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$a chenille a seize pattes, qui ne l’enipéchent pas d'avoir un air lourd , et de se donner fort peu de môuvemens. Tantôt elle est d’un beau Vert clair , tantôt d’un vert jaunâtre , selon son âge. Une raie d’un beat noir, coupée en six endroits par dés taches d’un rouge orangé, fait le tour de chacun dé ses anneaux : ce qui lui donne un œil velouté. Sa beauté présage, en quelque sorte , l'éclat du papillon qu’elle doit produire. On la rencontre sur presque toutes les plantés à ombelles, qu’elle affectionne beau coup , mais particulièrement sur la férule, le fenouil, le persil , la carotte. M. de Jussieu en a trouvé une qui rongeait des feuilles de cigueë. M. de Géer en a surpris deux autres sur la rue et sur l’oranger. Quoiqu'il en soit, le fenouil est la plante favorite de cette chenille ; aussi lui a-t-elle donné son nom.
Cette chenille offre deux particularités remarquables; elle est odorante; je veux dire qu'après l'avoir tenue dans la main, on sent la même odeur qu'après avoir touché des feuilles de fenouil. Sa tête est ensuite armée d’une paire de cornes, pulpeusés et molles, comme celles des Limacons, de couleur rougeätre et en forme d'Y:elle les tient d'ordinaire renfermées dans son col,
mais si complettement , qu’en certaines occasions on n’en soupconnerait pas l'existence : elle ne les fait paraître , en effet, que lorsqu'on la tourmente. Toutefois M. de Réaumur a manié de ces espèces de chenilles pendant une demiheure entière, sans les déterminer à lui montrer leurs cornes. 6
La chrysalide du grand Porte-Queue est angulaire , de couleur verte, avec une longue bande jaunâtre de chaque côté du dos, et une raie blanche en dessous. Elle se suspend horizontalement avec un lien de soie formé de plusieurs fils redoublés les uns sur les autres, qui servent à assujétir la chrysalide au moment où le papillon veut en sortir. La durée de l’état de cette chrysalide varie infiniment : par exemple, qu’elle paraisse dans le commencement de sepiembre, elle restera sous cette forme pendant tout l’hiver. M. de Réaumur a eu de ces chrysalides , d’où le papillon sortait au bout de treize jours. Ainsi, tel Porte-Queue vivra sous la forme de chrysalide treize jours seuleme nt taudis que tel autre y languira neuf mois.
Le grand Porte-Queue est, tant en dessus qu’en dessous, d’un beau jaune citron, plus ou
moins foncé; ses ailes supérieures sont presque
&rrondies , ses inférieurés déntelces à lénur bord! la couleur de ces dernières est aussi plus pale: Les ailes supérieures ont, le long de leur bord, trois grandes taches jaunes , irrégulières , et huit taches demi-circulaires, presqu’égales, le long du bord postérieur. On remarqué sur le milieu dé l’aile huit autres taches jaunes, longues , inégales, rangées en travers, qui vont en grandissant à mesure qu'elles approchent du bord inférieur. La petite aile a moins de taches et de nervures què la précédente. Sa naissance est également noire , sablée de jaune; son bord extérieur a une bande transversale très-noire, chargée, du côte intérieur, dé six taches piquetées de bleu, et du côté extérieur, d'autant de taches jaunes comme le fond. A l’angle inférieur se trouve une espèce d'œil, formé d’une tache rougeâtre, couronnée d'une autre bleue : enfin, cette partie représente extérieurement sept pointes en forme de dentelures, dont les échancrürés sont jaunes, La troisième de ces dentelures est allongée comme une queue noire, en partie bordée de jaune.
Le corps du grand Porte-Queué est gros, jaune au-dessous comme sur les côtés, et vert en dessus: ses yeux, ses antennes, Sà trompe s0nt
(146) noirs. Le dessus de ce papillon ressemble à son dessous; toutefois les parties noires sont moins étendues, les nervures moins marquées , les taches bleues peu foncées ; enfin, l'œil rouge et bleu est accompagné de trois taches rougeâtres , placées au-dessus.
Le Flambé a, comme nous l'avons dit , à peu-près la taille et la forme du grand Porte- Queue; mais voici les distinctions à établir entre eux : le fond de la couleur du Flambé est d’un jaune plus pâle, son aile supérieure est traversée par six bandes noires, ondoyantes, qui vont en se rétrecissant vers le bas : on les chercherait en vain sur l'aile du Porte- Queue, du moins y sont-elles remplacées par ces huit taches jaunes et longues, qui vont traversant inégalement son aile. Le grand Porte-Queue a six taches bleues, le Flambé n’en a que quatre. L’œil de ce dernier est mieux figuré que celui de l’autre, sa queue est aussi plus longue et plus déliée. Nous remarquerons également que l’extrémité en est jaune. Il n'en est point ainsi chez les Porte-Queues. J'ajouterai que le caractère et les habitudes de ces deux papillons diffèrent essentiellement.
