‹ Les papillonsChapitre 15 sur 27 · LES NEVEUX DU CAPITAINE FRANCARVILLE · texte numérisé non relu

LES NEVEUX DU CAPITAINE FRANCARVILLE

souhaita bonne chance, et leur accorda trois mois pour découvrir la future moitié de sa vie.

Arrivés à la petite ville de Lillebonne, où ils devaient se séparer pour commencer leurs recherches, ils dînèrent ensemble dans le principal hôtel de la ville.

Leur conversation, comme on le pense bien, roula tout entière sur la bizarre mission dont les chargeait leur oncle.

Dans une pièce attenante à celle où dînaient les deux frères, se trouvait une demoiselle irlandaise qui voyageait en France, en compagnie d'un vieux gentilhomme, son ex-tuteur.

Une mince cloison séparait les deux chambres, et la plus légère attention suffisait pour que les convives qui se trouvaient dans l’une de ces pièces ne perdissent pas un mot des paroles de leurs voisins.

Le nom du capitaine de Francarville frappa tout à coup les oreilles d’Arabella, qui devint attentive et fut bientôt au courant de toute cette incroyable histoire.

Le vieux gentilhomme irlandais, qui était un peu sourd et se trouvait, du reste, placé loin de la cloison, n’entendit pas un mot et ne remarqua pas la distraction de sa compagne.

— Ainsi, dit Raoul en se levant, c’est, décidé : tu pars pour Paris.

— Et toi, dit Rodolphe, pour le Havre, et ensuite aux bains de Dieppe.

- — Dans un mois, dit Raoul, tu pourras m’y écrire.

— Et toi, adresse tes lettres hôtel de Normandie, rue du Roule, où je vais m’installer.

— C’est convenu.

ils se serrèrent la main et descendirent dans la cour, où chacun monta dans le coche qui devait le conduire à sa destination.

Arabella, prétextant une migraine subite, se mit à la fenêtre pour les voir partir.

Quand elle les eut suffisamment considérés, elle se tourna vers le vieux gentilhomme.

— Mon bon O’Brean, lui dit-elle, j’ai changé d’avis; au lieu d’aller visiter la Bretagne, nous irons passer un mois à Paris, et nous viendrons ensuite aux eaux de Dieppe.

— Comme il vous plaira, répondit Q’Brean; vous savez que je suis un ami commode.

Trois jours après, Arabella et son ancien tuteur étaient installés rue du Roule, à l’hôtel de Normandie, où Rodolphe était arrivé la veille.

Maîtresse à vingt-quatre ans d’une fortune assez considérable, héritage d’un oncle mort aux Indes depuis quelques années; douée d’une beauté douce, mais sérieuse, d’un caractère fier et indépendant, Arabella, depuis son retour de Bombay, où elle avait été elle-même, avec son tuteur O’Brean, réaliser son héritage, avait obstinément refusé tous les jeunes nobles d'Irlande et d’Angleterre qui s’étaient hasardés à lui demander sa main.

Dès (jue la paix fut conclue entre la France et l’Angleterre,

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