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DE LA CHRYSALIDE

L'insecte scelle enfin sa tombe jaunissante , S’assoupit , etson corps, ennymphe transformé, Sous un habit de deuil languit inanimé. à E Tâchons de suivre tous ces procédés admi= tablos dont il se sert-pour parvenir à cette im=

( 69 ) portante transformation ; elle lui coûte un tra

vail souvent bien pénible. | La chenille des papillons de jour a généralement sa chrysalide nue et découverte; elle élève sur quelqu’appui une petite monticule de Soie, y attache fortement ses deux dernières jambes, et se pend la tête en bas. Elle reste dans cet état d’inaction pendant deux ou trois jours, mais bientôt son corps se raccourcit , et plus il se raccourcit, plus sa tête paraît s’en détacher, enfin le fourreau s'ouvre et laisse paraître la chrysalide : de moinent en moment elle se dégage davantage. Mais dès qu'elle se trouve avoir entièrement abandonné ce fourreau, comment peut-elle, n'ayant aucun soutien, s’accrocher au même endroit où la chemille était auparavant; car il faut que sa queue, quittant le fourreau, aille s'implanter dans les imêmes fils qui l’attachaient ? Voilà tout le mécanisme de cette opération difficile : elle se cramponne à la peau qu'elle va quitter, en la pinçant avec les petits crochets dont est garnie sa queue; alors elle fait un saut, mails aves tant d'adresse, que ses crochets poussés contre les fils s’y engagent; si elle manquait son coup

( ce qui arrive très-rarement ), elle tomberait

(70 ) à terre. Sa dépouille n’est plus qu'un petit paquet chiffonne, dont le voisinage l’incommode ; elle se met donc à pirouetter sur elle-même pour la faire tomber, et elle en vient ordinairement à bout.

D'autres chenilles de papillons de jour, comme la chenille de chou, de l’hypsipile, se donnent une ceinture : après avoir d’abord engagé leurs pattes postérieures, elles posent un nouveau fil à côté d'elles, vers leur cinquième anneau ; ensuite courbant lentement la tête en arrière , elles le conduisent, en forme d'arc, autour de leur dos ( plusieurs tours suffisent pour donner à cette ceinture une très-grande con-

sistance ); elles se reposent alors un peu et enfin s’agitent pour se mettre en sueur; la peau s'échappe, et la chrysalide reste attachée par le crochet de la queue et le milieu du corps.

Ces chrysalides découvertes sont très -sensibles au toucher, presque toutes anguleuses et armées de petites pointes. Plusieurs sont revêétues d'or et d'argent, comme l'OEil de Paon, la Tortue, la Nacre de Perle : ce doré est quelquefois même si brillant, qu'a la simple vue on le prendrait pour une pièce de très - bel or massif, mais il n’a de l'or que l'apparence ; il.

doit tout son effet au blanc lustré du corps de l'animal qui, brillant au travers de l'enveloppe jaune et transparente de la chrysalide, produit un coup-d'œil si merveilleux ! Cet or ne parait pas d’abord; mais bien au fur et à mesure que les chrysalides prennent de la consistance. Les Chinois ont primitivement imité ceite espèce de vernis, et cette première imitation a fait trouver l’art de dorer le cuir.

Ces chrysalides découvertes donnent presque toutes leurs papillons au bout de quinze à vingt jours seulement, du moins pendant l'été; celles qui n’ont été formées que sur la fin de l’automne, restent dans cet état jusqu’au printemps suivant.

La chenille des sphinx et des papillons de nuit est plus industrieuse encore pour opérer sa métamorphose. Vous la voyez choisir d’abord le centre de quelques petites branches rapprochées ou de quelques feuilles d'arbres : c'est le lieu qui lui convient le mieux. Pour dérober cet asile aux regards de ses ennemis et leur opposer une barrière inaccessible, elle commence par jeter ça etlà, comme premières bases de son édifice, quelques fils grossiers, semblables à de la bourre; cette bourre, croisée d’abord

sans ordre, forme enfin une retraite impénétrable au froid etmème à l'air; et cette glu que la chenille conduisait naguères, en fils de soie, avec sa bouche et ses pattes antérieures (1), devient bientôt une espèce d’enduit dont elle couvre toute sa coque : en effet, l’intérieur de cette curieuse habitation est aussi lisse que l’extérieur en paraît grossier. Cette coque, une fois construite, après plusieurs jours d’un travailsouvent non interrompu, la chenille quitte sa dernière peau, se change en chrysalide, et cette peau reste en paquet, comme un petit chiffon, dans un coin de son appartement. Le gros bout de la fève répond à la tête, et il est toujours assez faible pour que le papillon le rompe au premier effort, ————————— mt

(1) L'expérience a démontré que la coque du ver à soie se compose de six couches différentes ; la Jongueur du fil qui peut se dévider de dessus est de 930 pieds; comme ce fil est double, cela donne conséquemment 1860 pieds de soie : ce fil est plus large qu'épais , aiñsi qu’on peut s’en convaincre au moyen du microscope. .

O merveilleux insecte !

De ton toit suspendu , toi-même l’architecte, Ton art, noble rival des plus agiles doigts, File, sans intérêt, la parure des rois.

