LE MOYEN-NACRÉ ARGYNNIS (Fab.) aglaja (L.) — L'AGLAË
ARCOURONS ensemble le riant vallon: les champs et les
prairies se succèdent, les blés, encore verts, ondoient sous la
caresse du vent et les fleurs les plus diverses s'ouvrent à profusion dans l'herbe haute. Le blanc des grandes marguerites est accompagné de place en place par le jaune brillant des salsiñis; des campanules à feuilles rondes agitent leurs clochettes; le traquet tarier chante sur une ombellifère, et les pétales finement découpés du lychnis à fleur-de-coucou imitent discrètement le rose de l'esparcette. En remontant le cours du torrent, on traverse un hameau, puis on atteint les pâturages que de splendides groupes d'arbres agrémentent : ici, c'est un vrai bois de pins séculaires aux frondaisons capricieuses, aux troncs énormes; là, ce sont des tilleuls, puis des hêtres immenses qui semblent avoir trouvé, dans le sol de ce val heureux, de quoi vivre toujours. Vieux déjà de plusieurs siècles, ils sont encore vigoureux comme de jeunes plants, et mûrissent, chaque année, des faînes innombrables. Le terrain, en tout cas, doit être riche, car voici, à côté de pommiers bien des fois séculaires, aux troncs tordus, complètement évidés, des épines blanches qui ont poussé en arbres, et qui se couvrent au printemps de fleurs, puis de petits fruits rouges fort appréciés des merles, lorsque viennent les gelées. Le tronc de l'une de ces épines n'a pas moins de | m. 50 de circonférence. Le vallon se resserre et s'accidente toujours plus, 1l devient si sauvage que les vaches n'y vont presque plus, tandis qu'on peut y surprendre, en plein jour, le chevreuil et le renard, le lièvre et même l’hermine. On y a vu, assure-t-on, le sanglier. La végétation est luxuriante : au bord du ruisseau, de vrais champs de reine des prés alternent avec les lysimaques vulgaires et les salicaires aux épis longs et pourpres. Sur la pente accidentée, entre de gros blocs épars, de majestueuses plantes de bardane s'élèvent, et, avec elles, toute la série des char-