‹ Les papes princes italiensChapitre 10 sur 16 · LE TEMPOIIEL A-T-IL ÉLEVÉ LA MORALITÉ DES SUJETS · texte numérisé non relu

LE TEMPOIIEL A-T-IL ÉLEVÉ LA MORALITÉ DES SUJETS

Si les Romains n’ont eu ni industrie, ni commerce, ni instruction publique, au moins ont-ils eu des mœurs? Je ne veux parler ni des coups de couteau donnés à la ville, ni des coups de fusil tirés dans la montagne, mais de ces mœurs du coin du feu qui font les familles respectées et les Etats forts. Je pourrais à ce sujet dire bien des choses, et invoquer bien des témoignages.

Je me contenterai d’un seul.

Après le traité de Tolentino, Bonaparte envoya Marraont à ltome, avec deux officiers, pour présenter ses hommages à Pie VI.

Le gouverneur de Rome chargea 31. Falconicri, grand maître des postes, de faire à la mission française les honneurs de la ville éternelle. « Je trouvai, dit Marmont, la société romaine livrée exclusivement aux plaisirs. La facilité des femmes, alors autorisée par les maris, passe toute croyance; un mari parlait des amants de sa femme sans embarras et sans mécontentement, et j’ai entendu de la bouche de .31. Falconieri les choses les plus incroyables sur la sienne, sans que sa tendresse en parût alarmée. Il savait faire une distinction singulière entre la possession et le sentiment, et le dernier avait seul du prix pour lui.

En ma qualité de très-jeune homme et d’étranger, cette distinction me convenait beaucoup, et j’en acceptais volontiers les conséquences. Je fus très-bien traité par la belle

société romaine (1). » Marmont resta quinze jours dans la ville, et la quitta, ajoute-t-il, fort malade.

Nous qui avons été élevés, non par des moines célibataires, mais par des professeurs laïques , simples et honnêtes pères de famille, nous ne comprenons rien à des doctrines maritales d’une si haute spiritualité. A Rome aussi, dit-on, on ne les comprend plus. Les mœurs, comme le reste, ont été améliorées, sous la pression des idées nouvelles ; le sigisbéisme s’en va. Mais je crains bien qu’une société qui a vécu ainsi trois siècles durant, n’en garde encore quelque chose.

(t| Mémoires du duc de Raguse, t. I, p. Î65. On voudra liion noter que je cite, ici et à la page 93, non des jugements de Marmont, mais des choses qu'il a vues ou faites.

Page 1