LA HARPYE DU HÊTRE
hêtres ou de sorbiers, le long des lisières ou des chemins de forêt, de mai à Juillet. Dans la plaine, aux endroits chauds, elle apparaît en deux générations, en avril-mai, puis de juillet à septembre, même octobre. Le mâle est généralement plus petit et moins robuste que la femelle et varie pour l’envergure entre 4,5 et 5 centimètres, atteignant parfois jusqu'à 6. La femelle oscille entre 5,6 et 6,8 centimètres. Elle pond des œufs énormes par rapport à sa grandeur, puisqu'ils n'ont pas moins de 1,7 millimètre de diamètre. Ils sont luisants et un peu déprimés, mais vus de dessus, parfaitement ronds. Au milieu, ils présentent un léger enfoncement. Ils sont d’abord d'un blanc laiteux et ressemblent à des perles. Ensuite, ils deviennent d'un gris bleu lilas et finalement éclosent deux, trois ou trois semaines et demie après la ponte. Les petites larves qui en sortent ont déjà 6 millimètres de long. Elles sont d'un brun jaunâtre et se tiennent, avant la première mue, à peu près droites comme les autres chenilles. On constate cependant déjà une très curieuse particularité, unique parmi toutes nos espèces suisses, et que nous avons étudiée dans le volume des Chenilles (p. 101-106) : la seconde et la troisième paires des pattes thoraciques sont démesurément allongées, sauf les tarses qui restent de simples crochets à un article. Ces quatre pattes sont aussi longues par rapport au corps que celles du papillon, mais elles sont parfaitement lisses et glabres, comme toute la chenille du reste. Lorsque la bestiole vient d'éclore et qu'elle ouvre ses pattes, leur envergure atteint presque la longueur totale de son corps. On remarque encore que les deux pattes terminales sont transformées en prolongements claviformes, inarticulés et impropres à la préhension. En conséquence l'animalcule tient toujours, même pendant la marche, l'extrémité de son corps plus ou moins relevée.
Mais voici qu’au bout d’une semaine déjà, les petites chenilles subissent une première mue; après deux semaines, une seconde. Elles deviennent alors d’un brun noirâtre très luisant et prennent tout à fait les allures de la larve bien connue par son étrangeté, si ce n'est