(75) Une chenille qui vit en société sur les haies, et qui produit le papillon si funeste aux blés, ménage dans sa coque une petite calotte collée tout simplement avec une légère couche de gomme ; lorsque le papillon veut sortir, il ne fait que donner quelques coups de tête : aussitôt la calotte s’ouvre comme le couvercle d'une boîte à charnière. Mais la prévoyance de la chenille à tubercules est plus étonnante ; l'étoffe de sa coque est indissoluble à l’eau bouillante, et dure comme un parchemin sec :

cette chenille prévoit, tout en se formant une retraite aussi impénétrable, qu’elle ne pourrait un jour, faible papillon, en percer les murs épais; elle se prépare une issue d'avance, mais pour elle seule. Examinez la pointe de sa coque: elle se termine par des bouts de fils qui ne sem blent pas collés les uns aux autres, et qu’on

| peut écarter facilement, Eh bien ! c’est dans cette

négligence apparente que réside toute l’indus-

trie de cette chenille; sa coque est une nasse retournée, composée de deux entonnoirs, qui

- présentent un double rang de piquans, qui se

rassemblent, en pointe, à leur extrémité. Lorsque le papillon de cette chrysalide voudra sortir de sa coque, il n'aura qu’à se présenter à l’ouver-

( 74) | ture de l’entonnoir, il écartera ces fils droits qui prêtent comme des ressorts, et reviennent dans leur premier état. Malheur à l'ennemi audacieux qui tenterait de franchir cette redoutable barrière !

Il faut remarquer que toujours la chenille dispose la construction de sa coque de manière à ce que le bout par lequel le papillon doit paraître, ne soit point placé devant quelqu'objet qui gène sa sortie.

Que d'industrie! que de prévoyance! Com- :

ment, dira-t-on, des chenilles peuvent-elles savoir qu’elles ont besoin d'une coque plus ou moins dure, selon le plus ou le moins de délicatesse de leur petit être ? Pourquoi s’y trouvent-elles placées avec tant d'art, tandis qu'une habitation trois fois plus grande ne leur suffirait pas, pour peu qu'elles étendissent leurs membres ? De qui tiennent-elles cette inconcevable prévoyance, qui les porte à se mettre en garde contre toutes les insultes du dehors ? Qui leur apprend à se choisir les endroits les plus : propices à leur métamorphose ? Quel tisserand leur enseigne à former tous ces tissus admirables, dans lesquels la chrysalide se trouve

aussi mollement couchée que sur un duvet ?

(75) Qui leur indique l’époque précise où elles doi vent se retirer dans leurs logemens ? Pourquoi donc enfin n’en sortent-elles jamais que dans la saison qui leur offre des moyens d'exister ? Mais poursuivons : plusieurs chenilles ne se

contentent pas encore de leur soie; elles y

‘mélent jusqu'aux poils qu'elles ont sur le corps,

comme la hérissonne, ou du moins n’en sont-

elles pas assez abondamment pourvues pour

construire leur coque sans le secours de mottes.

de terre, de feuilles, de brins de bois ou d'herbe qu’elles unissent et attachent ensemble? Une chenille desaule , par exemple, met des feuilles en poudre , et au moyen de sa sueur et desa glu, elle en faitune pâte qui se durcit à l'air et lui sert de coque; celles-ci se fabriquent des tentes avec des brins d’écorce; celles-là disposent des brins de feuilles autour d'elles en forme de manchon, ou se font des justes-au-corps de feuilles dé-

‘coupées.

Quelques-unes se placent sur la surface de la terre; après s'être enveloppées de fils et d'une espèce de glu qui leur sort des pores, elles se roulent dans le sable ; plusieurs grains venant à s'attacher ensemble, forment autour d'elles un cercueil de pierre dont elles

meublent l’intérieur avec de la soie; d'autres enfin s’enfoncent en terre pour s'y métamorphoser dans une cavité qu'elles pratiquent.

Après avoir fait le trou qui les doit recevoir , elles choisissent tous les grains de terre dont elles ont besoin, en font un amas à leur portée, les prennent les uns après les autres, en les cimentant toujours avec leur fil et leur glu. S'il arrive que l'humidité fasse fléchir leur b4tisse, cés architectes ingénieux la relèvent à coups de tête... Mais il s’agit enfin de terminer l'ouvrage : ils tendent des fils parallèles à l’ouverture qui reste, les recroisent un peu, prennentensuite, l'un après l’autre, les grains de terre dont ils ont fait provision , les font passer au travers de leurs fils, et les arrangent en dessus, de facon que cette ouverture soit aussi so!idement bâtie que tout le reste : la maison finie, ils la tapissent en dedans, et se transforment en chrysalides.

Toutes les chrysalides énfermées dans des eoques, donnent, à peu d'exceptions près , des papillons de nuit ; elles sont presque immobiles au toucher. Les sphinx et phalènes restent beaueoup plus long-temps en chrysalides que les papillons de jour; leur transformation dernière

ne s'opère, le plus souvent, que l'année suivante. Au surplus, l’espèce de la chenille, la variété des saisons , la santé ou la maladie de la nymphe, contribuent beaucoup à rendre cette époque de métamorphose incertaine ; on peut la hâter , en faisant couver la nymphe par une poule : on peut la retarder en exposant cette nymphe au froid. Plus les chenilles doivent rester dans leurs coques, et plus ces coques sont fortes, dures, d’un tissu serré : l'Auteur de la Nature a tout prévu.

La chrysalide n’est véritablement que le papillon emmaillotté; toutes les parties qui le composent, y sont en effet bien apparentes , mais toutefois resserrées , repliées , appliquées les unes contre les autres. On peut s’en assurer dès le moment même de la transformation : comme alors tous les organes de la chrysalide sont d’une mollesse extrème, on les séparera et développera très-aisément avec là pointe d’une épingle.

Je n'ai plus qu’un mot à dire sur le nom, la forme et la couleur des chrysalides.

Ces noms de chrysalide, d’aurélie, de nymphe, de fève, qu'on donne aux chenilles dans cette seconde période de leur existence, n€

sont point du toutappliqués indifféremment.Les deux premiers viennent de ce que la pellicule dont l'insecte est revêtu, prend, en certaines occasions, la couleur brillante de l’or.Le mot de nymp he signifie «jeune mariée , » parce que c’est dans cet état que la chenille se pare de ses plus beaux atours ; enfin le nom de /éve se rapporte à la forme conique qu'elle présente. Quelques chrysalides ont des formes plus singulières : par exemple, celle d’un enfant emmaillotté et couché dans son berceau, comme la chrysalide du groseiller et du prunier sauvage; d’autres ont une figure d'homme; la chrysalide de la chenille épineuse, moitié blanche, moitié noire, porte, sur son dos , une espèce de visage; on y aperçoit un nez pointu et deux petites élévations placées à côte, représentant les deux yeux. Quelques-unes offrent encore l'aspect d’une tête de chat, de chien , d'oiseau, de souris.

