LE PAYS ABSENT
Musique par Atlyre Bureau.
venl qui vimt du pô - lePourfuirles fè-lesdu grand roi;
Si tu méprenais en passant
Sur ta coupole a - é - rien ne, je m'en i
rais, fi rinjf.
à perdre ha-lei - ne, Retrou-ver mon pa-ys ab-sent, Je m'en i
-tr t
ritenuto.
rais, à perdre ha - lei - ne, Retrou-ver mon pa - ys ab-sent.
D. C alsegno%
i tempo di boléro.
2,C0CPLET
J'ai rè - vé que j'a-vaisdes ai - les, Ah ! que ne puis-jem'en ser
vir A-vecles frê - les de-moi - sel - les Sur les bords du Gua-dal -qui - vir!
Vent du nord qui souffle, en pas-sanl, Prends-moi comme un brin de ver-vei- ne, Jeveuxal
Î33SÊ
1er, à perdre ha - lei - ne, Re-trou - ver mon pa-ys ab - sent. Je veux a1 -
crescendo. ^tritenuto. F
- 1er, à perdre ha
lei - ne
Re- trou - ver mon pa - ys ab - sent.
* Couplet, ^^^^^g^y-f^f
Sous le ciel ter-ne de Ver - sail - les, Je me sens toujours le fris-
rf — N~i—
- son ;
Jeraeursa - vant mes fi- an - çail - les, Voi-là ma der-niè - re chan - son !
dolce.
Em-porte un regret im puissant, O bri-se qui ra - se la plai-ne ! Va murmu-rer loin de la
cres-
Sei - ne Mes a-dieux au pa-ys ab-seul! Va murmu - rer loin de la Sei-ne Mes a cendo. ^ritenuto. F
Elle en était là de sa dolente improvisation quand un bruit vif, joyeux et rapide de castagnettes, habilement mises en jeu sur la mesure du boléro castillan, vint la tirer de ses désolantes pensées.
L'effet de ce coup de théâtre fut pour elle une véritable révolution. Elle se dressa tout à coup, laissant glisser la guitare; elle devint rouge comme une fleur de grenadier et mit la main sur son cœur pour en comprimer les battements.
Cette pauvre enfant si faible, si abattue une seconde auparavant, redevint tout à coup forte et joyeuse; l'Espagne était là, chantant à ses oreilles avec le son de ses gracieux hochets d'ébène. Sans réfléchir, elle écarta tout à fait la longue jalousie dont les lames soulevées ne lui laissaient entrevoir que les nuages, et d'un bond, ou plutôt d'un coup d'aile, elle se trouva transportée sur la plate-bande, où les premières fleurs du printemps s'entrouvraient sous son balcon.
Un jeune homme était là, beau comme un rêve, au corps mince et fluet, brodé, semé d'or, portant à ses épaules le souhait idéal de tous les cœurs jeunes, des ailes aux couleurs chatoyantes, avec lesquelles il semblait être descendu du ciel.
Était-ce un amant? était-ce un papillon des bords du Guadalquivir? Pour elle, ce fut tous les deux. Si vous eussiez été là, ma chère Ginebra, vous auriez vu Semilla. ravivée par la passion , agiter à son tour la belle paire d'ailes dont vous l'avez ornée, en peignant cette scène gracieuse sur mon simple récit.
Les deux jeunes gens n'échangèrent pas une parole. Ilssem-
blaient craindre tous deux de voir s'évanouir leur ravissante apparition. Ils dansèrent avec un entrain, une vigueur et une grâce surhumaine; ils tournoyèrent mutuellement autour l'un de l'autre, à la manière des papillons qui se poursuivent entre les roses; ils bondirent longtemps sur le gazon égayé de primevères et de marguerites sans presque le fouler. Un spectateur de la cour, Dangeau, par exemple, serait devenu fou à regarder leurs rapides mouvements; il se serait inutilement donné au diable pour comprendrele but de leurs interminables évolutions.
