L'ACRONYCTE DU TROËNE
AcroNYCTA (Ochs.), ou CRANIOPHORA (Snell.) ligustri (F. L.)
EVANT notre maison, un vieux bassin en pierre de taille reçoit les eaux d’une petite source. La conduite, après avoir parcouru sous terre un pâturage, monte jusqu'à un mètre cinquante de
hauteur environ, et débouche au-dessus de la fontaine. Pour cacher la montée du tuyau, mon père a fait bâtir un mur vertical à l'extrémité du bassin, et il a adossé à ce mur une véritable colline de terre, maintenant recouverte de toute une végétation. Âu sommet de ce monticule, il a planté des buissons de troène et ceux-ci, ayant trouvé l'emplacement à leur convenance, ont grandi rapidement, s'étendant à droite et à gauche et formant un charmant berceau de verdure, orné en juillet de multiples grappes de petites fleurs parfumées, et en automne de baies noires et luisantes, dont se délectent les merles lorsque survient la neige.
Or, un jour que la lessive battait son plein, on m ‘avisa que d'étranges corpuscules tombaient sans cesse sur le linge qu’on venait de laver, y laissant d'affreuses traces. Accouru sur les lieux, je m'aperçus que ces granules insolites étaient de provenance animale et devaient, sans aucun doute, descendre des branches surplombantes du buisson. Suivre la verticale et découvrir le coupable n'était plus, dès lors, qu'un jeu, et c'est avec une grande joie que Je découvris une splendide chenille de Sphinx du troëne, espèce que nous avons étudiée tout à l'heure (p. 223). Mais ce n'était pas tout : en examinant le linge dans la fontaine, j'avais remarqué à sa surface deux sortes de déjections, les unes relativement grosses, d’autres beaucoup plus menues. La chenille du Sphinx n'était donc pas la seule coupable, et les recherches continuèrent. Cette fois, c'était plus difhaile, les nouveaux malfaiteurs étant certainement plus petits ; bientôt cependant, j'aperçus une jolie chenille de 3 centimètres environ de longueur, au corps épais en son milieu, fuselé, un peu étranglé entre les seg-
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ments. Elle était d'un beau vert tirant sur le jaune, et sur sa peau mate et unie, légèrement translucide, s'élevaient des poils noirs, clairsemés et très longs aux deux extrémités du corps. Une fine ligne blanc jaunâtre courait le long du dos et deux lignes jaunes suivaient ses flancs un peu au-dessus de petits stigmates rouges. Elle se tenait immobile sous un rameau, et grâce à sa forme fuselée et à sa couleur verte, se confondait étonnamment avec les petites feuilles ovales de l'arbuste, dont quelques-unes devenaient précisément jaunâtres. C'était l'ACRONYCTE DU TROÈNE, chenille si bien représentée par mon père dans sa grande collection. Sachant l'espèce rare, je fus enchanté de l’aubaine, et, pensant peu probable qu ‘une chenille de ce genre se trouvât seule sur un buisson à la fois si grand et remplissant si bien les conditions d'ombre et de fraîcheur requises par l'animal, je continuai mes recherches et fus au bout d'un moment possesseur de quatre exemplaires. Le linge était désormais hors de danger et ma collection s’enrichissait d'autant.
Nous étions à la fin d'août : les chenilles transférées dans une poche en treillis métallique, abondamment garnie de branchettes de la plante nourricière, mangèrent encore pendant quelques jours, atteignant enfin, toutes, 3 à 3,5 centimètres de long: puis elles se cachèrent parmi les matériaux qui remplissaient le fond du pot, terre et feuilles sèches, et se construisirent de solides cocons gris noirâtre, où elles devaient se transformer avant l'hiver en chrysalides brun rouge, s'éclaircissant vers l'extrémité postérieure. Au mois de juin de l’année suivante, je m'aperçus un soir qu'un petit papillon de nuit volait avec rapidité dans la poche en treillis. Quelle ne fut pas ma joie en découvrant que cette Noctuelle n'était autre qu'une ACRONYCTE DU TROÈNE, absolument parfaite et provenant d'une des chenilles de l'année précédente. C'est celle même qui est représentée sur la planche ci-contre et qu'il fallut grossir quatre fois pour en montrer toutes les richesses et les délicatesses. Ah! quelle merveille que cette broderie aux points multiples, aux dessins fantastiques, aux couleurs
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rares et belles, se confondant si bien avec les quelques feuilles de troène qui ont passé l'hiver et sont devenues pourpres!
Notre papillon se distingue des autres espèces du même genre, dont plusieurs se ressemblent beaucoup entre elles, par son thorax blanc et la coloration violette et vert sombre de ses ailes. Ces teintes, toutefois, deviennent quelque peu brunâtres et les dessins noirs pâlissent lorsque l'insecte a quelques semaines d'existence. Dans une variété appelée SUNDEVALLI (Lampa), le blanc des ailes est complètement envahi par le vert olive.
Comme son nom d'« ACRONYCTA » l'indique, notre insecte se montre lorsque vient la nuit; mais c'est un papillon si vif et alerte, si frétillant, qu'en plein jour, si vous le dérangez, il n’hésite pas à prendre son essor.
La chenille qu'on trouve le plus souvent sur le troène, de juin ou juillet jusqu'en août ou septembre, vit aussi sur le lilas, le frêne et même la clématite. Le papillon éclôt déjà en mai ou juin et vole jusqu'en juillet, voire même jusqu’en août. Dans la plaine, il apparaît à deux reprises en mai et Juin, puis en août et septembre. Le mâle varie entre 3,6 et 3,8 centimètres d'envergure. La femelle, qui est un peu plus grande et dont les ailes sont plus larges, atteint 4 à 4,3 centimètres.
Le CASQUE — Agrotis janthina Esp. Grandeur naturelle, au vol. Grossi trois fois, au repos.
Le Coudrier noisetier — Corylus avellana L.