Nous avons vu que des chrysalides brillaient. d'or ou d’argent, comme celles des chenilles du cerisier et de la fleur du prunier de damas : parlons des autres couleurs plus communes.

Les chrysalides sont jaunes, rouges, vertes, blanches, violettes, et plus souvent, couleur marron. Quelques-unes offrent même toutes les

( 79-) nuances de la plupart de ces couleurs , qui s'y: trouvent , à-la-fois , mélangées d'une manitre admirable.

Les anciens s’imaginaient que la beauté des.

couleurs d’une chrysalide était une preuve de la beauté de l’insecte qui devait en sortir : l'expérience nous a fait connaître qu'un vilain papillon sort souvent d’une belle chrysalide , tandis qu’une autre , sans apparence , en pouvait produire un fort beau. Le papillon de nuit , qui naît d'une certaine chenille à brosses , est trés-laid, pourtant sa chrysalide est fort jolie; et, réciproquement , la chrysalide de la. chenille-cloporte du chêne est une des plus vilaines qu’on connaisse, et le papillon qu’elle donne est fort agréable.

Mais c’est tenir trop long-temps captifs, au’ fond de leurs prisons, de pauvres papillons.

qui ne demandent qu'à voir le jour. Qu'ils se dégagent donc des liens fâcheux qui captivent leur essor. Hélas! puissent-ils, au milieu des jouissances que leur promet la brillante carrière qu'ils ont à parcourir, ne point oublier l'état primitif d'abjection dans lequel ils vivaient! qu'ils se gardent de suivre l'exemple

que je vais mettre sous leurs yeux !

({ 80) Le printemps commençait d'embellir les bocages : Deux chenilles vivaient en sœurs, Rampant sur les feuillages , Sur les fruits naissans , sur les fleurs ; L'une des deux , soudain , obtint des ailes, Dès-lors plus d'union entre elles :

L'amitié se détruit avec l'égalité.

Le nouveau papillon , rempli de vanité, Admire l'éclat dont il brille, Prend son essor d’un vol précipité, Oubliant à-la-fois et sa sœur la chenille, Et ce qu'il avait été.

Que de grands personnages, de riches héritiers ressemblent à ce papiilon coupable !..

RAANAAAAAUR LANAARAAIAATIAAAAIAA AURAI SARA AAA

Quezze est l'étymologie de ce nom de papillon ? Des gens prétendent que c’est le mot pappo , qui signifie flocon, parce que, disentils , la poussière qui couvre le papillon, le fait, en quelque sorte , ressembler à un flocon de coton ou de lin. Graces soient rendues à nos ftymologistes : je ne m'amuserai pas à discuter

la justesse de ce petit raisonnement; mais cette étymologie se confond, en quelque sorte, avec le mot de /eépidoptéres, nom de l’ordre dans lequel on range les papillons, nom qui sert à caractériser la structure particulière de leurs ailes, qui se compose enfin de deux mots grecs signifiant : écailles d’ailes.

| Le papillon

| Qui promène de fleurs en fleurs | L'’inconstance de son hommage,

est, chez nous, le symbole de l’étourderie, dela légèreté, de l’inconstance : pour offrir même |

l'idée d’un mouvement continuel , nous nous

servons du mot papilonner.

Elle papillonne toujours, Me disait ce grand homme , et rien ne la corrige; |

écrivait madame Deshoulières à mademoiselle

d'Ussel, fille de M. de Vauban.

| Il n’était point d’agréables parties, S’il n’y venait briller , caracoler, Papillonner , siffler , rossignoler ,

dit, demème ingénieusement, Gresset, dans son joli poëme de Vert-vert.

Le papillon était jadis placé dans les blasons, eu milieu de l’écu, de front et vol étendu. Les seigneurs qui le portaient ainsi dans leurs armes, étaient censés avoir vaincu quelqu'ennemi entaché du défaut d'inconstance et de légèreté. Enfin, bien plus anciennement, le papillon était le symbole de l'ame , et l'on voyait encore naguères, à Rome , un bas-relief de marbre représentant un jeune homme étendu sur un lit; un papillon semblait, en s’envolant, sortir de la bouclie du mourant. Les anciens croyaient, en effet, que l’ame sortait par la bouche, Homère dit, au neuvième livre de V'Iliade : « Quand l’ame a une fois passé la bar rière des dents, elle ne peut plus reculer. »

NC etaiuotphoses,

Nous avons laissé notre papillon dans sa chrysalide , et prêt à s'en échapper : observons attentivement le mécanisme de cette dernière métamorphose.

Dans la nuit du tombeau, par degrés il s’éveille ;

Enfin la tombe s'ouvre ; sa tête se dégage la première.

(85) Déjà du globe d’or, qu'il habite à regret, Il frappe , à coups pressés, la jalouse clôture ; Il la brise , il eu sort...

| Des gens ont comparé la tête du papillon à un belier, dont il frappe la cloison de sa coque et

avec lequel il la rompt et l’enfonce.

La chrysalide se compose de trois parties distinctes : d’un chaperon, qui couvre la tète du | papillon; d'une pièce d'estomac qui enveloppe le dessus et le dessous du corcelet, les jambes et les ailes du papillon; enfin du fourreau , qui

| correspond au ventre jusqu’à la queue,

Au premier effort que fait le papillon pour sortir, une fente s'opère sur le dos de la chrysalide, depuis ce que nous appelons le chaperon jusqu’au bas du corcelet. Le corps com- | mence dès-lors à se détacher; mais bientôt le | chaperon s’ouvre à son tour, le papillon n’a plus que de légers mouvemens à faire pour dégager ainsi sa tête, ses antennes et ses pailes. Le fourreau reste seul en entier, comme une espèce de gaine.

