‹ Les papillons dans la natureChapitre 50 sur 133 · LA MÉLITÉE ORANGÉE · texte numérisé non relu

LA MÉLITÉE ORANGÉE

MELITÆA (Fab.) didyma (O. F.) — La Diane ou LE DAMIER ORANGÉ

EPRENONS l’histoire de la belle MÉLITÉE ORANGÉE, puisque, dans le volume précédent (p. 29 à 33), nous n'avons étudié que sa chenille et sa chrysalide. Et pour ceux qui n'ont pas

lu le premier tome de cet ouvrage : Les Chenilles de Léo-Paul Robert, résumons en quelques mots ce que nous avons dit précédemment : La chenille vit des mois d'août ou septembre jusqu'en mai et juin, même parfois juillet de l’année suivante. On la trouve sur la véronique, la linaire, la scabieuse, la germandrée, le mélampyre, l'armoise; mais surtout sur le plantain et l'épiaire droite (stachys recta). Avec ses nombreuses épines charnues, coniques et poilues, elle ressemble à la chenille de l'espèce précédente; mais ses épines sont, les unes blanc bleuâtre, les autres jaune orange, tandis que le corps est taché de blanc et de noir. La tête enfin présente ces trois colorations réunies. Une fois arrivée à sa taille, la bête atteint 2,5 à 3 centimètres, comme la Déesse à ceinturons (p. 132). La chrysalide est un peu plus allongée que celle de la Mélitée du plantain, parce que l'abdomen est plus étiré et moins recourbé. Elle mesure 1,5 à 1,6 centimètre de long et présente les trois mêmes couleurs que la chenille. Le blanc toutefois, au lieu d'être bleuté, est plutôt jaune verdâtre. Les taches noires sont plus ou moins étendues suivant les individus. La période nymphale dure de deux à trois semaines.

Mais hâtons-nous d'en venir au papillon; et pour pouvoir l'observer à loisir, rendons-nous, par une belle journée, à l'endroit le plus chaud et le mieux exposé au soleil, sur le talus ou le pâturage le plus aride. Dans la plaine, il faudra faire cette excursion en juin; mais dans notre beau vallon qui participe aux rudesses du climat jurassien, il faut attendre les premiers Jours de juillet. Alors, le long des sentes impraticables et glissantes où seuls les moutons et les chèvres circu-

138 LA MÉLITÉE ORANGÉE

lent aisément, au-dessus des bancs de rochers d'où émergent de maigres herbages, on voit voler les gracieuses MÉLITÉES ORANGÉES et l’on se prend à leur porter envie : ah! oui vraiment, combien cela doit être délicieux de descendre, en planant, la pente au grand soleil, s’arrêtant sur les fleurs d'hippocrépide pour y boire quelques gorgées, se reposant au sommet d'une longue graminée, ou folâtrant le long du petit sentier que fréquentent les moutons. Remonter le coteau, c ‘est performance plus pénible : il faut battre des ailes, et même bien fort, car la côte est raide; mais quel délice ensuite de reprendre le vol plané et les longues descentes.

Oui, certes, le DAMIER ORANGÉ a une existence heureuse: et de plus il est, à n’en pas douter, la plus belle de nos Mélitées, la plus colorée, la plus svelte, la plus remarquable, comme aussi la plus variable. Le mâle, méritant bien son nom d'{ ORANGÉ », est généralement d’un jaune orange ou d’un brun rouge intense, tirant parfois sur le rouge tuile et le rose, et faisant par là-même contraste avec toutes les autres espèces du genre, qui sont d’un jaune ou d’un brun franchement ocré. Ses ailes sont parsemées de taches noires, exceptionnellement grises, plus ou moins étendues et présentant des reflets bleus, verdâtres ou violacés. Parfois l'aile entière est noyée sous un fard mauve, imperceptible et miroitant, qui joue d’une façon charmante avec la coloration fondamentale brun rouge ou orangée. La femelle est un peu plus grande que le mâle, elle est moins rouge, mais varie encore bien plus que lui : entre les taches noires très étendues ou réduites, fondues ou nettes de l'aile supérieure, le fond passe du blanc au jaune pâle, au gris verdâtre, au brun et presque au noir. L'aile inférieure, par contre, dans sa moitié antérieure, est presque toujours plus ou moins teintée du brun rouge que nous avons observé chez le mâle; tandis que l’autre moitié de cette même aile, celle qui touche au corps, est envahie de brun noirâtre. Sous les ailes, la largeur des bandes’ orangées et la grosseur des taches noires seules varient; et dans l’un et l’autre sexe, le fond est toujours du même

LA MÉLITÉE ORANGÉE 139

jaune citron pâle, et les bandes sombres, ainsi qu'une bonne partie de l'aile supérieure sont du même orangé, beaucoup plus coloré et rougeâtre que chez les autres Mélitées. Il pourrait arriver que l'on confonde le DAMIER ORANGÉ avec le Damier du plantain, vu que la répartition et la forme des taches sous l'aile inférieure du premier sont quelquefois presque identiques à ce que nous voyons chez le second sur la planche 20. Mais, en plus de la différence de couleur qui existe entre ces deux espèces, la DIDYMA ne présente jamais dans la bande transversale jaune orange les points noirs de la cinxia, et les deux lignes Zigzagantes noires qui limitent cette bande sombre sont plus ou moins interrompues chez la DIDYMA au niveau de chaque nervure, alors qu'elles sont continues chez la cinxia. Le mâle de notre MÉLITÉE ORANGÉE varie entre 4 et 4,7 centimètres d'envergure, la femelle entre 4,5 et 5,2 centimètres. Cette dernière a les ailes plus larges et plus arrondies que son compagnon; elle est plus rare que lui.

Dans les endroits les plus chauds de la plaine, et surtout dans le midi de la Suisse, le papillon apparaît deux fois d'un été, soit en mai et juin, puis de nouveau de juillet jusqu'à fin août. Îl est commun à bien des endroits, surtout au Jura et dans les Alpes et monte, assuret-on, dans ces dernières, jusqu’à 2000 mètres. Dans d’autres stations, au contraire, sans que l’on puisse expliquer pourquoi, il fait complètement défaut, alors qu'elles semblent remplir les mêmes conditions que celles où il pullule.

Le Moyen-NACRÉ — Argymnis aglaja L.

Grossi deux fois, posé et butinant.

La Scabieuse colombaire ou commune —

Scabiosa columbaria L.

Page 1