Les Porte-Queues sont en assez grand nom-
(147) bre, Je viens de parler des deux plus grands ; les autres sont le Porte-Queue à bandes fauves, le Bleu à bandes blanches, le Brun à tache aurore, le Brun à deux bandes blanches, à taches bleues , à taches fauves, à ligne blanche, enfin le Gris-Brun.
Le Porte-Queue à bandes fauves vit sur le tilleul, et paraît en juillet. Sa chenille est du nombre de celles qu'on nomme celoportes. Sa chrysalide est d’un brun rougeàtre. Ce papillon doit son nom aux taches fauves dont sa femelle est chargée.
Le Bleu, avec une bande blanche, se trouve en Allemagne : ses ailes supérieures sont ornées de deux belles taches bleues, oblongues. Une . bande blanche ondulée , bordée de brun en dedans, traverse chaque aile. Sa chenille, d'abord brune , avec des lignes jaunätres, devient, dit-on, rose quelques jours après sa transformation, se raccourcit , et prend une forme arrondie. Sa chrysalide est brune, épaisse du milieu, et se suspend par un fil à une feuille repliée. Ce papillon a le vol rapide : il agite beaucoup ses ailes. On a remarqué que lorsqu'un mäle et une femelle se trouvaient ensemble sur
le haut d’un chène, ils paraissaient toujours en
(148) guerre , et se donnaient réciproquement une chasse terrible.
Quant aux autres Porte-Queues, ils n’ont, pour la plupart, rien de bien remarquable :leurs chenilles sont souvent inconnues, Le plus rare d’entre eux est le Porte-Queue brun, à ligne blanche , qu’on ne trouve, comme le Gris-Brun , qu'à Francfort, ou aux environs de Vienne.
L'ŒAurote.
Ce joli papillon est de la famille des Da haïdes.
Sa chenille est rase, verte, avec une ligne d'un vert plus pale sur le dos, et une raie blanchätre de chaque côté du ventre. On la trouve en juin et juillet, soit sur le cresson, le phlaspi ou le chou sauvage : elle y vit tantôt en société et tantôt solitaire. Sa démarche est lourde.
Sa chrysalide, d'abord verte ou brune, et bientôt d’un jaune pâle,ressemble,pour la forme, à un petit bateau : elle est renflée par le milieu, et ses deux bouts se terminent en fu-
seaux,
L'Aurore passe ainsi l’hiver sous cette forme;
il paraît enfin vers le 6 mars. La femelle diffère du mâle en ce qu’elle n’à point la moitié supérieure de ses grandes ailes teinte d’une même couleur aurore.
La grandeur de ce papillon n’est pas constante. Il est très-commun aux environs de Paris, sur-tout au bois de Boulogne. On en trouve également une grande quantité dans Îles prairies. Il parcourt fréquemment les petits bois de futaie. Il est difficile à attraper, d'abord, parce qu'il pose très-rarement ; et quand, par hasard, cela lui arrive, ce n’est que pour un moment. Cependant, si l’on peut se procurer une femelle , on attirera aisément les mâles, en la fixant sur un chou sauvage. C'est là qu’elle dépose ses œufs.
La Provence a un Aurore particulier, que l'on trouve aux environs de Marseille. Ses couleurs sont bien plus vives que celles de notre
Aurore. Il est peu connu.
Le Mare.
Je pourrais dire, avec beaucoup plus de raison, le grand Mars changeant , puisque c'est lui que représente ma gravure. Les Mars ne
Gitbo. } laissent pas que d’être nombreux : je dirai um mot sur chacun d’euxtà
La chenille du grand Mars est verte, avec des lignes obliques et blanches. Nous la connaissons à peine. Elle vit, dit-on, sur le chêne. Comme il est probable qu’elle ne quitte jamais la cime de cet arbre , qu’elle y subit toutes ses metamorphoses , elle devient très - difficile à rencontrer. Il sort de son premier anneau deux espèces de cornes jaunes chargées de tubercules d'un vert foncé : ces cornes sont d’une substance aussi dure que sa tête, et ressemblent à des cornes de limacon. Cette chenille n’a pas l'air de ramper par sinuosités, comme toutes. les autres ; quand elle marche, elle parait se glisser.