Au sortir de sa coque , le papillon est tout couvert d'humidité; ses ailes sont chiffonnées ,

extrêmement petites, sans former aucun pli

sensible, et fort épaisses. Il reste d'abord im= mobile pendant quelques instans : l’air qui l’en+ vironne le sèche et l'affermit ; sa trompe, tenue allongée sur l’enveloppe de la chrysalide, se déroule en spirale, et va se loger à la place qui lui convient; ses ailes se déploient : il les essaie , les agite, les fait frémir avec vitesse : à mesure qu'elles s'étendent, leur épaisseur diminue. Mais si quelque cause vient s’opposer à leur extension pendant qu’elles sont encore humides, la sécheresse en arrête le développemernt , elles restent contrefaites, et le papillon, privé de leur usage, se voit condamné à périr. Quand nous en serons à l’article de la chasse et de l'éducation des chenilles et: papillons , j'indiquerai les moyens de remédier à cet accident assez commun.

Le papillon rend communément, après avoir quitté sa chrysalide, quelques gouttes d'une liqueur rougeâtre assez semblable à du sang:

on en voit frequemmentle long des murs ét dans les campagnes. Le petit peuple a souvent aussi regardé ces taches commeles vestiges de quelque: pluie de sang. M. Perresc, qui résidait à Aix | fit enfin remarquer aux bonnes gens qui l'en touraient, que ces marques si effrayantes n'é-

taient jamais placées en dessus, mais bien en dessous de la saillie des bäâtimens. 11 leur montra, en outre, des taches semblables dans ure boîte où s'étaient trouvés placés plusieurs papillons de l'espèce de ceux que nos superstitieux Provencaux voyaient voler, en grand nombre , après la prétendue pluie de sang.

Enfin le papillon a pris son essor, et, dit Delille,

Echappé du tombeau,

Sa mort fut un sommeil et sa tombe un berceau: I1 brise le fourreau qui l’enchaïînait dans l’ombre ; Deux yeux paraient son front, et ses yeux sont sans

nombre ; Il se traïnait à peine , il part comme l'éclair ; Il rampait sur la terre, il voltige dans l'air; Il languissait sans sexe , et ses ailes légères Portent à cent beautés ses erreurs passagères.

Organisation.

Ce n’est plus cet animal vil et pesant, qui n'avait que des goûts terrestres comme lui, condamné au travail, réduit à ramper, à brouter avec avidité les alimens les plus grossiers , sujet à des maladies continuelles et périodiques, n'offrant enfin à la vue qu'un extérieur

( 86 ) hideux et dégoûtant : c'est un petit ètre tout aérien , dédaignant la terre, plein de vanité, de coquetterie, orné des parures les plus brillantes,

Déployantses ailes pourprées

Et de cent couleurs diaprées ;

petit mélange éblouissant d’or, d'argent, de cinabre, de vert, d'orange, de rose, d'azur, d’écarlate, né pour le plaisir, toujours ivre de voluptés, ne vivant que de miel et de rosée, qu’en un mot

Tout attire, etque rien n'arrête , S’enivrant , d’un air de conquête , Du calice de chaque fleur...

Ici, son audace indiscrète

De la timide violette Caresse la vive fraicheur ; Là, du sein de la tubéreuse,

Sa témérité plus heureuse

Presse l’orgueilleuse blancheur ; Et déjà d’une aile infidèle

Il court à la rose nouvelle,

Il baise son bouton naissant :

Toujours brillant , toujours frivole, Il parait jouir et s’envole.

(87) À l’aide de la loupe ou du microscope, que de merveilles ne trouvons-nous pas répandues sur tout l’ensemble du corps d’un papillon!

Nous reconnaissons , dans le papillon, trois parties distinctes : la tête, le corcelet, et le corps.

Que sont devenus ces douze anneaux, ces seize pattes, ces mâchoires, ces dents quil possédait sous son premier état? car il est prouvé par l'expérience , ainsi que je l’ai déjà dit, qu'une chenille n’est autre chose qu'un papillon masqué; en effet, un naturaliste hollandais a dépouillé, devant le grand-duc de Toscane , une chenille de ses peaux extérieures, et déployé, à ses yeux, le papillon qu'elle recélait.

Examinons d’abord la tête du papillon; les parties intéressantes qu'elle offre sont deux yeux , une double trompe, des barbes et deux antennes.

Les yeux ne présentent, au premier abord, que deux portions de sphère d’une couleur assez commune, placées aux deux côtes de la tête; chaque hémisphère, appelé cornée, est taillé à facettes, et renferme des milliers de

cristallins qui, seulement visibles au micros-

(88) cope, sont autant de diamans à facettes ; tout l'art du lapidaire ne saurait en donner la moindre idée. S'il faut en croire les naturalistes, on aurait compté sur chaque cornée d’un certain papillon 17,325 cristallins ; ce papillon avait conséquemment , 34,650 yeux. Ce fait paraîtrait assurément dénué de toute probabilité, s’il n’était attesté par des savans dignes de foi. D'ailleurs plusieurs expériences curieuses ont démontré la structure admirable des yeux de papillons. Un naturaliste étant parvenu à détacher de ces cornées de papillons, reconnut , après en avoir netoyé les surfaces intérieures avec de l’eau , qu’elles étaient transparentes; en conséquence il placa l’une d'elles sous la lentille d’un microscope, et pointée, par exemple, sur un soldat; cette cornée lui fit voir une armée innombrable de pygmées. Il fit semblable épreuve en regard d’un pont, d’une lumière; les arches de l’un, les rayons de l’autre se multiplièrent à l’infini : on estime en effet que chaque cornée répète jusqu'à 17,000 fois l’objet qu’on regarde au travers. Je ne passerai pas sous silence la croyance dans laquelle on est que certains papillons, encore enfermés dans leur coque, se

( 89 ) servent de leurs yeux comme d’une lime, pour user, par le frottement, le tissu de leur prison. …. Mais les propriétés de la trompe, que nous allons expliquer, ne sont pas moins merveilleuses que celles des yeux.

