de tout reproche, pour s'être ménagé le pitoyable ,
voient-ils pas clairement qu'au lieu de travailler à leur assurer le repos, la liberté, le bonheur, on ne cherche qu'à leur accrocher de l'argent, pour leur forger de nouvelles chaînes'? Qui pourrait en douter? L'administrateur des finances, tremblant d'être renvoyé, s'efforce de recrépir le palais du despotisme. Écoutez ses discours artificieux, comme il cherche à dégoûter l'assemblée de construire le temple de la liberté. « Ce n'est pas sur des décombres, et au milieu des clameurs de tous les citoyens, que vous élèverez solidement l'édifice de notre bonheur. La vie est trop courte; les pensées des hommes sont trop circonscrites, pour qu'on puisse leur offrir, en dédommagement de leurs maux, la satisfaction incertaine des générations suivantes. « Les conséquences sont faciles à tirer.
Parlerai-je ici du sacrifice de quelques minces bijoux, gages précieux de la tendresse conjugale, auquel il invite les femmes^ des paysans, dans un discours politique qu'elles ne liront point ? Quoi ! c'est aux pauvres habitants de la campagne, à des malheureux déjà si épuisés, qu'il cherche à inspirer des actes de patriotisme au-dessus ' de leurs
prétexte de dire à l'auteur : cela vous regarde, je m'en lave les mains. Et on alléguera pour excuse l'exigence supposée des circonstances .'Comme si quelques jours de retard consacrés à l'examen avaient pu mettre en péril le salut de l'État ! Se peut-il que, dans le siècle des lumières, nous soyons réduits à présenter au lecteur des réflexions de cette nature ! [Note de Marat)
1. On n*a pas oublié les tentatives réitérées du ministre, pour engager les États généraux et la municipalité parisienne, à rendre au Roi la plénitude du pouvoir exécutif. [Note de Marai)