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SYRICHTUS (Bsd.) ou SCELOTHRIX (Rbr.) alveus (Hb.) ou fritillum (0O.) variété cirsit (Rbr.) — LE SYRICHTE DES CIRSES
E nom de DÉ-A-JOUER s'applique fort bien à notre papillon, puisque déjà par les taches de ses ailes, l’ALVEUS ressemble un peu à cet objet, au moins lorsque ce dernier est noir à points
blancs. Avec un peu d'imagination, on peut lire, en effet, sur la paire antérieure des ailes le chiffre cinq d’un dé. Mais combien la comparaison est plus frappante encore lorsqu'on voit l'animal en vie partir d'une fleur comme un trait, tel un dé à jouer sortant de la main ou du gobelet d'un joueur de trictrac. Le papillon et le projectile bondissent, tournoient et retombent un peu plus loin, avec la même promptitude, et, semble-t-il, le même hasard. De plus, le jeu des ailes noires tachetées de blanc qui battent avec prestesse, fait bien l'effet d’un dé qui tourne en tous sens. Ah oui! qu'il est vif, qu'il est frétillant le petit ALVEUS! comme 1il anime agréablement les pâturages secs et brûlés qu'embaume le thym aux capitules pourprés, aux toutes petites fleurs roses ! Celles-ci voisinent, parmi les cailloux épars, avec les corymbes blanc crème de la germandrée de montagne, charmante plante rase des coins surchauffés. Ailleurs c'est la petite globulaire aux pétales divisés, d'un bleu délicat. Entre les herbes fines et maigres surgissent encore les hélianthèmes aux cinq pétales jaunes et fragiles. Sous une touffe d’hippocrépide aux petites feuilles composées et régulières, un grillon chante. Il passe l’archet de son aile gauche sur le bord de l'aile droite, formant boîte de résonance, si bien qu'un son relativement très fort s'échappe du minuscule instrument. Il a creusé son trou rond dans la terre noire, il a soigneusement balayé le pas de sa porte, 1l vient de grignoter une feuille de violette et maintenant il se repose en jouant du violon: et cette musique vient s'ajouter à celle des autres grillons, qui, nombreux, manient l'archet dans le beau pâturage. Un troupeau de moutons gravit la pente, en suivant les sentiers multi-
ples et parallèles que ses allées et venues continuelles ont creusés dans la terre dure. Sur les buissons du cerisier mahaleb, de l’épine noire ou du nerprun purgatif, un pouillot véloce, cette petite fauvette si fine, si simple et si enjouée, à la robe gris vert, fait entendre ses { tsilp tselp, tsilp tselp » répétés. Et voici que toutes ces choses menues, ces êtres frêles et mignons s'amusent ou travaillent au pied des immenses rochers qui soutiennent la montagne. Oui, que la nature est belle avec ces contrastes continuels entre les choses immenses et infinies, imposantes et majestueuses et les corps infimes, imperceptibles et pourtant si parfaits. Et que dirions-nous si nos yeux étaient des microscopes, si nous pouvions entrevoir la cellule et l'atome et découvrir les mystères innombrables et insoupçonnés qui nous entourent et dont notre propre corps est plein!
C'est donc au pied des grandes roches, dans le pâturage tout vibrant du concert des grillons, que le DÉ-A-JOUER bondit ou plutôt volette rapidement, se posant sur le thym, les scabieuses, pour y boire quelques lampées rafraîchissantes. Il pirouette sur la vaste ombelle de l’achillée mille-feuilles, comme sur un pont de danse, avec ses ailes grandes ouvertes. Lorsqu'il les referme un peu, il tient toujours la paire inférieure plus écartée que l’autre. La tête et le corps, surtout le thorax, sont énormes par rapport aux ailes, aussi est-ce avec raison qu'on a placé les Hespérides tout près des Sphinx. Cette section renferme de nombreuses espèces : tantôt elles sont fauves ou brunes, ce sont alors les Hespéries proprement dites; tantôt elles sont, comme notre ALVEUS, noires ou brun foncé à taches blanches ou jaunâtres, ce sont les Syrichtes et les Spilothyres. Dans ces deux derniers genres surtout, les espèces sont si nombreuses et si peu caractérisées que les divers auteurs se contredisent sans cesse. Dans le seul genre Syrichtus se trouve toute une série de formes que les uns prennent pour de simples variétés du type ALVEUS (Hb.), d'autres pour des espèces définies. Nous ne ferons que les citer, sans chercher à les décrire, car les différences sont minimes entre ces diverses formes. Ce sont les
Surichtus fritillum (Rbr. H. Tr. O. Fabr.), cirsit (Rbr.):, carline (Rbr..), onopordi (Rbr..), et serratulæ (Rbr.). Une autre espèce du même genre, le Syrichtus carthami (Hb.) ou le Plain-Chant, est un peu plus grande que l’ALVEUS, avec les taches blanches de l'aile supérieure plus étendues et les parties claires de l'aile inférieure blanches également.
Notre DÉ-A-JOUER varie entre 2,8 et 3,6 centimètres d'envergure. Le mâle a généralement le corps recouvert d’abondants poils à reflets bleu vert, tandis que la femelle est plus glabre et plus décolorée. Cependant, presque toujours, dessus comme dessous, glissent de légers reflets dorés, cuivrés, violacés ou verts et la face supérieure des ailes est souvent d’un brun plus chaud et plus pâle que sur notre planche. Le dessous de l'aile inférieure varie du gris verdâtre ou du jaune, au brun, au fauve rougeâtre, ou même au rouge brique. Ce papillon vole, à la montagne, de la mi-juin jusqu'en août, mais surtout en juillet. Dans la plaine, il apparaît deux fois, en mai-juin puis en juillet-septembre.
La chenille qui vit en juin est très difficile à trouver, ainsi que nous l'avons déjà dit dans le volume précédent (p. 35-38). Atteignant 2 centimètres, elle est fuselée, avec une tête noire, assez grosse, et un cou étranglé blanchâtre, marqué de deux taches noires. Elle varie du brun au gris lilas, avec les flancs et les pattes plus ou moins rougeitres. Sa peau est finement granuleuse, chagrinée et pubescente. Elle se nourrit du polygala petit-buis, et des potentilles faux-fraisier et rampante.
Elle se tisse, entre des feuilles, un cocon lâche, à la surface du sol, et se transforme en une chrysalide brun clair, plus ou moins recouverte d'un fard léger, bleu ou gris. Cette chrysalide donne naissance au papillon au bout de deux semaines.
1 D'après M. Guédat-Frey de Tramelan, très fort dans la partie, l'exemplaire représenté sur notre planche est précisément la variété circiI (Rbr.) ou SYRICHTE DES CirsEs. M. Guédat fait de même de cimsit (Rbr.) une espèce à part; mais puisque nous avons adopté en tout point, dans cet ouvrage, la classification de Hofmann, nous tiendrons avec lui, CIRSII pour une simple variété du type ALVEUS.
LE SPHINX DU TROÈNE — Sphinx ligustri L.
Femelle, grossie deux fois, au repos contre
un rocher.
Le Troène vulgaire — Ligustrum vulgare L.