Tant qu'il était chenille, le papillon avait des dents, une bouche ; mais toutes ces parties sont remplacées par une trompe, qui lui sert à pomper le suc des plantes. En changeant d’état, il a changé d'organes. Cette trompe se compose de deux lames, en forme de gouttières, appliquées l’une sur l’autre, et creuses en de— dans. Ces deux parties restent naturellement séparées, si, en sortant de la chrysalide , elles se sont dégagées de leur étui, l’une après l’autre. Chez certains papillons, la trompe est roulée comme un ressort de montre; quelques-unes forment un tour et demi, deux tours , et d’autres , jusqu’à huit et dix tours de spirale ; elles excèdent aussi quelquefois toute la longueur du corps du papillon. Cette position de*la trompe en spirale subsiste tant que le papillon ne cherche pas de nourriture; mais lorsqu'il veut extraire le miel des fleurs, 1l se pose sur elles, porte en avant sa trompe entièrement déroulée, ensuite la redresse au point de lui laisser

(90 ) à peine un peu de courbure : il la fait entrer ainsi dans la fleur, jusqu'au fond du calice, quelque profond qu'il soit : bientôt il l'en retire, la recourbe pour en obtenir de nouveaux tours de spirale, et enfin la redresse encore pour la replonger dans le même calice. Ce petit manège est répété souvent sept à huit fois de suite; le papillon le fait durer jusqu'à ce qu’il ne trouve plus de suc dans la fleur , alors il vole

sur une autre:

Voyezce papillon , bigarré de couleurs, Au milieu d’un brillant parterre, Voltiger d’une aile légère,

Tantôt ici, tantôt ailleurs ; Il effleure un œillet , il entr'ouvre une rose, S’enivre du parfum d’une anémone éclose , Enfin sur un lilas s'arrête l’inconstant ;

Mais non... dans une tubéreuse

Il plonge sa trompe amoureuse ,

Et la délaisse au même instant.

D'autres papillons pompent le suc des fleurs, en volant au-dessus de celles qui leur plaisent le plus; ils ne s'appuient pas même sur la tige.

Leurs ailes, qu'ils agitent alors avec vitesse, produisent un bourdonnement assez grand, et

malgré la force qu'ils sont obligés de déployer pour se soutenir en l'air, ils n’en déroulent pas moins leur trompe, la courbent, la redressent et la plongent comme les autres. On a donné à cette espèce de papillons le nom d'eperviers ; en effet, ils ressemblent assez, par leur attitude, à ces oiseaux de proie; le bruit qu'ils fonten volant, leur à aussi valu le surnom de bourdons.

Si le suc de quelques fleurs est trop épais pour pénétrer dans l’intérieur de sa trompe, le papillon dégorge une liqueur qui, rendant ce miel plus fluide, le lui fait ensuite pomper sans peine. En présentant un peu de sucre à un papillon qui vient de naître, on apercevra aisément la liqueur qu'il dégorge pour le faire fondre.

Quantité de papillons de nuit n’ont point de trompe : tous les papillons de jour en sont pourvus. Un naturaliste a vu un papillon dontla tête était absolument semblable à celle d’une chenille,et fournie de tous les organes quiwettent la chenille en état de ronger les feuilles. Cet étrange papillon n'avait ni trompe ni antennes,

On peut remarquer chez tous les papillons, en dessous et en devant de la tête, deux par-

ties velues, auxqueiles on a donné le nom de barbes; c'est entre elles que la trompe a son logement dans son état d’inaction ; elles l’embrassent des deux côtés , quand elle est roulée en spirale. Chez quelques papillons, ces barbes sont courtes et grosses, ou longues et déliées ; chez les autres, elles sont ou droites ou courbées en arc, ou semblables même à deux cornes.

Passons aux antennes, à ces organes admirables dont on ignore encore aujourd’hui les véritables propriétés.

Les antennes, en anglais feelers (qui tâte), sont deux petites cornes (1) qui mettent les yeux du papillon à couvert, devancent son corps dans sa marche, sur - tout au milieu des ténèbres, scondent le terrain qu'il veut parcourir , éprouvent, par un sentiment vif et délicat, ce qui pourrait le salir, ou le noyer, ou le heurter. Si ces cornes se mouillent dans quelque liqueur nuisible, ouse plient

(21) Elles remplacent les deux mâchoires de la chenille. Il est rare de voir des chenilles qui aient

des antennes, cependant on peut citer la chenille brune appelée coureuse.

(93) par la résistance de quelque corps dur, le papillon est averti du danger et se détourne. Il ne se pose jamais sur une fleur qu'après avoir flairé avec ses antennes si elle lui convient.

M. Réaumur ne croit cependant pas que le papillon se serve de ses antennes comme un aveugle se sert d’un bâton, pour lui annoncer le corps contre lequel sa tête pourrait se heurter. Quantité de papillons tiennent leurs an— tennes droites; il en est qui les ont inclinées sur le dos; d’autres enfin les portent comme les lièvres font de leurs oreilles, tantôt couchées, tantôt droites : il semble aussi que ces papillons soient pourvus d'oreilles,

Nonobstant l'opinion de M. Réaumur, il parait bien démontré que les antennes ont été données aux papillons en place de mains. Par exemple, que quelque poussière vienne à tomber sur leurs yeux, ils emploieront leurs antennes pour les nétoyer : il est d'autant plus nécessaire qu'ils aient un moyen d'ôter cette poussiére, c'est que, dépourvus de sourcils, ils sont souvent exposés à de semblables accidens : en pareil cas, les antennes deviennent précisément, pour eux, ce que sont les doigts

pour les hommes; ils s’en couvrent les yeux

quand ils prennent du repos, et elles leur tiennent en quelque sorte lieu de paupières. Qu'on répande de la poussière sur les yeux de quelqu'insecte, on le verra fort prompt à se les nétoyer avec ses antennes.

