‹ Les papillonsChapitre 17 sur 27 · LES NEVEUX DU CAPITAINE FU ANCARVILLE · texte numérisé non relu

LES NEVEUX DU CAPITAINE FU ANCARVILLE

Au bout de quinze jours, Raoul, qui avait reçu de Rodolphe une lettre ainsi conçue:

« Amuse-toi en paix et cherche fortune pour ton propre « compte, mon pauvre Raoul; car j’ai trouvé pour notre oncle « une merveille sans rivale. »

Répondit en ces termes à son frère :

« Mon pauvre Rodolphe, garde ta merveille pour ta con- « sommation particulière, et ne l’expose pas à la honte d’une « comparaison avec celle que j'ai découverte : les cinquante « mille livres sont à moi. »

Il est inutile de dire que Raoul, également enlacé dans les ruses d’Arabella, et d’ailleurs aussi peu scrupuleux que Rodolphe, avait conçu exactement les mêmes projets que son ainé et se repaissait des mêmes espérances.

Quelques jours avant l’époque convenue, le capitaine de Francarville, revenant de forcer un chevreuil, trouva au château les deux lettres suivantes :

« Mon cher oncle, soyez à Rouen, hôtel de la Marine, le 31 « septembre; j’aurai l’honneur de vous présenter l’épouse que « je vous ai choisie à Paris. Votre neveu, Rodolphe. »

« Mon cher oncle, le dernier jour du mois de septembre,

« hôtel de la Marine, à Rouen, je vous ferai connaître une

LGS PAPILLONS.

« femme que j’ai eu le bonheur de rencontrer à Dieppe, et qui, « sans aucun doute, deviendra bientôt la vôtre. Votre neveu, « Raoul. »

— À merveille, dit le capitaine.

Le 31 septembre, il arriva à Rouen et se fit annoncer à ses neveux.

Arabella, en leur donnant rendez-vous à cet hôtel, leur avait imposé la condition de ne la revoir que devant leur oncle.

Chacun d’eux, en descendant à l’hôtel delà Marine, le matin même de ce jour, avait adressé en secret deux questions l’aubergiste, et en avait reçu une réponse affirmative sur la première :

— Miss Arabella est-elle arrivée?

Et une réponse négative sur la seconde :

— Mon frère a-t-il amené une dame avec lui?

Et Raoul et Rodolphe s’étaient dit chacun de son côté, en se frottant les mains avec satisfaction :

— Mon frère n’a pas osé soutenir la concurrence.

— Eh bien, dit le capitaine à ses neveux.

— Mon oncle, on vous attend, répondirent-ils en même temps.

— Alors, dépêchons-nous .

— Permet tez-moi de vous conduire, dirent-ils encore ensemble.

— Un moment, dit le baron; ne jouissant pas du privilège de me transporter en deux endroits à la fois, il est indispen-

Page 1