‹ Les papillons dans la natureChapitre 4 sur 133 · I. LE FLAMBÉ PapiLio (L. Latr.) podalirius (L.) — LE VoILiER · texte numérisé non relu

I. LE FLAMBÉ PapiLio (L. Latr.) podalirius (L.) — LE VoILiER

E mois de mai touche à sa fin, et dans la clairière bordée de chênes, où le rocher affleure, les gracieuses plantes de la {laitue vivace» exposent leurs corolles mauves aux rayons du soleil.

Elles sont toutes fraîches écloses du matin, tandis que celles d’hier sont déjà flétries, et les longs pétales, maintenant desséchés, sont presque invisibles. Les panicules roses de l'«ail des rochers» se balancent doucement au bout de leurs longues tiges glauques, lorsqu'une abeille ou un bourdon vient s'y poser, et dans les délicates fleurs blanc ivoire de l'«églantine aux cent épines», les feux verts et métalliques des cétoines éclatent parmi les étamines d’or qui saupoudrent de pollen la luisante cuirasse.

Au-dessus de ces diverses fleurs et des orpins et du frêle « œillet des rochers » vole un insecte aux ailes allongées, jaunes et noires, en partie transparentes, dont les nervures forment un réseau très fin et régulier. Son corps velu, luisant, est d’un beau noir de jais et ses antennes démesurément longues se terminent par un bouton ovoïde. C'est l'ascalaphe, un voilier de première force, ami des coins brûlés et des clairières surchauffées qu'il parcourt d’un vol plané, entrecoupé d'imperceptibles battements d'ailes. De temps à autre, il se pose sur une longue graminée, et là, le corps tendu, presque à angle droit de son support, ses toutes petites pattes noires et jaunes cramponnées à la fine tige d'herbe, il reste un moment immobile, ses quatre ailes grandes ouvertes, dans la posture du vol.

Il semble régner en maître dans son domaine et cherche à s'en assurer l'exclusive possession par ses allées et venues continuelles. Mais les autres insectes ne l’entendent pas ainsi. Nous avons déjà vu les cétoines et les abeilles mépriser ses prétentions, et voici venir soudain un concurrent plus gênant encore, dont le vol gai et pétulant contraste avec les sages promenades aériennes de l’ascalaphe.

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