La chrysalide du Mars, dont je ferai la description d’après l'anglais Harris, est d’un beau vert pois, avec une raie couleur de perle. Elle offre ceci de remarquable, c’est que les bandes jaunes qui traversaient les côtés de la chenille sont encore visibles, quoique les couleurs soient, il est vrai, bien moins éclatantes:
Cette chrysalide est, suivant notre Anglais, l'une des plus belles que l’on puisse voir en Europe. La Providence semble avoir pris soin
( xkx } de Îla préserver, parce qu'elle est tendre et sans défense , en lui donnant une couleur semblable à la feuille à laquelle elle se pend, de sorte qu'elle échappe aux regards les plus. pénétrans.
Le Mars est, sans contredit, l’an des plus beaux papillons d'Europe; il est, en dessus, d'un brun foncé, changeant en violet, tirant sur le bleu d’outremer. Ce changement dépend uniquement de la position dans laquelle on le
tient. Sous un sens , il paraîtra d’un noir de suie ;
sous un autre, l'œil sera soudain frappé d’un
| trait resplendissant de fine pourpre. Cette va-
riété de couleurs, qui plait infiniment à l'œil , provient de ce que les petites écailles qui couvrent les ailes de ce papillon , sont noires d’un eôté, et, de l’autre, d'un violet foncé. Si l’un de ces deux côtés se trouve plus frappé de la lumiére que l’autre, on ne distinguera que sa couleur; si tons deux le sont également, cela formera une couleur mélangée.
Le Mars a ses ailes supérieures anguleuses , et les inférieures, dentelées : il paraît vers le milieu de juin. Il est commun en Angleterre, en France, mais sur-tout au nord. On l'approche aisément, car il n'est point farouche; mais
quand il vole, il est très-difficile à attraper. fl plane généralement, dit Harris , comme le Milan, à l’entour des chènes les plus élevés, avec une telle rapidité, que l'œil peut le suivre à peine. Ernst dit qu'il fait sa résidence ordinaire dans les bois, le long des rivières; qu'il recherche sur-tout les heux fréquentés par les bestiaux. Harris assure, au contraire, qu’il préfère s'établir soitsur le chène ou sur le frène: il voltige d’une feuille à l’autre pour boire la rosée. C’est alors qu'on le prend aisément. Il faut être muni , à cet effet, d'une perche longue de quinze pieds, garnie d’un filet. S'il arrive qu'on ke manque, il devient important de ne le point poursuivre : il reviendra de lui-même se placer sur le filet, et peut-être mème sur le. chasseur.
Le petit Mars changeant a les mêmes habi= tudes que le grand Mars : il paraît en même, temps, dans les mêmes endroits. Le fond de sa | couleur est à-peu-près semblable. Il est plus petit. |
Le grand Mars non changeant est plus grand | que notre premier Mars changeant; il lui res-. semble d’ailleurs pour la forme et la disposition! ges iaches blanches dont ses quatre ailes sont!
{ 53 ) chargées. Il ne se rencontre qu'aux environs de Strasbourg. Le saule des jardins est sa retraite favorite.
Le petit Mars orangé n’a rien de remarquable; le Bleu foncé changeant est presque noir; lorsqu'il est regardé sous un certain point de vue, il se change en un bleu turquin fort brillant.
Les autres papillons de jour les plus connus en Europe, sont la Belle-Dame , ainsi nommée à cause de la beauté de ses couleurs, de l'élégance de sa forme; la petite Tortue, dont les couleurs fauves , imitant assez bien celles de la tortue, se passent soit au grand air, soit aux rayons du soleil; le Sylvain, inseparable ami des forêts; la Bacchante, auprès de laquelle on peut mouvoir sans craindre de l’effaroucher , qui doit son nom d’ailleurs à l'habitude qu’elle a de voltiger par sauts et par bonds; le Tabae d'Espagne, amateur outré des fleurs de ronces et de chardons; le Silène, commun en Provence ; le Gamma, qui porte une espèce de G au milieu de l’aile inférieure, qu'on honore en même temps du surnom de Robert-le-Diable, par allusion à la couleur de ses ailes. Passerai-
je sous silence ces papillons de chou de toutes
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grandeurs, dont les chenilles sont si cruelles ; cette Diane, dont le vol est si paresseux; ce Tristan, dont la couleur est si sombre ; ce Gazé, si peu rare en certains pays du nord, qu'on le voit tomber comme une grosse neige quand il lui prend fantaisie de voler? Le Satyre, le Mirtil, l'Amarillis, la Proserpine , et beaucoup d’autres, habitent encore nos climats.
Ceux-là sont particuliers à la France, ceux-ci à l'Allemagne, quelques - uns à l'Angleterre , quelques autres à la Russie,comme, par exemple, l'Eclair, le Chamarré, l'Hypolite, l’Icare , la Phryné,