‹ Les Papiers secrets du Second EmpireChapitre 119 sur 132 · MOTS · texte numérisé non relu

MOTS

CABINET, 12 h. 37.

Paris, 18 août 1870, 12 heures 35 soir.

(Signature illisible du chef de ce cabinet télégraphique.)

(Taxe,4fr

Recommandée.

S. E. le cardinal Bonaparte.

Rome.

« Je vous prie de demander au Saint-Père, en mon nom, ses prières et sa

bénédiction pour la France, pour l'armée et pour tous ceux qui nous sont

chers.

« Eugénie. »

Quelques heures avant, l'Impératrice avait envoyé ce renseignement au camp de Châlons :

« Je reçois d'Anvers, par les affaires étrangères, le télégramme anonyme suivant : Corps Falkenstein, de 50,000 hommes, a quitté Hanovre via Cologne, et est dirigé vers frontière France. »

Et quelques minutes avant, à sa mère, ce billet déjà connu :

Comtesse de Montijo, à Madrid.

« Ne venez pas, vous ne pourriez que compliquer les affaires. — Eugénie. *

Des mains plus sérieuses prennent la plume pour envoyer des ordres, trop tardifs, hélas! car la partie est déjà presque perdue.

Les dépêches des maréchaux Vaillant et Mac-Mahon ne sont pas nombreuses dans les liasses que nous avons eues sous les yeux ; mais elles tranchent sur la banalité ou le mensonge des autres par la fermeté du commandement et la clarté de l'information. Les plus typiques parmi ces télégrammes ont dû être versés aux archives du ministère de la guerre.

A M. Laudis, architecte de la couronne, à Sèvres.

« Palais des Tuileries, 48 août 1870.

» Des travaux de défense doivent être exécutés au château et dans la forêt de Meudon, et sur un terrain particulier, en face de la nouvelle manufacture de Sèvres.

» Mettez les terrains dont il s'agit à la disposition des agents du génie, quand ils se présenteront.

» Communiquez la présente dépêche à l'agent des forêts de la couronne, afin qu'aucune formalité administrative n'entrave le commencement de ces travaux.

» Le maréchal de France, Ministre de la maison de l'Empereur.

» Vaillant. »

DOSSIERS TROUVÉS A LA PRÉFECTURE

Demandes d'emplois dans la police et rapports des agents.

(Suite)

A Monsieur le Préfet de Police.

Monsieur le Préfet,

Sans place en ce moment, ayant pris des engagements que je ne puis remplir, je me vois, quoique possédant une modeste fortune (800 fr. de rente) réduit aux abois, et réduit si je ne parviens à faire face à mes engagements, à passer pour un fripon.

D'une famille fort honorable, ainsi que vous pourrez le voir, monsieur le Préfet, par la note de renseignements que j'ai l'honneur de vous. soumettre, je me vois forcé d'avoir recours à vous, monsieur le Préfet, pour obtenir une petite place dans votre police secrète.

Ma famille, monsieur le Préfet, occupe une bonne position : mon frère est avocat rue Hautteville, n° 4; son beau-frère, l'un de mes amis, fait partie delà chapelle impériale; j'ai un autre frère, médecin àBagneux; moi, monsieur le Préfet, j'ai eu le malheur d'avoir été mon maître beaucoup trop tôt; j'ai dépensé beaucoup, j'ai toujours payé; par la position de ma famille, par l'éducation que j'ai reçue, je pourrais remplir cette place que je sollicite de votre bienxm 4

veillance; je pourrai, je crois, rendre quelques services ; avant de m'a dresser à vous, monsieur le Préfet, j'ai longtemps cherché une place; j'ai obtenu des promesses, rien de plus.

Je viens donc, monsieur le Préfet, vous supplier de m'accorder un modeste emploi dans les rangs de la police secrète dont on peut faire partie, m'a-t-on dit, sans que personne le sache, et c'est ce que je sollicite.

Je suis réduit sinon à la misère, du moins à une position trèsgênée* je vous le répète, monsieur le Préfet, en m'accordant cette place que je n'ai sollicitée qu'à la dernière extrémité, vous aurez fait un heureux. Elevé chez mon père, j'ai appris à n'être point déplacé dans un salon; habitué au luxe, je ne serai point gauche dans une soirée luxueuse; je parle un peu l'anglais, assez pour me faire comprendre ; je traduis l'italien et l'espagnol, et par les relations, par la clientèle de mon frère, je suis à même de connaître beaucoup de choses que vos agents ne peuvent savoir; connaissant intimement quelques socialistes, je pourrai, monsieur le Préfet, vous dévoiler un plan qui est parvenu à ma connaissance, par hasard, car dans le temps je ne pensais pas à solliciter cet emploi.