Un naturaliste anglais pense qu’au moyen de leurs antennes , les papillons sont capables de distinguer , d'apercevoir, comme de tâter. Il ne sait comment ils pourraient autrement découvrir non-seulement leurs femelles avec tant de facilité, mais aussi leurs différentes nourritures et les lieux propres à déposer leurs œufs.

Encore une autre idée. Ces petites cornes mobiles, creuses d'un bout à l’autre, susceptibles de se courber, de se contourner, de s’incliner de toutesles manières, dont les formes sont d’ailleurs si variées, ne seraient - elles pas

le siége de l’odorat chez le papillon, bien plu-

tôt que celui de la vue; car il est certain que |

le papillon a l’odorat si fin, que le parfum d'un mets qui lui convient l’attire de fort loin.

Les naturalistes distinguent cinq espèces d'antennes : la première à musses ou à boutons. Les papillons pourvus de ces sortes d'antennes proviennent tous de chrysalides nues et sus-

(95 ) pendues par la queue ou par le milieu du corps.

La deuxième est prismatique ; les chrysalides qui donnent ces papillons sont dans une coque, et s'appellent Sphinx.

La troisième est filiforme, c'est-à-dire à-peuprès d'égale grosseur d’un bout à l'autre, comme un fil à coudre. Les chrysalides sont encore nues et suspendues par le milieu du corps; elles donnent des papillons appelés porteplumes , parce que leurs ailes sont coupées de plusieurs branches barbues qui ressemblent à des plumes.

La quatrième espèce d'antennes va en décroissant depuis la base jusqu'à la pointe. Les chrysalides sont dans une coque, et viennent de chenilles rases ou nues; elles produisent des Phalènes.

Enfin, la cinquième espèce d'antennes n’appartient plus au genre de papillons dont j'offre l'histoire.

Mais indépendamment des étonnantes pro-

priétés qu'offrent les antennes, elles servent encore au papillon d'armes offensives et défensives. Lorsqu'on voit deux papillons se ‘battre, ils s'élèvent en l'air, voltigent tête

contre tête; leurs antennes leur servent de massues et de boucliers pour se porter mutuellement des coups et les parer. Les papillons se battent souvent pour se disputer un espace de terrain que chacun d'eux parait vouloir s'approprier. Quelquefois, mais rarement, pour quelque dispute de ménage entre le mâle et la femelle , ils s’approchent , leurs antennes s’entrelacent, se croisent et se recroisent avec une rapidité inconcevable, pendant que leurs ailes n'ont d'autres fonctions que de les éleveren l'air. Cette manière de se battre se remarque trèsfréquemment dans les papillons de jour. On peut présumer que ceux de nuit se battent de la même manière,

J'en viens au corcelet du papillon. C'est la partie supérieure du tronc qui se trouve entre sa tête et la base de ses ailes. Les papillons n'ont point d'os, mais leur corcelet est assez dur pour résister à une médiocre pression. Il est tout couvert de poils longs. Les quatre äiles et les six pattes y sont attachées.

Les papillons n’ont jamais moins de six pattes. Dans quelques espèces de papillons de jour, les deux premières sont cachées par de longs

poils et appliquées au-dessous du col, en forme

de palatine. Elles paraissent donc absolument

inutiles; du moins ces papillons ne font — ils

usage que de leurs quatre pattes de derrière. Le papillon est revêtu de couleurs dont l’é-

clat semble égaler celui du prisme de Newton,

ou le feu des pierres précieuses (1). C’est à des

milliers de petites écailles (2) symétriquement

(1) Quel éclat sur le dessus des aïles de la belle Satinée des Indes ! quel brun doux , relevé par des bandes d’un rouge pâle, sur le dessous de ces mêmes ailes ! le phalène Teigne a une bande d’or; la Sultzella, une bande d’argent sur des fonds noirs ; la Merianelia est ornée de trois bandes argentées fourchues ; la Linnella , de neuf points d’argent ; la Clerkella semble entièrementcouverte d’une feuille d'argent mat. Parlerai-je enfin de la Goutte d’or, du Volant doré, de la Lambda, de la Chappe bronzée , de la Nacrée , du Page chinois, dont la queue , présentée à la lumière , offre une tache de couleur aigue-marine , et vue sous un autre sens, se change en bleu, pourpre et vert ?

(2) On leur a donné aussi le nom de plumes , sans doute parce qu’elles sontplacées sur des ailes, qu’elles ont toutesune petite tige souvent prolongée et à plusieurs branches , qui les implante dans la substance del’aile, de la même manière que le sont les tiges de plumes dans la peau des oiseaux. Le nom d’écailles a prévalu.

(98) arrangees et recouvertes les unes sur les autres comme des écailles de poissons , des tuiles , des ardoises, qu'il doit cette riche parure qui fait l'admiration des personnes mème les plus indifferentes.

Les ailes (1) du papillon sont toujours au nombre de quatre, recouvertes d’une poussière fine qui s'attache aux doigts dès le moindre contact. L'aile une fois dépouillée de cette poussière, devient sans couleur ; elle lui devait son éclat et son opacité; ce n’est plus qu’une simple membrane blanche et transparente, d’une substance à laquelle M. Réaumur n'a pu même donner de nom.

J’allais , rèvant un matin, Dans une vaste prairie, Quand un papillon badin Vint troubler ma rêverie :

(1) Il y a cette différence entre les papillons et les mouches , que les ailes de ces dernières sont transparentes comme de Îa gaze , tandis que les ailes du papillon sont opaques ; au reste, les millions d’écailles qui lescouyrent nelesappesantissent pas beaucoup.

