DE LA CHENILLE
Les insectes qui vivent de verdure ne sortent pas de leurs œufs qu’ils ne puissent trouver de l'herbe ou des feuilles pour leur servir d’alimens. La Proyidence pourvoit donc à leurs besoins, dès leur naissance,
Les chenilles sont les premieres à reparaître
au printemps; en quelqu'endroit qu’on se pro-
mène, on est sûr d’en trouver sur les arbres et sur les plantes.
Les œufs de papillons découvrent, au moyen du microscope (1), un chef-d'œuvre dont l’ins dustrie humaine est étonnée. Qu'on observe seulement à la loupe (2) les œufs de la chenille
(1) Cet instrument, dont l'invention, quidate du commencement du 17°. siècle, est attribuée à un paysan du Nord-Hollande, lèvele voile qui couvre la nature ; il dessille nos yeux : il fait, pour ainsi dire, d’une mouche un éléphant, en nous la faisant paraître seize millions de fois plus grosse qu’elle n’est réellement.
(2) Cette espèce de lunette est connue depuis
(16) brune et velue de la grande espèce, qui sont ronds , verts et entourés de trois cercles blancs ; ils paraitront tout aussi polis que la plus belle porcelaine.
Mais le procédé que les chenilles mettent en usage pour sortir de ieurs œufs est fort ingénieux. Quand leurs membres ont enfin acquis assez de force pour rompre la coque qui les resserre , et pour en sortir, elles y font un trou ; puis elles avancent leur tête, jusqu'alors repliée sous le ventre, bientôt après leürs jambes, une paire après l'autre, ayant eu le soin de s'attacher à l'œuf avec la première. Ce petit manège dure jusqu'à ce qu’elles aient entièrement retiré leur corps.
Organisation.
La longueur des chenilles est de douze à treize lignes: on en peut bien juger lorsqu'elles se disposent à prendre du repos, car elles se tiennent alors étendues.
Le corps des chenilles se compose invariablement de douze anneaux appelés membraneux , parce que la peau en est molle et flexible.
le 13°. siècle : les vieillards s’en servaient alors ;, comme aujourd’hui, pour lire,
(Em)
La tête, dont l'enveloppe est écailleuse, fai partie du premier anneau ; le dernier ou douzième , ordinairement recouvert d’un petit chaperon charnu , forme l'anus de l'insecte. Tous les autres anneaux se ressemblent assez.
Ainsi donc qu’une chenille soit petite ou grosse, qu'elle vienne de naître ou qu'elle soit au contraire parvenue à son dernier degré d’accroissement, elle a toujours cette même quantite d’anneaux.
La fonction de ces anneaux est, en 5e rapprochant ou s’éloignantles uns des autres , de porter le corps partout où le besoin peutl'exiger.Qu'une chenille veuille garantir les parties délicates de son corps de la chaleur du soleil ou de l'humidité , elle resserre ses anneaux ; elle les dilate au contraire , pour peu qu’elle ait besoin de chaleur ou de rafraichissement. Leur circonférence est quelquefois ovale; plus souvent aussileur partie inférieure est applatie.
Examinons maintenant très-attentivement la tête d’une chenille; nous remarquerons qu’elle est formée par deux petites protubérances de figure sphérique, dures au toucher, dans lesquelles paraissent quelques points noirs : ée sont les
yeux de l’insecte; on en compte six de chaque
(:8) côté de sa tête, et ils sontinvariablement /isses.
Il n'ya pas tres-long-temps que les naturalistes ont bien voulu faire la grace aux chenilles de leur accorder plusieurs yeux; et M". Meérian n’est pas la seule qui ait prétendu n'avoir jamais pu faire semblable découverte, quoiqu'elle ait eu un très-grand nombre de chenilles entre ses mains.
L'ouverture que nous remarquons à la partie antérieure de la tête , et au-dessous de ces deux espèces de calottes qui enveloppent le cräne, est la bouche de la chenille , accompagnée de deux lèvres , de quatre barbillons, etsur-toutarmée de deux fortes mächoires aiguës et dentelées. Ces mächoires sont munies chacune d’une dent si large, quoique seule, qu'elle équivaut à toutes les dents dont sont pourvus les plus : grands quadrupèdes.