Après avoir longtemps voltigé en effleurant leurs lèvres au boute-en-lrain des castagnettes, ils n'avaient plus qu'à s'élever tous deux dans les airs et à gagner, en mêlant leur vol amoureux, les pays baignés de chaleur et de lumière. C'était une idée poétique, et à mon avis toute naturelle; pour ma part, je l'eusse mieux aimé ainsi.
— Et moi aussi! s'écria Cazotte avec feu.
— Rassurez-vous, intervint en souriant Ginebra, ils en viendront sans doute à trouver cette issue qui vous plait tant.
— En tous les cas, assura la marquise de La Croix, l'idée ne leur en vint pas ce soir-là
Et elle reprit son récit interrompu.
Le danseur merveilleux loucha une dernière fois de ses lèvres la joue ranimée de la belle créole, mit un doigt sur sa bouche d'un air grave pour lui recommander le silence, puis, les yeux toujours attachés sur Semilla, il fit quelques pas en arrière et disparut dans un massif de lilas et d'ébéniers.
Restée seule, Semilla, enivrée de bonheur, dont l'imagina-
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lion vive et crédule, comme celle de l'Arabe, venait d'être puissamment excitée, leva instinctivement les yeux au ciel pourvoir le beau danseur aux castagnettes reprendre le chemin par lequel elle le croyait venu; puis elle se mit à parcourir timidement les bosquets dans l'espoir d'y retrouver quelque trace de l'apparition.
Je revins de la cour sur les deux heures du matin. Mon premier soin fut de descendre au jardin pour voir si ma protégée avait consenti à quitter sa position favorite, dans laquelle je l'avais souvent surprise à une heure aussi avancée.
Jugez de mon étonnement quand je l'entendis venir du fond d'une allée, fredonnant un refrain plein de gaité et agitant des castagnettes à la mode de son pays. Elle avait passé la moitié de la nuit à cet exercice si peu en harmonie avec l'obstination de tristesse dans laquelle je l'avais laissée.
Ce brusque changement, au lieu de me réjouir, m'inquiéta d'abord; je ne fus pas trop éloignée de la croire folle.
— Comment, ma chère enfant, lui dis-je, vous n'êtes pas encore rentrée à cette heure? Vous le savez, l'insomnie ne vaut rien pour votre santé.
— Ne craignez rien, ma tante, — je l'avais habituée à me donner ce titre presque maternel, — ne craignez rien ; ce n'est plus la tristesse qui me fait veiller. Je ne souffre plus; ma tête vient d'être rafraîchie par un soulïle du printemps : je renais, comme les lilas, à la joie et à la santé.
Le lendemain je la vis, en effet, se lever fraîche et souriante, rêveuse, mais rêveuse sans soupirs ni accablement.
Comme nous étions encore au déjeuner, le docteur Chirac entra. Il s'assit gravement en face de sa malade et la considéra sans mol dire; Semilla soutint en souriant ce regard de la science, et rompant le silence, elle prévint cette fois les questions de son vieil ami.
— Comme vous êtes silencieux aujourd'hui, lui dit-elle; vous allez voir que nous serons obligées de vous souhaiter le bonjour les premières.
— A la bonne heure! s'écria gaiment le docteur, je vous vois rire et causer ce matin. Vous avez donc fait cette nuit un bien joli rêve, ma chère enfant?
— Peut-être. Voyons, à quel rêve accorderiez-vous la puissance de me rendre la gaîté ?
— Voilà, mademoiselle, une question qui sent quelque peu la raillerie; à mon âge, peut-on deviner les songes roses qui passent dans le sommeil des jeunes filles. Vous aurez rêvé de danses, de papillons, vous aurez entendu le bruit des castagnettes, revêtu quelque brillant costume d'au-delà des Pyrénées; que sais-je encore?
Le docteur disait cela avec une simplicité très-rassurante; cependant la gentille questionneuse rougit beaucoup en l'écoutant.
Un moment après, Semilla s'étant retirée, Chirac me dit confidentiellement :
— Maintenant, madame, votre belle nièce est sauvée.
— Le croyez-vous, docteur?
