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CONSÉQUENCES A TIRER DE CET EXPOSÉ HISTORIQUE

Que résulte-t-il de cette douloureuse histoire de la papauté temporelle? Que nous sommes en présence d’un F.tal qui a un nom plus élevé que les autres, mais qui n’a pas une origine différente; qui est aussi légitime que la Prusse, la Bavière ou la Saxe, mais qui ne l’est pas davantage; qui a été gouverné avec du génie et de la passion, avec de la prudence et de l’incu-

rie, avec des succès et des revers; qui ressemble, en un mot, à tous les Etats du monde , puisque il est né , a vécu , s’est transformé comme eux, et, comme eux aussi , a acquis et perdu des provinces par la diplomatie ou la guerre. 11 faut donc agir avec lui comme avec tous les autres, sans se préoccuper du dogme nouveau de l’inviolabilité territoriale qu’on voudrait établir. Que les cardinaux et les ambassadeurs se mettent à l’œuvre : c’est une question de diplomates, non de théologiens; de conférences, non de conciles.

À ces conférences, la France a le droit de parler haut, non pas seulement parce qu’elle est victorieuse, mais, puisque l’on invoque des droits antiques, parce qu’il serait bon de ne pas oublier que c’est elle qui a fondé cet Etat par les donations de Pépin et de Charlemagne ; que c’est elle qui , après avoir établi le droit, a assuré le fait par les secours d’hommes et d’argent que

Louis XII donna à César Borgia et à Jules II ; elle enfin qui maintient debout, depuis dix ans, cet édifice croulant.

En 1832, Rossi, bien près de n’espérer plus rien, n’osait demander à la France « que de former en Italie quelque oasis où « un homme qui se respecte put respirer et « vivre. » Au lieu d’une oasis menacée, c’est un grand royaume qu’il y trouverait maintenant, où l’on peut respirer à pleine poitrine l’air de la liberté. Mais, pour la paix du monde, ce n’est pas assez, il faudrait que la vie nouvelle gagnât de proche en proche les Etats de l’Eglise, et que les réformes nécessaires y fussent accomplies. Mais, là, on se heurte contre un obstacle bien difficile à franchir. L’Etat pontifical est et veut rester un gouvernement d’ancien régime.

« Je me demande, dit très-bien le R. Père Lacordaire (1), quel est le grand désavantage

R) De la liberté de V Italie et de l’Eglise, p. 34.

de la papauté devant ses ennemis, et je suis convaincu qu’il est dans cette circonstance, que le gouvernement papal est un gouvernement d’ancien régime. Comparé aux autre gouvernements du même genre qui existent encore en Europe, par exemple l’Autriche et la Russie, il leur est très-certainement préférable, parce qu’il est plus humain, plus honnête, moins fort qu’eux, et moins capable, en intention et en réalité, d’abuser de sa force. J’ai vécu sous le gouvernement papal; pour rien au monde je ne voudrais vivre sous le gouvernement russe ou autrichien.

« On me dira, sans doute : Qu’entendez vous par un gouvernement d’ancien régime?

Je vais répondre.

* En 1789, la France se leva tout entière en faveur de trois principes qu’elle n’a jamais abandonnés depuis : l’égalité civile, la liberté politique, et la liberté de conscience. Les deux tiers de l’Europe, en soixante-dix

ans, ont accepté de la France cet ordre d’idées et ce programme de vie. Voilà le fait. Les gouvernements qui s’y sont conformés, sont des gouvernements nouveaux ; ceux qui ne les ont pas admis sont des gouvernements d’ancien régime. Rome est dans ce dernier cas. »

Bien des navires se sauvent de l’orage en jetant à la mer une partie de leur cargaison, bien des États se sont sauvés et se sauvent chaque jour des tempêtes sociales en rejetant de leur sein les abus qui minent leur constitution. Malheureusement, à Rome, au lieu de se débarrasser de tout ce qui était une cause de péril, on a fait la théorie de la situation et érigé le fait en droit. On nous dit : Vous êtes la Révolution, c’est-à-dire l’impiété et la perversion des mœurs (l), tandis que, nous, nous sommes la pureté morale et la légitimité. Pour des diplomates italiens, cette déclaration est

(4) Le mot est dans toutes les dépêches de la chancellerie romaine.

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d’une imprudence qui étonne. 11 y a des doctrines qui peuvent vivre longtemps dans les faits, mais qui ne peuvent se laisser discuter longtemps.

Jacques I" d’Angleterre proclama, dans son Hasilicon Doron , le dogme du droit divin des rois, et, quelques années après, une victime royale sortait du palais de White-Hall.

