L'EUBOLIE LIMITÉE
ORTHOLITHA (Hb.) ou EuBoLiA (Dup.) limitata (Sc.) ou mensuraria (Schif. S. V.)
OUS avons vu, parmi les Géomètres, l'Amphidase du bouleau
(pl. 59) et la Boarmie festonnée (pl. 60) s'appliquer pendant le
jour contre des troncs ou des murs, à des endroits où leurs couleurs se confondent avec celles du milieu environnant. Nous avons étudié de nombreuses Noctuelles, des Bombyx et certains Rhopalocères faisant de même; enfin nous avons vu leurs larves les imiter aussi. Mais 1l y a des chenilles et des papillons qui ont une autre méthode pour échapper à leurs ennemis ou qui, plutôt, en exécutant inconsciemment ce que leur dicte l'instinct, se conduisent d’une manière toute différente et arrivent néanmoins au même résultat.
À la lisière des forêts, les buissons foisonnent sous les arbres de bordure et c'est sur ces derniers que les pinsons, les bruants, les verdiers, les moineaux, qui courent et sautillent dans les pâturages et les champs, se réfugient toujours lorsqu'un danger survient. De là, ils peuvent inspecter leur domaine, et, au bout d’un moment, si tout rentre dans l'ordre, ils retournent à leurs petites affaires. Or, tout en piaillant, en faisant leur toilette, ils ne manquent jamais de laisser choir, ici ou là, des déjections grises ou blanchâtres, souvent noires et blanches, qui restent collées sur les feuilles des buissons. Sous certains arbres favoris des moineaux et des bruants, le feuillage en est abondamment maculé. — Or il est des papillons et des chenilles qui imitent si bien par leurs couleurs et leur forme ces excréments, qu'ils ne craignent pas de passer toute leur journée au beau milieu des feuilles, en pleine lumière, bien que leurs teintes soient tout à fait différentes de celles du feuillage. L'exemple le plus parfait de ce genre de mimétisme est la chenille de l’Acronycte de l'aune (Acronycta alni L.), dont nous avons déjà parlé dans le volume précédent, page 146 (voir aussi page 121 du même ouvrage) : avant
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sa dernière mue, cette chenille est grise ou brune avec les quatre derniers segments blanchâtres. De plus, ce qui augmente encore l'illusion, elle se tient dans une posture arquée, dessinant à peu près un point d'interrogation. Une autre Acronycte, appelée vulgairement « la Grosse-Tête » (Acronycta megacephala F.) se tient dans la même position pendant le jour, sur une feuille de tremble ou de peuplier. Elle est poilue, gris brunâtre, avec toute sorte de petits dessins, et porte sur le dixième segment une étrange tache jaunâtre, encadrée de noir, ressemblant à un écusson, et qui, rompant la série régulière des autres ornements, enlève à la bête son aspect de chenille et la fait ressembler à une saleté quelconque.
Mais ce n'est pas tout : sur les plantes, les buissons, surtout le long des haies ou à l'orée des bois, de nombreuses araignées circulent en émettant toujours un fil de soie qu'elles font adhérer aux objets rencontrés. Certaines espèces tendent des toiles, qui, détruites par la pluie, se collent sur les feuilles. Beaucoup de chenilles connaissent aussi le métier de filandière, seulement leurs réserves de soie s'ouvrent au niveau de la bouche et non point du corps, comme c’est le cas chez nos araignées. De tous ces fils de soie, il reste des vestiges un peu partout, et lorsque le vent souffle, enlevant du sol les débris qui y reposent, il arrive souvent que des feuilles sèches de toute grandeur, ou des écailles de bourgeons s’accrochent dans leur course à ces câbles invisibles et restent suspendues ou collées aux végétaux. — Eh bien, si certaines chenilles et quelques Géomètres (voir pl. 63) imitent des fientes d'oiseaux, d’autres espèces ressemblent tout à fait à des débris de feuilles sèches appliqués sur les feuilles. Regardez plutôt notre EUBOLIE LIMITÉE; si vous vous la représentez en grandeur naturelle, vous conviendrez certainement que la ressemblance est frappante.
Notre papillon, pour mieux imiter une feuille sèche, cache ses pattes et ses antennes, et, de plus, il a soin de se mettre dans une position oblique, de façon à faire remarquer le moins possible la
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parfaite symétrie de ses ailes. Dès lors l’insecte n'a plus besoin de se dissimuler dans un trou quelconque, il n'est plus obligé de rechercher un support dont les teintes ressemblent aux siennes, il peut se mettre sur les feuilles, en pleine lumière et passer néanmoins inaperçu, ou au moins n'être pas reconnu pour un animal.
L’'EUBOLIE LIMITÉE varie entre 3,4 et 4,2 centimètres d'envergure. Le mâle a des antennes légèrement pectinées, celles de la femelle sont sétacées. Certains individus sont plus gris brun que celui représenté sur notre planche et parfois la tache noire du bout de l'aile est brunâtre et beaucoup moins marquée. Ce petit Géomètre est très commun en juillet et août dans les clairières, et vole en plein jour dans l'herbe et le long des buissons.
Sa chenille, que l'on trouve d'avril jusqu'en mai et juin, se nourrit principalement d’ herbes, brome des champs (bromus arvensis L.), aïra gazonnante (aira cæspitosa L.), mais aussi de papilionacées telles que la gesse des prés (lathyrus pratensis L.), le lotier corniculé (lotus corniculatus L.), le trèfle rampant (trifolium repens L.) et les genêts. Elle présente sur le corps un certain nombre de petits points noirs portant chacun un poil. La face dorsale est gris bleu, avec de fines lignes peu marquées. Le flanc est parcouru par une large bande jaunâtre, légèrement saillante, bordée supérieurement par six points noirs, dont un sur chacun des segments quatre à neuf. Quelques lignes brunes ornent le ventre. On assure que la chenille peut être parfois d'un vert jaunêtre.
En juin elle entre en terre, et dans un cocon léger, elle se transforme en une chrysalide qui donne naissance au papillon après quelques semaines.
La CiDARIE DU PRUNIER — Lygris prunata L.
Mâle, grossi trois fois, au repos contre un
rocher.