‹ Les papillonsChapitre 16 sur 27 · LES NEVEUX DU CAPITAINE FR AN CA R VI LL E · texte numérisé non relu

LES NEVEUX DU CAPITAINE FR AN CA R VI LL E

elle quitta l'Irlande, et en compagnie d’O’Brean, qu’elle avait décidé à lui servir de chaperon dans ses pérégrinations capricieuses, elle vint voyager sur le continent.

A la grande surprise du vieux gentilhomme, la jeune miss, si farouche ordinairement à l’égard des cavaliers que les hasards des voyages amenaient sur son chemin, fit un parfait accueil à Rodolphe, qui, vivement frappé des grâces et de l’esprit d’Arabella, avait cherché à pénétrer un peu dans son intimité.

La belle Irlandaise se faisait passer pour une jeune personne de bonne famille, mais sans aucune fortune, ce qui étonna encore le bon gentilhomme, qui pourtant n’était pas au bout de ses stupéfactions.

Rodolphe trouva de plus en plus Arabella à son gré, et n’aurait pas mieux demandé que de lui faire la cour pour son propre compte; mais la pauvreté supposée de la demoiselle le détourna de cette idée.

Tout en exprimant à Arabella un amour que, du reste, il éprouvait réellement, il lui parla de son oncle et de la mission dont le capitaine l'avait chargé.

— Vous êtes bien au-dessus de ce qu’il peut rêver, dit-il à Arabella, et je ne doute pas qu'il ne ratifie mon choix. Jugez de ma tendresse pour vous, en me voyant sacrifier mon amour à votre fortune, à votre bonheur. Je donnerais ma vie pour vous nommer ma femme, et pourtant je me résigne à vous voir devenir celle de mon oncle, afin de vous mettre en possession de l’opulence et du rang qui appartiennent ù votre

LKS PAPILLONS.

mérite et à votre beauté. Ah! trouverez-vous jamais un cœur désintéressé comme le mien !

— J’apprécie votre délicatesse, dit Arabella, et soyez sûr que je saurai la récompenser un jour comme elle le mérite.

Elle accompagna ces mots d’un regard qui fit tressaillir Rodolphe d’espoir et de joie.

Le coquin de neveu s’imagina que la belle Irlandaise partageait son amour, et que, tout en se décidant à épouser le baron par ambition, elle se proposait bien de lui conserver à lui, Rodolphe, une part dans son cœur et dans ses bonnes grâces.

— Après tout, se dit-il, les mœurs du temps autorisent ces sortes de fredaines, et l'on a vu des choses plus extraordinaires que celle-là. Cinquante mille livres de gratification, une maîtresse charmante, la perspective de passer une longue suite d’heureux jours dans le château du capitaine; et qui sait? plus tard...; les marins sont mortels comme les autres, et, moyennant finances, Rome ne refusera pas à un neveu la permission de consoler la veuve de son oncle,

Rodolphe se livra ainsi à une foule de châteaux en Espagne peu moraux et peu édifiants, et continua de nourrir ces rêves coupables tout en se lançant à corps perdu dans les plaisirs de Paris, quand Arabella l’eut quitté au bout d’un mois, en lui donnant rendez-vous à Rouen, à l’expiration du terme qui lui avait été fixé par le capitaine.

L’Irlandaise, accompagnée d’O’Brean, alla s’établir aux eaux de Dieppe, où elle trouva Raoul déjà installé.

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