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LE SPHINX DU TROÈNE

jusqu'en septembre. Nous la découvrions immobile sous une petite branche de troène, de lilas, de frêne ou de viorne obier, exceptionnellement sur le sureau, le chèvrefeuille, la spirée ou le jasmin, l'avant du corps pendant dans le vide, et la tête cambrée dans une splendide posture de sphinx. Son corps, d'un vert clair et brillant, était orné, de chaque côté, de sept barres obliques, violettes et blanches et de petits stigmates jaune orange. Sur l'arrière-train, une corne recourbée s'élevait, jaune citron et noire. En captivité, où elle achevait fort bien sa croissance, nous pouvions la voir atteindre 9, 10 et même 12 centimètres de long, puis, un beau jour, devenir d'un gris brun terne. Elle commençait alors à errer dans sa prison, puis en quelques instants disparaissait sous terre où, dans un alvéole à peine tapissé de soie, elle devenait une grosse chrysalide brun rouge, avec une pointe à l'extrémité du corps et un fourreau saillant pour la trompe du futur papillon. Celui-ci éclosait en mai ou en juin de l'année suivante et nous entendions voler ses semblables sur les chèvrefeuilles jusqu'en juillet et même en août.

Le mâle de cette espèce, qui a des antennes finement dentelées et relativement épaisses, varie entre 9,6 et 10,8 centimètres d'envergure. La femelle, qui a les siennes cylindriques, lisses et plus fines, varie entre [1 et 12,2 centimètres. De jour, ils se tiennent immobiles,

posés contre un mur, un tronc ou les branches d’un arbuste, à des endroits sombres et cachés.

Le Perir-POURCEAU — Deilephila porcellus L.

Grossi deux fois, au repos contre un rocher.

Le Caille-lait jaune ou Gaillet vrai — Galium

verum L.

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DeicepHiLA (O.) ou MEeroprsiLus (Dunc.) porcellus (L.) LE PETIT SPHINX DE LA VIGNE

EVANT notre maison s'élève une petite colline sur laquelle

mon père a planté, il y a longtemps déjà, différentes fleurs.

Dès lors elles se sont enracinées, acclimatées, multipliées, si

bien qu'elles surgissent maintenant de l’herbe comme si elles étaient venues se semer d'elles-mêmes chez nous. Sous l'ombrage d'un grand cerisier, la belle ornithogale en ombelle étale chaque année, à la fin de mai, ses brillantes étoiles blanches. Plus haut la campanule à larges feuilles laisse pendre ses clochettes d'un bleu intense. La grande centaurée scabieuse et la centaurée de montagne aux fleurs bleues, s'épanouissent en grosses touffes, attirant les abeilles et de nombreux papillons. L'endymion penché, à demi caché dans l'herbe, montre ses quelques fleurs bleues, renversées, semblables à celles des jacinthes. Au printemps, ce sont les anémones et les scillas qui succèdent aux primevères, les jonquilles aux anémones, les narcisses aux jonquilles. Mais sur ce monticule, très favorable, semble-t-il, aux jolies fleurs, sont venues se semer naturellement d’autres plantes; et parmi elles il y a les gaillets, surtout le gaillet jaune, aux innombrables petites fleurs jaunes, en croix. Les longues tiges fleuries si légères, si parfumées, sont charmantes à voir. Mais lorsque nous étions enfants, ce qui, Je crois, nous attirait le plus vers le gaillet, ce qui nous engageait si irrésistiblement à en inspecter les tiges, c ‘était la possibilité d'y découvrir, le soir, des chenilles. Une espèce que nous trouvions . souvent était le Moro-Sphinx (p. 241), très commun chez nous à cause des nombreuses fleurs qui entouraient notre maison. Mais, attiré par ces mêmes fleurs, surtout celles du chèvrefeuille, des œillets et des pieds-d’alouette, un vrai Sphinx ou plutôt un DEILÉPHILE venait aussi, à l'occasion, pondre ses œufs sur nos gaillets, et nous permettait ainsi de trouver une belle chenille, de 6 à 7 centimètres de long, offrant

tous les caractères d’une chenille de Sphinx, mais dépourvue de corne sur le dernier anneau.