L'homme et les autres animaux ont deux mâchoires : l’une est supérieure, l’autre inférieure ; chacune d'elles est recouverte par sa lèvre. Il en est tout autrement à l'égard des insectes : les lôvres de ces insectes , quoique n’offrant pas absolument la même construction que celles des bommes, tendent cependant à se joindre, comme elles, l’une sur l’autre, de haut en bas; tandis
que leurs mâchoires, placées en travers de la
bouche , se meuvent de droite à gauche et de gauche à droite pour se rencontrer. Les deux dents suivent donc le même mouvement; elles | s’écartent , se rapprochent , pour hacher, en | petits morceaux, les feuilles sur lesquelles elles | s'appliquent.
| L'ouie paraît avoir été refusée (1) aux in- | sectes ; au moins l'existence de ce sens, chez eux , est-elle encore bien équivoque. Il n’en est | pas de même de l’odorat; plusieurs d’entre eux l’ont assurément très-exquis , mais on enignore | jusqu’à ce jour le siège : quelques auteurs pen- | sent que les deux mächoires en renferment l’or-
gane chez la chenille. Je ne raisonne ici que sur | des suppositions; toutefois il est assez prouvé
que les chenilles jouissent du sens du gout; nous
les voyons, tous les jours, goüter une plante et la rejeter aussitôt, si elle ne leur convient pas,
+ (1) Le célèbre Lyonnet à fait une assez bizarre épreuve sur une chenille , présumant que l’Auteur | de la Nature avait peut-être donné une ouiïe trèsfine à cet insecte pour le dédommager de son insensibilité apparente ; il tira plusieurs coups de pistolet, chargé à balle , tout près de lui: mais la chenille ne parut pas seulement s’en être aperçue.
(20) pour aller de suite se poser sur celle qui doit leur servir d'aliment.
Mais j'en étais resté à l'analyse des parties qui composent la tète de la chenille.
Au - dessous de la bouche, à la lèvre inférieure, on peut observer un petit trou, placé au bout d'une petite partie charnue , qui forme une espèce de bec: ce trou porte lenom de filière ; c’est en effet de cette ouverture que sort le fil de la chenille. Ce fil est une gomme fluide qu’elle tire , par expression, des feuillages dontelle se nourrit; tantôt elle est d’un beau jaune d'or, tantôt d’un jaune pâle ; quelquefois elle est blanche ; il arrive même que ces nuances se confondent : aussi n’est-il pas rare de voir une coque, moitié jaune et moitié blanche. M. de Réaumur attribue ces altérations de couleur tant à la disposition intérieure des chenilles qu'à la qualité de la nourriture qu'elles prennent ; il est très-probable que la qualité de la nourriture influe sur la qualité de la Voie : en
Chine, la soie est d’une très-grande finesse (r).
(1) Dans les provinces de Chikiang et de Canton, la température du printemps ne variant pas , on abandonne à la nature le soin de faire éclore et de
Le fil ou liqueur à soie est contenu dans deux réservoirs uniformes qui partent de la dernière partie des jambes postérieures de la chenille, passent, en s’amoindrissant, sur son estomac, et viennent aboutir à la filière par des filets presqu'imperceptibles.
Tant que la chenille est vivante, ce fil prend, en sortant de son corps, une forte consistance ; il se sèche , il se lie, il lui sert enfin de chaïne. Qu'elle meure, ce n’est plus qu'un fluide sans force : il s'écoule comme de l’eau; il devait donc toute sa vertu au petit être qui le mettait en œuvre.
Pour ajouter à l’idée que je viens de donner des propriétés de ce fil, je dirai que M. Réaumur va jusques à le regarder comme une espèce
nourrir la chenille précieuse du ver à soie ; sortie de l’œuf , sans le secours de l’homme , elle se répand sur le müûrier, y grossit et file sa coque dont la belle couleur d’or, brillant au milieu de la verdure, donne à la campagne l’aspect du jardin fabuleux des Hespérides. Plus le mürier est petit, plus la soie que le ver y file est déliée : aussi, en Chine , voit-on des forêts entières demüriers , qu’on ne laisse croître qu’à la hauteur de simples arbris- Seaux.
de vernis. Ilavait élevé, dans despoudrieres (1), des chenilles de chêne et de maronnier; ces fileuses appliquèrent un des côtés de leur coque immédiatement contre la surface intérieure du vase. Lorsqu'il détacha ces coques, ilremarqua, non sans étonnement, que la partie qui s'était trouvée appliquée contre le verre était aussi unie et plus brillante même que lui. Cette couche de vernis avait environ l'épaisseur d'une feuille de papier.
Veut-on connaître les propriétés diverses de ce fil dont presque toutes les chenilles se trouvent abondamment pourvues ? elles sont vraiment très-curieuses.
Que la violence du vent agite les branches qui servent d'asile à ces insectes , ou qu’un bras importun secoue l'arbre qui les recèle , le danger devient imminent ; ils peuvent être froissés par le mouvement continuel des branches, ou sinon ils risquent de faire une lourde chute qui