Louis XIV disait : « L’État c’ est moi, » et Sieyès répondait à son second successeur :

* L’État, c’est nous. »

En 1789, dans cette nuit fameuse qui vit naître pour nous l’égalité, quand la noblesse de France olfrait à la patrie, à la justice et à la paix, le sacrifice de ses privilèges, l’évêque d’Uzès se leva et dit : * Je voudrais avoir une « terre, il me serait doux de la remettre entre « les mains des laboureurs; mais nous ne som- « mes que dépositaires. » Quelques mois après, l’Assemblée s’occupait des biens nationaux.

Alors l’archevêque d’Aix s’écria : « De quel « droit touchez-vous à nos propriétés ? Elles

« sont inviolables el sacrées. » L’Assemblée lie s’arrêta pas à ce double langage, et, s’il n’y a plus aujourd’hui, en France, d’évêque tirant de ses bénéfices 7 ou 800,000 livres de rente, comme Rohan ou Bernis, ni d’abbés eu ayant 300,000, comme celui de Saint-Uermain-des- Prés, on n’y trouverait pas non plus ces pauvres prêtres de l’ancien régime mourant de faim avec 350 livres de portion congrue, ftos églises qui tombaient en ruines sont relevées, nos établissements de bienfaisance, qui étaient d’une insuffisance si malheureuse, couvrent le territoire; les curés, les vicaires ont au moins le nécessaire, et l’instruction, réservée jadis à un petit nombre, pénètre jusqu’au fond des campagnes, bien que son budget lie soit que de 20 millions contre 47 donnés au clergé.

Voilà ce qu’a fait la sécularisation en France; elle n’a pas été plus désastreuse en Allemagne, et je ne sache pas que l’Autriche soit mauvaise catholique pour posséder l’archevêché souverain de Salz bourg et le pa-

triarcat d’Aquilée, ni la Bavière pour avoir pris ceux de Passau, d’Augsbourg, de Wurtzbourg et de Bamberg. La foi ne périclitera pas davantage à Bologne, parce que les légats n’v résideront plus (1). Il arrivera seulement que bon nombre de gens cesseront de vivre de l'Eglise, ce qui leur permettra de vivre davantage, au grand profit du pays et d’euxmêmes, pour l’Evangile et la catholicité.

Revenons à la vérité et au bon sens.

La Cour romaine a voulu les grandeurs de la terre. Du jour où les papes ont pris la couronne des rois, ils ont accepté aussi leurs obligations. Ils ont dû à leurs peuples des roules, des canaux, des dessèchements de marais, des reboisements de montagnes, des encouragements pour le commerce, l’industrie et l’agriculture , la justice prompte et à bon marché, la répression impartiale des délits, la sécurité des biens et des péril) Voy< 2 à l’Appendice la noie XI. sur l'iiisloire cl la constitution politique des Hotnagnes.

sonnes, el , à côté des enseignements religieux, tous les développements de la vie intelligente. Ils leur devaient , en un mot, une préoccupation constante de leurs intérêts matériels et moraux, pour tirer ces hommes de l’ignorance el de la misère, en faire un peuple, et lui mettre au cœur le sentiment énergique de la vie nationale avec toutes les vertus qui y tiennent.

La curia romana a-t-elle eu ce souci de toutes les heures et de toutes les questions? A -t- elle payé l’obéissance des peuples par la prévoyauce du gouvernement ? A - 1 - elle une administration qui administre, et des finances qui remplissent le trésor sans écraser le pays,? A-t-elle une armée qui soit sa défense et son honneur, et un commerce qui fasse sa richesse? A-t-elle des ingénieurs qui chassent la Malaria, et des écoles qui dissipent les ténèbres de l’âme, cette autre peste pire que l’autre ? Depuis quarantecinq ans, les Romagnols sont persuadés du

contraire, et l’ont dit trois fois à l’Europe. Est-ce vrai? Est-ce faux? Je n’ai pas à l'examiner ici. Assez d’autres ont pris ce soin. C’est un fait, et ce fait, la Cour romaine n’a pas la force de le détruire , comme personne n’aura le droit de le renverser pour elle.

La France peut bien, à Home, fournir, pour quelque temps encore, au Saint-Père une garde d’honneur qui garantisse sa sécurité; elle ne pourrait envoyer ses armées dans les Romagnes. Ce serait marcher contre son principe. Or, ce que la France ne veut ni ne peut faire, personne ne le fera, puisque le principe sauveur de la non-intervention est accepté des grandes puissances.

Comment sortir de pareilles complications?

