LA NASSE
NeuroNIA (Hb.) ou EPINEURONIA (RbI.) ou HeL1oPHoBus (Bois.) popularis (F.) ou lolii — L'HÉLIOPHOBE ou LA NEURONIE DOMESTIQUE
ANS la prairie, les grillons chantent. Ce n'est plus le bruissement continu, rappelant celui de la cigale, qu'ils font entendre le jour, lorsque le soleil est le plus chaud et que l'air est bien
calme: ce sont des coups d’archet, suivis d'une petite pose et renouvelés à intervalles réguliers; mais dans la fraîcheur limpide de la nuit qui vient, le son paraît plus fort, surtout plus vibrant. On dirait que la boîte de résonance du violon en miniature a doublé de volume. Pourtant beaucoup de joueurs se sont tus; quelques-uns seulement s’exercent encore et semblent faire une sérénade à la lune énorme et rouge qui apparaît, derrière les arbres. Trois ou quatre petits crapauds accoucheurs, cachés dans un tas de pierrailles, laissent échapper de temps à autre une note claire, un peu mélancolique, tantôt plus haut, tantôt plus bas, suivant la voix du chanteur : le concert est charmant. — Dans l'étang voisin, un autre batracien de faible dimension, le crapaud de montagne, au dos gris cendré, au ventre taché de jaune, se laisse béatement flotter sur l’eau. Il répond à ses congénères par une sorte de gémissement court, mais répété plusieurs fois. Un peu plus loin, le long de la lisière de la forêt, que suit un chemin creux, un engoulevent fait entendre son {err.… eurr.… err.…. eurr?, monotone. Il ghisse dans l'air, sans bruit ; grâce à la lune, on le voit de temps à a autre passer rapidement. Son bec fendu ] jusqu ‘aux oreilles — ici l'expression est littéralement juste, — limitant un vrai gouffre, encadré de poils raides qui s’écartent et augmentent encore les dimensions de l'appareil, il poursuit les malheureux insectes nocturnes. Des mouches et des moustiques, mais surtout des papillons, disparaissent un à un dans l'implacable trappe. Eugène Rambert termine sa charmante monographie sur cet oiseau par ces mots : « Prenez garde lucioles, phalènes et sphinx, voici venir l’engoulevent ! »