Si vous daignez, monsieur le Préfet, accueillir ma demande, je saurai apporter dans mes fonctions tout le zèle, tout le dévouement que vous êtes en droit d'attendre de vos subordonnés.

Je vous supplie, monsieur le Préfet, de daigner me donner une réponse prompte, car voici ma position :

Par économie, j'ai pris une petite chambre rue Marcadet, 57, à la Chapelle, chez Durand, marchand de vins. Elle me coûte 16 francs par mois.

Je n'ai plus de toilette, je suis sans un centime; toutes les semaines je touche de mon frère 20 francs ; mais à peine reçus, ils servent à payer des dettes, et je me trouve réduit à rien.

Je réclame, monsieur lo Préfet, de votre bienveillance et de votre haute protection, la faveur de cet emploi, que je saurai remplir convenablement.

Quelque pénible qu'il soir, vous aurez fait un heureux, car s'il fallait continuer ainsi, je préférerais me tuer.

Agréez, monsieur le Préfet, l'assurance de mon profond dévouement.

Jules Huvet, Rue Marcadet, 57, à la Chapelle, chez Durand, marchand de vin».

Renseignements .

Jules Huvet, 55 ans, né à Bayeux (Calvados), 20 janvier 1818.

Fils de Toussaint-Charles-Eléonor Huvet, ancien fabricant de dentelles, membre du conseil municipal, juge consulaire, officier de la garde nationale, décédé à Paris, le 26 avril 1852, chez M. Charles Haussoullier.

Et de Jeanne-Armande Alazard.

Sa famille :

Alfred Huvet, avocat, rue Hautteville, n° 4 (Paris).

Charles Huvet, médecin à Bagneux (Calvados).

Jules Huvet a fait toutes ses études : il parle un peu l'anglais, assez pour se faire comprendre; traduit l'italien, l'espagnol, et apprend en ce moment l'allemand. Il est musicien.

11 possédait huit cents francs de rentes.

11 a fait partie des volontaires venus à Paris au mois de juin 1848, comme sergent dans la garde nationale.

Dossier 8,318.

Monsieur le Préfet,

Il y a deux ans déjà que je vous ai demandé ce que je viens vous demander aujourd'hui, c'est-à-dire une place dans votre admi-

nistration, pour que je ne sois pas réduite à crever de faim. Je fais de la tapisserie pour vivre, et le gain devient tellement illusoire, qu'il faudra bientôt être rentière pour songer à gagner sa vie en travaillant.

Croyez-moi, Monsieur, je pourrai vous rendre jdes services, car je suis intelligente, et si j'avais seulement le moyen de vivre, d'ici peu de temps je me serais fait des relations^ qui pourraient vous être utiles. Depuis deux ans j'ai supporté de telles privations que je suis étonnée d'être encore debout, et si je le disais, on ne me croirait pas.

Que ce soit pour quoi que ce soit, je vous servirai; s'il vous faut même quelqu'un pour voyager, eh bien, je voyagerais. Je veux sortir de la misère cachée où je suis, et j'en veux sortir à tout prix.

Je demeure au 5e, la porte en face de l'escalier ; si vous avez à me répondre, il vaut mieux ne pas me demander chez le concierge.

Quand on est venu chez moi de votre part, il y a deux ans, toute la maison le savait, et chacun m'a tourné les talons. Ce n'est pas une manière d'arriver.

Pardon, monsieur le Préfet, si ma lettre vous semble bien ou peu convenable, mais depuis le 23 mars dernier, j'ai gagné 18 francs.

Ce n'est pas fait pour rendre de bonne humeur. Il me serait impossible, tant je suis hors de moi dans le moment, d'être autre.

Votre très-humble servante,

Élodie Joeger, 25, rue Vanneau, ce 43 mai 4870.

Dossier 6604.

Paris, le 13 avril 1870.

A monsieur le Préfet,

Sy vous avez besojn de moi dans la police et comme je beaucoup

de monde quis fréquente les réunions et que moi je peux disposé

de tout ma journée j'atemps une réponse de vous au plutôt possible.

Recevez, monsieur le Préfet, mes sincères dévouement de votre

serviteur.

Marillier, 3o, rue Beaubourg, tient l'hôtel de la Cote-d'Or.

Je fourniré d'autres esplieations de bouche.

Dossier 45,504.

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