Cette robuste larve est d'un gris brun assez terne. Elle est rayée en longueur d’une quantité de petites stries noirâtres, plus ou moins interrompues et ondulées. Les points trapézoïdaux sont ronds et plus clairs que le reste, et le corps est marqué de légers plis transversaux. Mais ce qui caractérise principalement notre chenille, comme celles des espèces voisines, c'est le renflement du quatrième anneau, à partir duquel le corps s’amincit graduellement jusqu'à la tête, ellemême petite. Sur chacun des segments quatre et cinq, — ceux du quatrième sont plus gros que ceux du cinquième, — se trouvent deux ocelles ressemblant à des yeux, qui, placés en cet endroit, et précédés de ce thorax régulièrement aminci, font penser à une tête de porc, d'où le nom de PETIT-POURCEAU. C'est surtout en juillet et août, mais déjà en juin et encore en septembre, qu'on peut trouver cette chenille. Mangeant habituellement du gaillet, on la rencontre aussi sur l'épilobe et, dit-on, sur la balsamine et la vigne.

À la fin de l'été, elle s'aménage, à la surface du sol, un alvéole assez grossier, où quelques fils de soie immobilisent les grains de terre et la mousse environnante. La chrysalide est gris brun ou brun jaunâtre, presque noire sur le dos, avec des stries noirâtres sur les fourreaux alaires et des épines sur les segments de l'abdomen. Elle donne naissance au papillon en mai ou juin de l’année suivante. Quelquefois une deuxième génération se montre en août ou septembre. Le PETIT- PouRcEAU vole le soir sur les fleurs des jardins et des campagnes, affectionnant en particulier les silènes, l'épilobe, la vipérine et les pieds-d'alouette. C’est le plus petit de tous nos Sphinx; il varie pour le mâle entre 4,7 et 5,2 centimètres d'envergure, pour la femelle entre 5,2 et 5,6 centimètres. Il est, en effet, bien petit si on le compare au Sphinx du liseron (Sphinx convolvuli L.) qui atteint 12 centimètres d'envergure, et surtout aux espèces étrangères, dont une du Mexique mesure parfois 18 centimètres. Mais il n'en est pas moins

charmant, surtout lorsqu'il vient d'éclore. Par la suite, hélas, ses couleurs pâlissent et le papillon, dans son ensemble, devient d’un ton plus gris jaune, uniforme et clair, que sur notre planche. Une espèce très voisine, le Sphinx de la Vigne (Deilephila elpenor L.) est, quelquefois, de même grandeur que le PETIT-POURCEAU: mais, habituellement plus grande, elle atteint 6 centimètres d'envergure. Comme qu'il en soit on la distingue toujours de notre petit SPHINX à la moitié basale de son aile inférieure qui est noire, à la marge interne de son aile supérieure qui est blanche, à la raie rose qui parcourt le milieu de son abdomen, enfin à ses couleurs franchement vert olive et rose violacé, alors que le PETIT-POURCEAU est souvent d'un rose très fané et jaunâtre et la tache du bout de l'aile d’un gris jaune pâle. La chenille du Sphinx de la Vigne ressemble beaucoup à celle du PORCELLUS, mais elle devient plus grande, elle est parfois verte, — ce qui n'arrive à celle de notre papillon que dans son jeune âge, — et, de plus, elle a toujours le onzième segment surmonté d'une corne. Elle vit à la même saison sur les mêmes plantes, mais mange aussi fréquemment de la vigne et des fuchsias.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur toutes les autres espèces de Deiléphiles : sur le charmant Sphinx chauve-souris (Deilephila vespertilio Esp.) aux ailes supérieures d’un gris exquis de délicatesse, aux inférieures vieux-rose; sur le Sphinx de l'euphorbe ou du tithymale (Deilephila euphorbiæ L.) à à la superbe chenille luisante, noire, rouge et jaune; sur le Sphinx phœnix (Deilephila celerio L) au long corps pointu, ligné en longueur, aux ailes étroites; mais il faudrait pour cela des images qui donneraient en un clin diline dé plus exacte de chaque espèce que toutes les descriptions.

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