‹ Les papillons dans la natureChapitre 71 sur 133 · LE SPHINX DU TROËNE · texte numérisé non relu

LE SPHINX DU TROËNE

ailes battaient si vite, ils apparaissaient quelquefois si tard que nous arrivions à peine à les distinguer dans la pénombre. Alors que nos chers parents nous croyaient sagement dans nos couchettes, nous étions penchés par la fenêtre, immobiles et muets pour ne pas effaroucher les craintifs visiteurs. À peu de distance de nos têtes, nous pouvions entrevoir les évolutions rapides des gros papillons au corps massif, qui, sans jamais se poser, sans cesser de battre des ailes, s’arrêtaient un instant devant chaque fleur et enfilaient leur longue trompe dans les tubes roses du chèvrefeuille. Au mois de mai, tout au début de la saison des Sphinx, comme la nuit venait plus tôt, nous allions, avant de monter, faire l'inspection des fleurs. Quelle n’était pas notre joie lorsque nous pouvions avertir notre père qu’un Sphinx était là; et nous étions tout émotionnés de plaisir, lorsque nous entendions le gros papillon bourdonner dans le filet. Un instant après, il était dans le cyanure dont les vapeurs amenaient une mort presque instantanée. Notre ravissement était complet lorsque nous pouvions admirer à loisir et de tout près le mystérieux papillon gris brun aux ailes solides, veloutées, au thorax lustré, noir et blanc, surtout lorsque notre père soulevait les ailes supérieures de la pointe de ses brucelles et que nous apercevions le merveilleux abdomen corpulent et conique, soyeux, parcouru dans toute sa longueur par un ruban beige et orné de chaque côté de bandes transversales alternativement noires et roses, d'un rose tendre et vif.

Mais ce n'était pas là le seul plaisir que les Sphinx nous procuraient. S'il était amusant, captivant même de les voir voler, nous éprouvions toujours une certaine tristesse d'être obligés de les tuer pour les regarder de près. Du reste, une fois la collection de mon père pourvue des exemplaires suffisants, il ne fut plus question d'en capturer. Nous aimions donc encore mieux les chenilles que nous pouvions examiner sans leur faire aucun mal. Nous pouvions facilement, et en plein jour, chercher et trouver celle du SPHINX DU TROËNE, qui venait habiter jusque devant notre maison, de juillet

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