LA BOARMIE FESTONNÉE
BoarMiA (Treits.) repandata (L.) ou repandaria (H.) LA PHALÈNE DU CHARME
A lisière de la forêt s’anime : les boutons velus des hépatiques ont écarté les feuilles sèches et se sont ouverts tout grands. Les scillas, — ces jolies petites étoiles bleu vif, — surgissent ici et là, tandis que les primevères étalent leurs gerbes de fleurs sous les buissons et dans l'herbe naissante. À côté d'elles, de place en place, quelques violettes se montrent déjà. Les bourgeons se gonflent, ils éclatent de toutes parts : là-haut, de multiples feuilles à franges soyeuses apparaissent sur les grands fayards:; ici, les petits cornets vert tendre de l'épine blanche s'ouvrent peu à peu. Le prunellier est en fleur depuis un certain temps déjà, et, sous la poussée d'une légère brise, les mignons pétales en forme de coupes arrondies s'envolent; de menues pointes vertes se font voir tout le long des branches épineuses et dures. Les bourgeons du lonicéra deviennent énormes, ovoides; leurs feuilles velues, d’un vert bleuâtre, sont sur le point de s’écarter les unes des autres. Les pousses du nerprun bourdaine présentent un bouquet de lames dressées, vert jaune, pliées en deux et pointues; celles de la viorne obier sont rouge carmin. Le sureau, plus pressé, expose déjà sa luxuriante verdure.
Parmi ces branches toutes palpitantes de sève et ces feuilles naissantes, les oiseaux volettent et font retentir les échos de leurs gaies chansons. Le rouge-gorge est le seul qui, par ses notes mineures, ajoute au concert un accent plutôt mélancolique. Mais les pinsons ont le cœur si débordant de joie que leurs roulades se succèdent sans interruption; la mésange grande charbonnière fait entendre ses «tzi tzi da” répétés, car les bourgeons se gonflent, c'est le temps des amours, le temps du renouveau, du retour à la vie. Des abeilles visitent les chatons du saule marsault, un Citron (pl. 7) passe au-dessus de la prairie qui verdit, il pénètre sous les chênes dont les feuilles
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tardives n'ombragent pas encore le sol et se pose un instant tout près d'une «(Petite Tortue» (pl. 16) qui se chauffe au soleil, parmi les feuilles sèches.
Mais si le réveil des plantes, des oiseaux, des papillons est manifeste, s'il se prouve par des feuilles que tout le monde peut voir pousser, par des êtres que chacun entend chanter, ce même réveil du printemps gagne tout un petit monde caché et ignoré qui n'en jouit pas moins du soleil. Des fentes de l'écorce surgissent des larves allongées de raphidies qui viennent voir ce qui se passe au dehors. À terre, des araignées trottinent lestement. La chenille du beau Camille (p. 90) met la tête à la fenêtre de sa prison et prélève ses premières bouchées sur les feuilles pubescentes de la « blanchette ». Le long des branches des buissons, d’autres chenilles encore se cramponnent. Mais celles-ci ont quitté leur retraite hivernale sous les feuilles sèches et sont montées sur les arbustes ou les arbres pendant la nuit. Maintenant que le soleil brille, elles sont immobiles, et, de plus, elles ont su se placer à des endroits si favorables qu'on les croirait vraiment partie intégrante du végétal. Elles sont encore relativement petites : n'étant écloses qu'en septembre ou octobre de l’année passée, elles n'ont guère pu grandir avant l'hiver. Mais attendons la fin de mai, et, fortement attachées aux branches des mêmes buissons dont les feuilles seront, cette fois, toutes grandes, nous retrouverons nos chenilles arrivées à leur complet développement, et longues de 3 à 4 centimètres. Or ces chenilles, nous les avons déjà étudiées dans le volume précédent (p. 371-382), elles ne sont autres que celles de la BOARMIE FESTONNÉE. Jeunes, et quelquefois encore dans leur grandeur définitive, elles se reconnaissent facilement aux taches ovales et sombres qu'elles portent sur les segments cinq à sept; mais comme cette espèce varie énormément, ces dessins font souvent défaut, et c'est alors la face ventrale, parcourue dans toute sa longueur par un ruban clair, bordé de sombre et partagé par une fine ligne brune, qui permet d'identifier sûrement la chenille. Celle-ci
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est très commune, c'est même, chez nous, la plus répandue des arpenteuses, celle qu ‘on a le plus de chances de découvrir en avril et mai, même jusqu'au commencement de juin. Extrêmement polyphage, on la trouve sur presque tous les arbres à feuilles et les buissons, voire même sur certaines plantes basses. Le papillon apparaît en juin et vole jusqu'en juillet. Dans la plaine on le voit encore exceptionnellement en août, septembre et octobre, sous forme d'une seconde génération. Il s’anime à la tombée de la nuit et se tient de jour appliqué contre les troncs d'arbres ou les vieux murs, souvent les maisons, desquelles il s ‘approche le soir, attiré par la lumière de nos lampes. Il se pose avec les ailes écartées, ainsi que le montre notre image, ce qui fait très bien ressortir le charmant feston qui court tout le long des quatre ailes et qui a valu son nom à l'espèce. Le mâle a des antennes légèrement pectinées et atteint 4,4 à 4,9 centimètres d'envergure. La femelle, habituellement un peu plus grande, a des antennes filiformes et mesure de (4,6) 4,8 à 5,4 centimètres.
La BOARMIE FESTONNÉE varie beaucoup : les parties grises que l'on voit sur la planche peuvent être presque blanches; d’autres fois, les quatre ailes sont d’un gris brunâtre plus uniforme et plus clair. Les dessins, rarement mieux marqués que sur la figure ci-contre, peuvent être beaucoup plus fondus. Une superbe variété, malheureusement rare, appelée CONVERSARIA (Hb.), a tout le champ du milieu des quatre ailes compris entre les grands zigzags sombres, — champ qui dans l'exemplaire reproduit ici est plus clair que le reste de l'aile — d'un brun presque noir. Une autre aberration plus exceptionnelle encore, et nommée NIGRICATA (Fuchs), a les ailes presque entièrement noirâtres, sans dessins.
L'EUBOLIE LIMITÉE — Ortholitha limitata Sc.
Femelle, grossie deux fois, au repos.
L'Ortie dioïque ou Grande Ortie — Urtica dioica L.
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