Son vol léger , ses couleurs ; Ses passagères erreurs,

Lui gagnèrent ma tendresse ; J’essayai de l’attraper ;

A fuir il a plus d’adresse , Toujours il sait m'échapper.

Enfin, las du badinage

De cet insecte volage ,

De fleurs je couvre ma main ; Il y vole en assurance, Mais la refermant soudain , Je jouis de ma vengeance :

Je vous tiens , petitmutin, Criai-je aussitôt de joie, Vous devenez mon butin :

Venez, ça que je vous voie.

Mais , hélas ! ma main s’ouvrant ; Je vis passer le brillant

De ses agréables ailes,

Avec cet éclat charmant

Qui me les rendait si belles.

Bientôt un triste soupir

S’est échappé de ma bouche ; Je dis: « Rival du zéphyr,

» Tu ressembles au plaisir,

» On le perd dès qu’on le touche. »

Yu avec le simple secours de la loupe, le tissu de l'aile du papillon parait semblable à celui du camelot; il semble être un amas de

particules irrégulières; mais, avec un microscope, les grains de cette prétendue poussière deviennent de véritables écailles, tantôtrondes, obiongues, triangulaires , tantôt unies, tantôt cannelées, dont les bords sont simples , ondés , échancrés ou dentelés. Que ces écailles soient découvertes par accident, on verra la fine membrane, dont j'ai parlé , divisée, dans sa longueur, par des nervures imitant celles des feuilles de plantes et disposées de la manière suivante ; la plus grosse sur le bord extérieur de l'aile, une seconde sur le bord intérieur. Quant aux autres, plus légères, elles se dirigeront vers le milieu de l'aile, s'y diviseront, S'y ramifieront.

Le dessous de l’aile des papillons est comme le dessus, rempli d’écailles ; c’est à leur dureté,

à leur poli, qu'il est redevable de tout son brillant.

Les ailes des papillons ont chacune leur figure particulière. Chez les uns, elles sont ovales ou presque ovales, leur bout se termine en pointe; dans les autres , elles forment des triangles dont les angles sont en pointes ou arrondis : le bord en est dentelé ou ondé,

ce qui forme des demi-cercles assez sembla-

bles à la figure d'un serpent qui rampe; d'artres ont une espèce de queue à l'extrémité de

chacune de leurs ailes antérieures; aussi les

appelle-t-on papillons à queue ; enfin le plus

grand nombre a les ailes bordées de franges

très-fines, qui font l'effet d’un galon. Les ailes

inférieures du papillon de nuit sont faites , le

plus souvent, en forme d'éventail, pliées

à-peu-près de même. La plupart des petits pha-

lènes portent leurs ailes parallèles au plan sur

lequel ils se posent; et presque tous les papillons. de jour, lorsqu'ils sont en repos, tiennent aw. contraire les leurs élevées en l'air.

Le papillon serait constant S'il pouvait oublierses ailes. .

Ce n’est cependant point uniquement pour voler que la nature accorde des ailes aux papillons; il en est même qui les ayant trèsgrandes et très-belles, ne s'avisent: pourtant pas une fois d'en faire usage, comme, par exemple, les papillons femelles des chenilles à oreilles da chène. Naturellement lourdes et pesantes, elles s'arrêtent près de leurs four-

Keaux pour y attendre leurs mâles, qui, très- *

(iToz )

vifs au contraire, volent sans cesse jusqu'à ce qu'ils les rencontrent. Chez plusieurs espèces de phalènes, la femelle n’a point d'ailes, comme l'Antique , ou du moins ses ailes sont si petites, qu'elles échappent à la vue,

Les papillons se soutiennent pendant longtemps en l'air et paraissent défier au vol les oiseaux auxquels la nature n’accorda que deux ailes; maisils ont, pour la plupart, fort mauvaise grace à voler. Quand ils ont à faire un chemin de quelque longueur, ils montent et descendent alternativement, en faisant une quantité de zigzags de haut en bas, ou de droite à gauche : cela dépend peut-être de ce que leurs ailes ne frappent l'air que l’une après l’autre, et avec des forces alternatives. Cette irrégularité empèche aussi les papillons de devenir aussi souvent la proie des oiseaux qui fondent volontiers sur eux, dès qu'ils les apercoivent, En effet, le vol des oiseaux est en ligne droite, et celui des papillons continuellement hors de cette ligne. M. Réaumur vit, un jour , un moineau poursuivre pendant plus de dix minutes un papillon, sans venir à bout de le prendre. Son vol était bien plus rapide que celui du Papillon , mais ce dernier se trouvait toujours

ou plus haut, ou plus bas que l'endroit où l'oiseau arrivait. Il est une espèce de scarabée qui fait aux papillons une chasse qui imite celle du héron. Qu'il se trouve, je suppose, dans une salle assez claire, avec le papillon blanc de jour, il le saisira au vol, et le tenant entre ses jambes de devant, il en fera un repas exquis. Rien de plus singulier que cette petite chasse.

Les papillons de jour ont le vol plus inégal que les papillons de nuit. Les ailes des premiers sont tout étendues et presque inflexibles ; chez les autres, au moins chez la plupart, les ailes inférieures, pliant en éventail, peuventtrès-bien servir à diriger leur vol.

Il me reste à parler du corps des papillons. Ce corps a la forme d’une olive, plus ou moins allongée; il est composé d'anneaux qui, souvent, sont cachés sous les grands poils ou sous les plumes qu'il porte. Le corps des mäles est plus petit, plus mince que celui des femelles, et cette différence est encore plus sensible dans les papillons de nuit. Les femelles devant porter une grande quantité d'œufs, il était convenable qu'elles fussent plus grandes

et plus grosses que leurs mâles. Il y à certaines

Crok )

femelles dont le corps est mème une fois plus long et plus gros. Leurs pattes antérieures sont aussi plus larges, plus fortes , plus allongées.

