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LA PAPAUTÉ SPIRITUELLE

Un jour, douze voyageurs, de la plus humble condition, partirent, un bâton à la main, d’un pays méprisé. Le pain de chaque jour leur manquait ; pourtant ils allaient à la conquête du monde, et le monde leur fut soumis. A leur parole, les autels des faux dieux se brisent, les temples s’écroulent , les religions impures disparaissent, et le colosse de l’empire romain est ébranlé.

Leurs successeurs le saisissent, ils l’enchaînent des liens de la foi nouvelle, ils le transforment, et mettent une âme dans cette société qui n’avait été jusque-là que force,

intelligence, .sensualité, qui jamais n’avait connu la charité, l’amour, et ce que l’Ecriture appelle si énergiquement la circoncision du cœur.

Dans le sein de la victoire, ils trouvent des germes de division : les hérésies se produisent. Aux papes apôtres et martyrs succèdent les papes théologiens. Ils combattent les doctrines contraires; ils fondent l’unité du dogme, et en même temps l’unité de la hiérarchie. Ils montent au sommet du monde catholique, et de là surveillent , dirigent , contiennent tous les mouvements de celte âme qu’ils lui avaient donnée.

Mais un autre monde apparaît, menaçant, terrible : c’est une inondation de peuples. Les légions romaines s’effraient et reculent. Eux, ils marchent au-devant des barbares, et, s’ils ne leur font pas tomber les armes des mains, ils adoucissent leur génie farouche; ils leur montrent une règle, une loi, un devoir au-dessus des orgies

et des violences : Depone colla, mitis Sicamber. Le pape Anastase soutient Clovis et les Francs dans leur foi nouvelle. Grégoire le Grand convertit ' l’ Angleterre, une partie de l’Allemagne et les Lombards d’Italie; Pélage II, les Visigoths et l’Espagne. La conquête de la Frise, de la Saxe et des pays du No'd est l’œuvre persévérante de vingt pontifes.

Enfin la catholicité est fondée. . C’est de Rome que coulent les sources vives qui régénèrent peu à peu ce monde troublé et impur. A une société violente, les papes s’efforcent d’enseigner la douceur; à la hiérarchie féodale, ils opposent l’égalité de tous leshommes; à la turbulence, la discipline; à la servitude, la liberté; à la force, le droit. Contre ces maîtres superbes, ils protègent l’esclave; contre ces époux faciles, que le divorce et la polygamie n’elfraient guère, ils défendent les droits de la femme, des enfants, de la famille.

Les États ne connaissaient plus pour les tondions publiques que la succession selon la chair; ils leur montrent la succession selon l’esprit, par la libre élection des abbés, des évêques, des pontifes mêmes; cl des serfs vont s’asseoir dans la chaire de saint Pierre, au-dessus des rois.

Les nations barbares avaient fait litière de la civilisation antique; ils en recueillent, au fond des monastères, les débris mutilés.

Ils sont les maîtres des croyances; ils sont ceux aussi de la pensée, de l’art, de la science. Ces grands docteurs qui rapprennent au monde à penser, ces maîtres èsjtierres vives, qui donnent à la chrétienté ses plus admirables monuments, sont de l’Eglise. La puissance spirituelle ne voulait rien de la terre, et voilà qu’elle avait tout. Elle gouverne les âmes, mais aussi les Etats et les sociétés.

L’islamisme menaçait; elle le fait reculer et lui arrache Jérusalem : Urbain II jette

sur l’Asie un million de croisés. Les églises locales languissaient dans la torpeur; les mœurs de la société féodale y avaient pénétré. Grégoire VII secoue violemment l’arbre qui n’allait plus donner que des fruits amers, et il en fait tomber les abus et les vices.

L’empereur d’Allemagne reprend les prétentions des Césars romains; il met en péril l’indépendance spirituelle de l’Église, et en même temps celle du monde. Qu’il l’emporte, et c’en est fait de toute liberté; cet homme d’armes l’écrasera dans son gantelet de fer : Frédéric II songe même à se faire pape. Grégoire VII, Alexandre III, Innocent IV luttent et triomphent.

Où est leur force pour ce grand combat?

Où sont leurs citadelles, leurs provinces, et les soldats, les trésors qu’ils en tirent? Ils ne possèdent même pas cette motte de terre dont tant de saints hommes ont parlé avec

un suprême dédain; ils ne savent où repo-

ser leur tête, et c’est de l’exil qu’ils foudroient ceux qui se disaient les maîtres du monde et qui appelaient les rois de l’Europe reges provinciales.

Ces rois affranchis de la servitude féodale se croient au-dessus de toute loi, parce qu’ils se sont mis au-dessus de toute résistance.

Innocent III fait gronder sur leur tète les foudres de l’Église : il excommunie en Norvège un roi usurpateur; en Aragon, un roi faux-monnayeur; en Angleterre, le parjure et traître Jean ; en France, Philippe-Auguste, qui avait répudié sa femme au lendemain des noces, et pris une nouvelle épouse.

Alors que la force seule régnait, les papes s’étaient faits les gardiens des lois morales; et à ceux des princes qui les oubliaient, ils les rappelaient par l’insurrection, en déliant les peuples de leur serment de fidélité. Le pontilicat tendait alors la main au droit populaire.

Voilà la papauté que le monde admire et

vénère. Mais il y en a une autre, la papauté séculière, celle qui a voulu ceindre la couronne et porter l’épée. Voyons aussi son histoire.

lit

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