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LA BELLE ESPAGNOLE ET LES DEUX PORTE-QUEUE

— Paquita, lui dit Inez, voici le collier de corail que vous paraissiez convoiter ce matin.

Pour quel service Inez récompensait-t-elle donc Paquita?

Le soir de ce jour, Gaston et Gnilbert soupèrent en compagnie de plusieurs jeunes seigneurs. Quand les têtes furent échauffées, chacun parla de ses amours, chacun vanta sa maîtresse.

Guilbert et Gaston ne dirent rien; mais un chevalier toulousain, vantard et menteur comme un gascon, ayant osé se flatter des bonnes grâces de la belle Espagnole, Guilbert et Gaston se levèrent en même temps pour punir le fanfaron.

Us reconnurent alors qu’ils étaient rivaux, et s’expliquèrent. A la suite de cette explication, ils tirèrent au sort à qui échouerait le devoir de châtier le Toulousain. Le sort désigna Gaston, qui transperça le chevalier d’un coup d’épée.

En suite de quoi les deux amis montèrent seuls dans une barque, et se rendirent dans Pile verdoyante de la Berthalasse, oh, après s’être embrassés, ils mirent l'épée à la main, et se battirent à outrance sans haine, sans colère, mais bien décidés à ce que l’un ou l’autre restât sur le gazon, pour laisser au survivant le cœur d’Inez en toute propriété.

Au bout d’un quart d’heure de combat, ils tombèrent tous deux à la renverse; les malheureux s’étaient enferrés.

Gaston n’eut qu’un regret dans ce terrible moment, c’était que Guilbert ne put profiter de sa mort. Guilbert n’exhala qu’une plainte, c’était que son trépas ne pût être utile à Gaston.

Malgré leur recommandation , des officieux étaient allés prévenir liiez, moitié pour le plaisir de manquer à là parole quils avaient donnée aux deux amis, moitié pour jouir de la confusion de la belle Espagnole.

Elle se transporta désespérée dans File de la Berthalasse, et arriva à temps, au dire des uns, pour recevoir les derniers adieux de Gaston et de Guilbert.

Mais certaines personnes assurent que les deux galants ne moururent pas de leurs blessures, et qu’Inez les emmena dans une ile de la Méditerranée, où tous trois vivent encore, à l’abri de tous les regards, et dans la plus parfaite intelligence.

La marquise de La Croix et Cazotte avaient écouté cette histoire avec la plus profonde attention. Après avoir achevé cette narration, la princesse Ginebra regarda les deux amis en souriant avec malice, et leur demanda s’ils étaient satisfaits.

Pas le moins du monde, répondit Cazotte; il doit y avoir un autre dénoùment à cette aventure que ces vagues assertions des badauds avignonnais.

— Qu’en pensez-vous, chère princesse, demanda la marquise de La Croix à l’aimable narratrice. Vous devez en savoir plus long que tout ce monde-là sur le compte de la belle Espagnole et des deux cavaliers d’Avignon.

Ginebra, pour toute réponse, montra à ses deux hôtes la peinture qui a amené ce récit,

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— Oh ! oh ! dit Cazotte, il y a là-dessoiis quelque merveilleuse aventure.

— Vous avez raison, répartit la princesse; on ne rencontre pas tous les jours, dans la vie ordinaire, Une libellule vêtue d’une jupe rose, portée au ciel par deux papillons.

— Je parie, s’écria la marquise de La Croix, que la sciehce du comte Cipio, votre mari, fut pour quelque chose dans cette gracieuse ascension.

— En effet, chère marquise, dit la dame aux papillons, la science du comte Cipio y fut pour quelque chose.

— Contez-noUs cela, madame la princesse, fit Cazotte.

— Je le veux biën, répondit Ginebra.

Et elle reprit son récit en ces termes.

Environ deux ans après cet événement tragique qui avait mis en rtlmeur tout le Confiât Venaissin, et dont le mystérieux dénoûment aliihentait encore les causeries des désœuvrés de la cité avignonnaise, et donnait lieu à mille conjectures plus absurdes les unes que les autres, — car la senora Inez était disparue le soir même du fatal événement, et l’on n’avait pas retrouvé sa trace, non plus que celle des tristes restes laissés sur la pelouse de la Berthalasse, par les âmes des deux valeureux gentilshommes qui s’étaient enferrés réciproquement pour les beaux yeux de l’Espagnole, — Donc, deux ans après, le comte Cipio qui désirait visiter l'ancienne Égypte, dans l’espoir d’y trouver quelque monument de l’ancienne science

magique, oublié ou dédaigné par les voyageurs vulgaires, me proposa de l’accompagner dans cette excursion orientale. Vous comprenez que je n’hésitai pas un instant à suivre mon savant époux dans un tel voyage.

Nous nous embarquâmes à Marseille sur une felouque sicilienne qui prenait en France un chargement pour Alexandrie.

En vue de File de Rhodes, un calme plat nous surprit; le capitaine sicilien annonça à ses passagers que toute la science nautique serait en défaut, si le vent se remettait à nous pousser vers l'Afrique avant deux fois vingt-quatre heures, et les invita à profiter de ce retard imposé par la paresse des éléments pour aller visiter File de Rhodes, véritable oasis de verdure dans le bleu désert des vagues méditerranéennes. Trois coups de canon et un pavillon rouge hissé au grand mât devaient avertir ceux qui désireraient rester à terre de l’instant où il faudrait remonter à bord.

Nous acceptâmes avec empressement cette invitation, et deux heures après un canot de la felouque nous déposait dans le port.

Le comte Cipio et moi, laissant nos compagnons s’engager dans les rues de la ville, nous nous hâtâmes de gagner la campagne.

Je vous épargnerai la description des sites ravissants que nous parcourûmes, des bois d’orangers, des maisonnettes blanches, des ruisseaux bleus de ciel et des coteaux fleuris.

Pour rendre l’image de son paradis plus accessible encore aux sens de ses croyants, Mahomet aurait dû le placer dans

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