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LE SPHINX DU TROÈNE

35. LE SPHINX DU TROËÈNE SPHINX (O. Fab.) ou HyLoicus (HE.) ligustri (L.)

ORSQUE nous étions enfants, le moment du coucher était fixé pour nous à huit heures; plus tard, lorsque nous eûmes un peu grandi, il passa à huit heures et demie, longtemps après

seulement à neuf heures. Ah! la bonne habitude! Or, en dessous de la fenêtre de notre chambre à coucher, deux plantes vigoureuses de «chèvrefeuille des jardins grimpaient contre le mur, de chaque côté de la porte d'entrée. Elles poussaient au printemps de longs jets flexibles ornés de feuilles d'un vert bleuâtre et ces jets venaient s’enrouler autour de fils de fer tendus à leur intention. De place en place, les tiges se terminaient par de charmantes fleurs crèmes, blanches ou rosées, aux longs tubes, au parfum pénétrant. Quelques mètres plus loin, des buissons de troène dominaient la fontaine et se couvraient, en été, de petites grappes blanc jaunâtre, à senteur de citronnelle. De l’autre côté, dans une plate-bande adossée à la façade, des « églantiers aux cent épines > épanouissaient leurs jolies fleurs blanches, également odoriférantes. Pendant le jour, des abeilles, des bourdons, de nombreuses mouches venaient bruyamment butiner sur ces buissons; mais une fois le soleil couché, tous ces bruits prenaient fin et pendant une heure environ, le silence régnait. C'était alors que, de nos lits, nous tendions l'oreille; par la fenêtre grande ouverte, des parfums subtils et mélangés, mais exquis, pénétraient dans la chambre et nous nous en délections, tout en retenant notre souffle pour mieux écouter... Soudain, le bruit attendu se faisait entendre : un bourdonnement léger, sourd, semblable au ronflement lointain d’un moteur, parvenait à nos oreilles. En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, nous étions à la fenêtre, é écarquillant nos yeux pour voir l'avion en miniature qui n “était autre qu'un Sphinx. Nous les connaissions bien ces gros Sphinx, qui, comme nous, aimaient tant le chèvrefeuille! Mais ils étaient si lestes, leurs

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