NAPOLEON III MUSICIEN
On n'a pas oublié que, dernièrement, la police a saisi dans une maison de Paris une caisse contenant des papiers de l'ex-impératrice, et qui, par suite de l'investissement, n'avait'pu être expédiée à Bruxelles en même temps que d'autres caisses.
Parmi ces papiers, se trouve un petit billet qui demande quelques explications pour être bien compris du lecteur.
MUe de Montijo, à qui son futur époux avait promis un piano, lui écrit pour lui désigner son marchand de pianos de prédilection. Napoléon III renvoie le billet en y ajoutant la phrase galante qu'on va lire.
Voici d'abord la teneur du billet :
« Debain, fabricant de pianos, rue Vivienne, 53. On les appelle » des pianos à manivelle. Je ne vais pas moi-même le dire à V. M., » car je ne suis pas présentable. »
Ces lignes sont écrites de la main de mademoiselle de Montijo.
Les mots :
« Je ne vais pas moi-même le dire à V. M., car je ne suis pas
» présentable, » ont été effacés avec un crayon rouge par l'empereur sans doute.
Au-dessus, l'empereur a écrit au crayon rouge :
« Avec l'air de : Marco la Belle, des Filles de Marbre.
» Mademoiselle Eugénie de Montijo, 12, place Vendôme. •
Ce document a été publié avec l'autographe dans le Ménage impérial -— lui et elle, en apparence et en réalité (1) — curieux volume, plein d'esprit, d'à-propos, et qui tranche singulièrement, par son style correct et facile, sur tout ce qui a été écrit sur les époux Bonaparte jusqu'à présent.
(1) Beau volume in-8» de i23 pages, avec lettres autographes. Prix 2 francs.
LA MONTIJO PROXENETE.
Extrait du registre officiel de la police secrète de Paris, et qui ne manquera pas de piquer la curiosité de nos lecteurs :
La maison n° 10, rue Saint- Antoine, au 3e étage, est occupée par Mme de Montijo, dite comtesse de Téba, avec sa fille Eugénie. — Mme de Montijo est la veuve d'un réfugié espagnol, M. de Montijo, comte de Téba. — Ce titre de comte n'est pas reconnu. Mme de Montijo vit en France avec sa fille. — Elle est allée en Angleterre, d'où elle est revenue en France. Elle a fait un second voyage en Espagne, puis elle est encore revenue à Paris.
En 1825, elle habitait chaussée d'Antin, 8. Elle y tenait de petits cercles de femmes galantes et de vieux roués. La police en fut informée.
En 1828, ses dettes la forcèrent à retourner en Angleterre; elle laissa sa fille dans une pension.
Jusqu'en 1836, point de rapports.
En novembre 1838, elle revint à Paris, où elle fut observée par la police pendant six semaines. Trois ans se passèrent sans rapport avec la police. Mais, en 1842, tentative de suicide du caissier Henri, dans la demeure de ladite comtesse de Montijo, soupçonnée de tenir une maison de jeu.
Sa fille Eugénie est la cause d'une rencontre entre le colonel Sour villiers et le capitaine Flansout.
Le capitaine de police Noce rapporte que Mme de Montijo n'a pas de moyens d'existence avoués, et qu'elle entretient des relations avec des officiers retraités, déjà sur l'âge, jouissant de grandès.fortunes et de mœurs légères. — Il y a du confort dans sa maison.— Elle paie 1,800 francs de loyer.
Sa fille Eugénie, beauté blonde et d'une tournure fine, a beaucoup d'adorateurs.
Nous publions ce document sous toute réserve, quoique son authenticité ait été affi rmée lorsqu'il a paru séparément.
mEWSKI ET GARIBÀLM,
Lettre de M. Walewski, Ministre des Affaires étrangères, à M. Billault, Ministre de l'Intérieur.
30 janvier 18S6.
Mon cher Collègue,
Le sieur Garibaldi, que j'ai connu très-particulièrement dans la Plata, s'adresse à moi pour me supplier de lui faire obtenir la permission de traverser la France afin de se rendre en Angleterre, où il a un fils qui est à la mort. Il me donne sa parole d'honneur que son voyage n'a pas d'autre motif, et il s'engage à ne s'arrêter nulle part en France.
Quoique Garibaldi soit une mauvaise tête, je n'hésite pas à vous assurer que c'est un homme d'honneur; je crois donc qu'on pour rait, sans inconvénient, lui accorder ce qu'il demande. Si vous n'avez pas de raison très-sérieuse pour vous opposer à ce que je lui fasse donner un passe-port à l'effet de se rendre en Angleterre, je tiendrais à ne pas le lui refuser. Il propose lui-même de ne pas voyager sous son nom, mais sous le nom qu'on voudra mettre sur le titre de voyage qui lui sera délivré par notre Consul à Nice.
Veuillez, mon cher Collègue, me répondre un mot sans délai, car le fils de Garibaldi n'a, dit-on, que quelques jours à vivre. Agréez, etc.
Le sieur Garibaldi est vraiment bien trouvé. Le nommé : Peuple, disait un jour un réactionnaire.