‹ Les papes princes italiensChapitre 13 sur 16 · HO · texte numérisé non relu

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dernier appui des dominations qui s’écroulent. Jamais non plus il n’eût conseillé à son maître d’aller s’asseoir parmi ceux que leurs fautes ont fails les vaincus, les déshérités, et que le monde salue, en passant, d’un regard triste et muet :

« Non ragionar di lor ;

« Ma guarda e passa (1), »

Quatre fois l’ilalie a demandé des réformes et ne les a pas obtenues : en 1815, par la bouche du comte Aldini (2) ; en 1831, par le Mémorandum des grandes puissances; en 1849, par la lettre du président de la République française au colonel Edgar Ney ; enfin, en 1857, au Congrès de Paris.

(!) Danle, YEvfer, cliant III, v. 51.

(:) I.e prince de Talleyrand el le prince de Metlernich demandèrent pendant le congrès de Vienne, au comte Aldini, secrétaire d’Etat du royaume d'Italie, un projet d’organisation •lui faisait une juste part aux exigences modernes.

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Ces ministres, ces ambassadeurs, ces rois, ces empereurs n’étaienl assurément pas des révolutionnaires, et pourtant ils n’ont rieu obtenu. * Rome est toujours Rome: » Non possumus. Tantôt l'on répond avec une superbe de dominateurs du monde ; taulôt l’on nous raille, avec agrément, sur ces habitudes chevaleresques qui nous font aimer la justice pour les autres plus que pour nousmêmes; et, oubliant que la puissance de la France n’est pas seulement dans ses canons et dans ses arsenaux, dans sa flotte et dans ses armées qui portent si loin son épée redoutable, mais dans sa vie morale et dans les principes dont elle est le glorieux représentant, on fait d’elle une sorte de Don Quichotte politique dont on rit tout en tremblant (1). Tantôt encore on se dit prêt à

(1) Pourquoi donc, nous dit-on parfois, vous tant occuper de. pareilles gens ? Ils ne le méritent pas; sono c... Mais qui, depuis trois siècles, est chargé de l’éducation de ce peuple et est par conséquent responsable de la situation présente ?

retourner vivre aux catacombes, et l’on attend avec patience, en sondant chaque malin tous les coins de l’horizon pour voir s’il ne se lève pas quelque heureux ouragan qui ramène la confusion et la guerre.

Je sais qu’on répète à Rome la réponse de Grégoire XVI au mémorandum de 1831 :

la barque de saint Pierre a traversé de bien autres orages. Mais je sais aussi qu’il y a dans l’histoire un mot terrible; qu’il a été prononcé déjà sur la tète de bien des rois; qu’il a même été dit contre le souverain-pontife, lorsque, au xvr siècle, pour n’avoir pas accompli à temps dans l’Eglise une réforme légitime, il eut une révolution (1). N'est-il pas à craindre, si l’on persévère, qu’au xix® siècle le Prince des Etats- Romains n’entende aussi la parole fatale * Maintenant il est trop tard ?

(1) Le mot est de Bossuet; il présente la réforme de Luther et de Calvin comme un eflel de la vengeance de Dieu, « parce qu’on avait négligé une réforiuation nécessaire. »

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Je ne voudrais pas finir par ce mol sinistre. J’aiine mieux rappeler que l’Eglise enseigue chaque jour les vertus du sacrifice.

Elles sont grandes , en effet, et trouvent le plus souvent leur récompense. En renonçant aux Romagnes, le Saint-Siège sanctionnera un sacrifice déjà accompli , mais il trouvera un bien mille fois plus précieux, l’indépendance , qu’il a perdue depuis trois siècles. Les Romagnes sont une grande force pour l’Italie délivrée; car par Bologne ou tourne Mantoue, et de Ferrare on voit Venise. Mais, pour le Saiut-Siége, c’est l’affranchissement de la domination autrichienne, qui a si lourdement pesé sur lui; c’est la liberté pour le Gouvernement romain de se réconcilier avec ses peuples (1) ;

(I) llossi écrivait en 1832, dans une dépêche à M. Guizot: » In changement radical dans l'administration de la justice, « une réforme des lois civiles, criminelles et commereia- « les, etc... pourraient seuls réconcilier les populations avec « le Gouvernement papal. »

c’est la fin, en un mot, de ce que l'histoire appellera la troisième captivité de Babylone, et le commencement d’une ère nouvelle de grandeur morale (1).

(1) Ce qui existe fait trop bien les affaires des ennemis du catholicisme pour qu'ils n'en souhaitent pas le maintien. L’opposition persévérante aux sentiments les plus généreux, aux intérêts les plus évidents des peuples, a ouvert la porte à 1 incrédulité. Le P. Lacordaire écrivait l’an dernier : « Sans • la papauté délivrée de l'absolutisme autrichien, il n'est pas « possible de ramener l’Italie au berceau de la foi. »

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