Les papillons de jour, mâles et femelles, à quelques nuances près, se ressemblent assez quant à la couleur des ailes; mais il existe une grande différence, à cet égard, entre les mâles et les femelles de certaines espèces de papillons de nuit.

C'est à l'extrémité du ventre que sont placés , chez les papillons, les organes de la génération. L’anatomie de ces parties sort du plan de cet ouvrage ; je me contenterai de tracer une esquisse des intéressantes amours du papillon et des moyens ingénieux qu'il emploie pour assurer l'existence de ses enfans.

Voyez ce papillon :

Docile à la nature, Qui l'appelle à sa fin par l'attrait du plaisir, Il voit, bientôt il joint son amante immobile , L'échauffe , en la frappant de son aile débile ;

il sollicite,. en un mot, par ses jeux, des faveurs que celle-ci lui refuse d’abord pour mieux enflammer ses désirs. Lorsque la femelle , après avoir volé long - temps , se pose sur un objet

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quelconque, elle redresse ses ailes, afin que: le mâle ne puisse l’approcher. En vain il voltige: à l’entour, vif, pressant, brülant d'amour ; souvent la femelle conserve cette position des heures et des journées entières. Mais il faut enfin céder ; le corps du mâle se tronve bientôt embrasse dans les ailes de la femelle. Cet époux malheureux

L'ombrage , la remplit de sa fécondité,

En flots d’amour s’épuise et meurt de volupté. L’amante , après deuxjours , à pérircondamnée, (r} Verse ses tendres œufs , l'espoir d’une autre année.

Au milieu de leurs petits transports amoureux, si ces papillons sont obligés de prendre la fuite, la femelle emportera son mäle en agitant seule ses ailes, car les moindres mouvemens de celuici ne feraient, en pareille circonstance, que gêner les siens.

Presque tous les papillons déposent leurs œufs sur les plantes qui peuvent fournir une

(1) Les femelles de quantité de papillons de nuit ne vivent que peu de temps ; elles fécondent leurs œufs et meurent ensuite sans avoir pris de nourriture ; aussi n’ont-elles aucun organe pour prendre des alimens.

bonne nourriture aux chenilles qui doivent en sortir. Ils ne prennent pas tant de précautions pour les chenilles qui, marchant aisément, peuvent aller chercher leur nourriture au loin. Quelques papillons déposent leurs œufs sur les feuilles des plantes sur - tout à demi-mortes, afin que leurs petits nouvellement éclos ne soient pas incommodés par la trop grande abondance de sue qui sortirait des feuilles fraiches, s'ils les entamaient.

Chaque espèce de femelles a sa manière pare ticulière de déposer ses œufs dans des lieux sürs et commodes, et de les cimenter si bien que toutes les rigueurs de l'hiver ne les puissent détruire; les unes roulent quelques feuilles dont elles fixent la queue aux branches d’arbres avec une colle inaltérable ; les autres les rangent autour des branches, en forme d'anneaux rapprochés, les uns des autres, avec un enduit si tenace, que la pluie la plus abondante n’est point capable de les détacher,comme le papillon de cette chenille, que la distribue tion de ses couleurs fait appeler /ivree. Il en est qui les dispersent cà et là, les attachent les uns aux autres; plusieurs les disposent par paquets, les garnissent d’une espèce de duvet

de soie; d’autres enfin, en expirant sur leurs œufs , comme par un dernier effort de ter»

dresse, les couvrent de poils pris sur elles= mêmes à la partie postérieure de leur corps.

Ces poils sont fins, soyeux, et si bien arrangés, que leur superficie ne laisse plus voir qu'une belle étoffe de soie sur laquelle la pluie glisse , sans pénétrer jusqu'aux œufs; je citerai le papillon de,la chenille commune.

Mais comment ces tendres mères peuventelles non-seulement se dépouiller des poils de leur corps, mais les disposer même avec tant d'art et de symétrie ? Chez certaines espèces de papillons, le derrière des femelles offre des instrumens d’une structure admirable, destinés à déposer les œufs dans des lieux propices. Ils leur servent, pour ainsi dire, de mains pour placer ces œufs, arracher de leur corps les poils qui les doivent entourer, pour former enfin un véritable nid où ils reposent mollement,

J'ai déjà parlé de l’étonnante fécondité des papillons. Le phalène du ver à soie pond 500 œufs ; qu’il naisse de ces 5oo œufs 200 mäles et 300 femelles, l'on obtiendra, l'année suivante; 150,000 phalènes, dont 22,500 femelles, qui

( 108 ) pondront , à leur tour, chacune 500 œufs , de sorte qu’au bout de trois ans à peine on aura 11,250,000 phalènes.

Je terminerai cette histoire générale des métamorphoses du papillon, pour m'occuper de l'histoire de quelques espèces de papillons en particulier.

La nature féconde a placé des papillons sur toutes les parties du globe ; chaque pays a ses papillons. Là où le beau céréus se montre paré defleurs rayonnantes, où la magnolia, l'ananas à fleurs sanguines brillent, dans le règne végétal, par leur beauté, leur grandeur , leur parfum , on trouve aussi la belle Satinée bleue, inimitable au

pinceau de l'artiste; la grave Veloutée d’Am-

boine, la Page verte à longue queue, d’un éclat

resplendissant. Le Paon bigarré, l’Aurore marbrée, le Vulcain à bandes éclatantes, moins grands, et parés de couleurs plus douces , volent dans nos jardins, dans nos campagnes.

Nous distinguerons nos papillons en papilons d'Europe et papillons Etrangers. Les uns et les autres seront soumis à une autre division généralement reconnue , celle de papillons Diurnes ou de jour, de Sphinx, de Phalènes ou papillons de nuit. :

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