Mon Dieu! par la voie que le bon sens et l’esprit de paix enseignent tous les jours à des hommes qui ne sont point des saints, et à des Etats qui ne sont pas terre d’Eglise, par une transaction. Le Saint-Père ne peut dire, comme l’évêque d’Uzès : € Je n’ai pas

« le droit d’aliéner, car je suis simple dé- « lenteur; » depuis trois siècles, il a toujours agi en proprietaire. Rien de sérieux ne s’oppose à ce que le Gouvernement romain d’aujourd’hui reprenne les paroles du Gouvernement romain d’autrefois, et qu’il dise ce que le pape Zacharie disait à Pépin : « Il « faut, pour conserver l’ordre, donner le « titre à celui qui a la possession. » Qu’on signe donc un traité, comme beaucoup de papes en ont conclu, qui, malgré leur serment du sacre, modifiaient leur état de possession, et qu’il soit accordé à un peuple ce <pie tant de pontifes ont prodigué à leurs proches.

L’Etat pontifical a passé par les mêmes vicissitudes que tous les autres : il a été féodal quand l’Europe lelait ; monarchique quand elle l’est devenue; et il s’est débarrassé de ses seigneurs par les mêmes moyens que les autres. Depuis soixante ans l’Europe tend à fonder un ordre nouveau ; pourquoi

le Saint-Siege ne resterait-il point, comme par le passé, en communion avec elle? Elle modifie ses institutions : pourquoi ne changerait-il pas les siennes? 11 suffisait autrefois à la société d’avoir beaucoup de couvents, peu de routes , de commerce , d’industrie, et la charrue n’ouvrait que de maigres sillons. A présent elle veut le contraire. On pensait que les peuples étaient faits pour les princes ; on pense que les rois sont à la tète des nations pour étudier leurs besoins, les comprendre et y satisfaire.

L’empereur Napoléon III a prononcé une belle parole, qu’il faudrait écrire en lettres d’or :

« L’histoire dit aux rois : Marchez à la tête « des idées de votre siècle, ces idées vous » suivent et vous soutiennent ; marchez à

* leur suite, elles vous entraînent; marchez

* contre elles, elles vous renversent. »

Eh bien ! nous oserons dire aux imprudents conseillers de la papauté temporelle : « Vous

t qui étiez autrefois à la tète des peuples « et les guidiez dans les voies de Pavec nir ; vous qui avez formé l'insurrection « la plus redoutable qu’ait vue le soleil ; « vous qui avez été des révolutionnaires « auprès desquels les plus terribles ne sont « que de timides novateurs; vous qui avez « brisé l’empire romain et l’empire germa- < nique, pourquoi vous arrêtez-vous? Le « monde, vous le reconnaissez vous-mêmes, « est suspendu entre deux principes : celui « des temps anciens et celui des temps

* nouveaux ( l ). Chaque jour le premier «perd et le second gagne. L’Angleterre, « la France, le Portugal, l’Espagne, la Bel- « gique, la Hollande, la Suisse, le Piémont, « la moitié de l’Allemagne et toute l’Amé-

* rique lui appartiennent ; de la Grèce et de

(I) C’est le sens de la dernière encyclique, qui donne à ces deux principes leurs vrais noms : « la llévolution cl la Légitimité, » en se déclarant résolument pour le dernier.

« la Roumanie, il frappe aux portes du vieil « Orient. Qui l’empêchera d’avancer encore?

« Qui sera assez fort pour dire à celte marée

* montante : Tu n’iras pas plus loin ?

« Il y a de nobles causes qui succom- « bent pour renaître, et des pertes triom- « pliantes à Cenvi des victoires ; mais les ruines

* que font les siècles dans l’ordre politique « et moral ne se relèvent jamais. Pourquoi « donc vous ranger de vous-mêmes parmi « ces vaincus des siècles (1)? Au lieu de bé- « nir, pourquoi maudissez-vous? C’est pour- « tant un beau spectacle que cet immense « travail des bras et de l’intelligence pour « arracher du champ de la vie les plantes t mauvaises, les épines et les ronces ; ces » efforts pour soulager ceux qui souffrent, t habiller ceux qui sont nus, donner à ceux « qui n’ont pas; cette civilisation qui, en » trois quarts de siècle , a augmenté de dix

(4) Voir la dernière encyclique.

« années la durée moyenne de la vie, diini- * nué les attentats contre les personnes, tout < en bannissant la cruauté des institutions « pénales ; enfin assuré à l’homme l’empire

« du monde matériel et mis dans l’ordre soif cial l’égalité à la place du privilège. »

Cette société qui cherche la liberté et la justice est née de la raison humaine, mais elle est bien aussi la fille légitime du christianisme. Ce n’est pas nous qui l’appelons de ce nom; c’est le plus intelligent serviteur de la papauté moderne , le comte Rossi, cet habile ministre de Pie IX, qui se proposait de réconcilier l’antique sacerdoce avec l’esprit nouveau, et de faire cesser l’étrange et dangereux spectacle de peuples soumis au Pontife infaillible dans les choses du ciel, qui se trouvent, pour les choses de la terre, au dernier rang des nations. Lui, il n’eût pas voulu donner au Saint-Père pour seule défense contre ceux qui devraient être ses enfants le bras des mercenaires, fragile et

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