LA BELLE-DAME
VANESsA (Fab. L.) ou PYRAMEIS (Hb.) cardui (L.) — La VANESSE ou NYMPHE DES CHARDONS
OUS sommes à 2462 mètres sur mer. La vue s'étend de tous côtés, merveilleuse. Le Mont-Blanc, sous son manteau imma-
culé, s'élève comme un rempart majestueux, formidable. A
notre droite est un précipice effrayant qui plonge d'un bond jusque dans la vallée. À notre gauche, des pâturages descendent en pente raide. Plus bas, ils sont émaillés de gentianes pourprées, de campanules barbues, d'arnicas, de plantes parfumées et multiples: aussi de petites vaches fauves ou rousses y paissent-elles, nombreuses. Ici, au sommet, l'herbe a presque disparu, elle est remplacée par de toutes petites plantes rases, appliquées sur le sol, ou se faufilant entre les cailloux pour mieux supporter les ouragans, qui, sur ces hauteurs, sont terribles : voici le minuscule (saule réticulé » aux tiges rampantes, aux petites feuilles vert foncé et luisantes, à nervures très marquées. Là ce sont des saxifrages, des androsaces, des céraistes. Un peu plus loin, un énorme névé s'étend encore, malgré le soleil de juillet. Une source claire en sort, et tout autour de lui, dans une zone que la neige vient de quitter, où la végétation est écrasée et brunâtre, les petites clochettes mauves et frangées des soldanelles se dressent, ingénument. De jolis corbeaux des Alpes, au bec jaune, aux pattes rouges, des chocards, s’entre-répondent, et leur voix résonne dans les rochers. On entend les lointains appels du pitpit spioncelle, et, de temps à autre, des niverolles étalent, en volant, leurs ailes et leur queue largement teintées de la couleur de la neige. Enfin, des martinets à ventre blanc, cette belle espèce peu connue au Jura, qui dépasse 50 centimètres d'envergure et que l'on peut sans hésitation placer en tête des voiliers de notre faune, franchissent en quelques secondes la longue pente de pâturage que nous avons mis près d’une heure à gravir, passent à quelques mètres au-dessus de nos têtes et du sommet