‹ Les papes princes italiensChapitre 9 sur 16 · JO · texte numérisé non relu

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d’utilité générale. La France emploie chaque année vingt millions à l’instruction publique de ses enfants; dans les Etats pontificaux on trouve que 100,000 fr. suffisent; et pour y développer le commerce, les beauxarts, l’agriculture, l’industrie et les travaux publics, on estime que c’est bien assez de 000,000 écus : un revenu de gentleman anglais.

De grosses 'dettes faisaient autrefois honneur aux particuliers. * 11 n’y a qu’un Rohan qui puisse faire faillite de trente millions, » disait avec orgueil le cardinal. Aujourd’hui les grands Etals portent sans peine dix milliards de dettes, comme nous, ou vingt milliards, comme l’Angleterre, parce que ces Etals produisent à proportion. Mais quelle sécurité, quelle puissance financières peuvent se trouver dans une monarchie sans industrie ni commerce, qui fait peu ou point de dépenses utiles, et pourtant doit 360 millions; qui en recevait, avant la séparation des

Romagnes, soixante-seize, et avait, chaque année, à combler par des emprunts un déficit de cinq à dix millions de francs?

Un sixième du budget est prélevé pour l’armée; c’est à peu près comme chez nous.

Mais si la France paie cher sa gloire, du moins elle eu a; son armée est la première du monde. Le Pape, avant la guerre d’Italie, avait 12,000 hommes de ligne et 5,000 gendarmes qui lui coûtaient 2,323,567 écus, ou à peu près douze millions de francs. On ne peut pas dire que ce soit de l’argent bien placé. Car cette armée, sauf les gendarmes, n’a jamais servi à rien. Jules II avait de vrais soldats, et Pie V envoya à Lépante de vraies galères; mais le président de Brosses a dit, au siècle dernier, un mol qui, quoi qu’on fasse, est juste encore : « Les troupes du Pape seront toujours les troupes du Pape.

Qu’est-ce que des guerriers qui n’ont de leur vie guerroyé?*

Je demande pardon de placer au milieu

d’un si grave sujet les paroles qui suivent. Elles justifient trop bien le jugement du président de Brosses pour que je les omette :

En 1797, la cour pontificale, ne s’effrayant pas trop de combattre le vainqueur d’Arcole et de Rivoli , rassembla ses forces en avant d’Ancône. Une division française marcha de ce côté. Lannes, pour reconnaître le pays, s’avança avec deux ou trois aides de camp et huit ou dix soldats d’ordonnance.

« Il longeait le bord de la mer, lorsqu’à un détour du chemin, il se trouva face à face avec un corps ennemi de 300 chevaux. Le commandant ordonne aussitôt de mettre le sabre à la main. Mais Lannes court à lui, et, d’un ton d’autorité, lui dit: «De quel droit, Monsieur, osez-vous faire mettre le sabre à la main? Sur-le-champ le sabre dans le fourreau ! — Subito, répondit le commandant. — Que l’on mette pied à terre, et que l’on conduise ces chevaux au quartier général. — Aileno , » reprit le commandant. Et

la chose fut ainsi faite. — Uff peu plus loin on arrive au camp fortifié qui couvrait la ville. Les colonnes françaises s’étant formées pour l’attaque, un coup de canon donna le signal du mouvement. A ce signal, toute la ligne ennemie se coucha par terre. On battit la charge, on arriva aux retranchements; ils étaient difficiles à franchir ; mais, avec l’aide de ceux qui étaient chargés de les défendre, la chose devint aisée. Ce fut ainsi que nous prîmes Ancône (1). »

Voilà l’armée qui sauvegarde la principauté temporelle! Je sais qu’à Pérouse ils ont fait mieux; mais quelle est la puissance au monde à qui il ne suffirait pas de toucher cette force du bout du doigt pour qu’elle fût anéantie?

Au fond, c’est une armée de police contre les sujets, ce n’est pas et ce ne sera jamais une armée de défense contre l’étranger.

(1) Mémoires de Marmonl, duc de Raguse, 1. 1, p. Î59. Marmont était présent h l'affaire.

Depuis dix aus que nous sommes à Home, nous avons tout fait pour décider le gouvernement à se donner, au lieu de mercenaires étrangers, une armée nationale. Nous ne le pouvons, a-t-on répondu, la morale et les lois de l’Eglise interdisent au Saint-Père de condamner une partie de ses sujets à un célibat prolongé (1). C’est, assurément, la première fois qu’on a eu de pareilles attentions, et la jeunesse romaine est bien heureuse que son gouvernement s’occupe de la faire entrer si vite en ménage et si tard au régiment. Mais si c’est la morale qui prescrit cela pour les Romains, pourquoi ne le prescrit-elle pas aussi pour les mercenaires ? Le Pape est le père de tous les fidèles, et il ne peut pas avoir deux morales pour ses enfants.

(1) Dépêche do -M. de Cmour en réponse 4 la dépêche do M. Tbouvcuel du 2i février 1860.

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