— J'en suis sur, et dans quelques jours elle-même vous
priera de la conduire à toutes les fêtes et à toutes les réunions.
Trois jours de suite, au moment où l'étoile Vesper commençait à scintiller à l'horizon , le follet brillant sortait des massifs et venait entraîner Semilla au cliquetis de ses hochets d'ébène. Semilla se contenta d'abord de danser, ce qu'elle n'avait pas fait depuis son départ d'Espagne; puis la curieuse, plus rassurée, finit par lui demander son nom.
— Mon nom? je ne puis vous le dire; qu'il vous suffise de savoir que je vous aime éperdument, mais sans espoir.
— Vraiment! mais si ce n'est moi, qui donc pourrait vous décourager, dit étourdiment la jeune fille.
— C'est encore un secret qu'il m'est interdit de vous révéler, répondit tristement le danseur.
Leur conversation fut interrompue par moi qui, n'étant pas au fait de ces rendez-vous, m'étonnai grandement d'entendre, à cette heure, un bruit de voix sous les fenêtres de Semilla. Avant mon arrivée, le jeune homme avait disparu, et Semilla, dont l'embarras se dissimulait parfaitement à la faveur de la nuit, ne put ou ne voulut me donner aucune explication.
Le lendemain et plusieurs soirs de suite la créole attendit en vain le retour de celui qui l'aimait. Je la surpris cherchant avec inquiétude dans les bosquets; elle était redevenue triste et pensive; mais cette fois ce n'était plus une tristesse d'ennui, la plus mortelle de toutes les affections de l'àme.
Les dernières paroles du danseur ailé lui faisaient supposer avec raison qu'il pourrait tout aussi bien se rencontrer dans les salons de la terre que dans les travées du ciel. Elle-
même, comme me l'avait prédit Chirac, me pria donc de la ramener dans le monde; cette fois elle ne voulut perdre aucune occasion d'y reparaître, tant elle avait à cœur de découvrir son beau déserteur.
Cependant ses recherches n'eurent aucun succès; elle se reprenait à croire à la nature aérienne de son visiteur.
— J'aurai, pensait-elle, été la victime d'une fantaisie de ce capricieux Génie aux ailes d'Adonis.
Les choses en étaient là, lorsqu'un jour nous reçûmes la visite d'une des plus jolies personnes de la cour, mademoiselle de Bressuire. A. sa vue Semillajeta un cri, rougit jusqu'aux épaules et s'échappa dans le jardin.
— Eh bien, s'écria la charmante visiteuse, en se plaçant devant une glace, d'où peut donc venir l'étrange effet que je produis sur votre protégée?
J'essayai d'excuser Semilla, mais mademoiselle de Bressuire, tout en riant beaucoup de l'incident, voulut aller en demander la cause à Semilla elle-même.
— Vous m'avez fait bien du mal, Mademoiselle, dit gravement la créole, en levant son œil noir plein de larmes sur celle qui la questionnait.
— Je vous ai fait bien du mal, moi ! Comment cela, ma chère enfant, nous ne nous étions jamais vues.
Semilla raconta alors avec un ton de reproche navrant comment mademoiselle de Bressuire était venue surprendre son amour en costume de danseur espagnol, comment, pendant trois soirées entières, elle avait cru danser avec
un amant véritable qui lui rappelait les souvenirs de sa patrie.
Mademoiselle de Bressuire était stupéfaite d'une pareille imagination; le ton sérieux de Semilla indiquait de la bonne foi ou de la folie, il y avait là dedans un secret connu de Chirac seul , et je m'expliquai ainsi le bruit de voix qui m'avait donné l'éveil quelques jours auparavant.
— Le plus jeune de vos frères, dis-je à mademoiselle de Bressuire, celui qui vous ressemble si fort, est-il ici!
— Quelle idée! répondit-elle; il y est sans doute, mais il est incapable d'inventer une si douloureuse mystification.
— Aussi ne l'a-t-il point inventée, mademoiselle. Le docteur Chirac va-t-il vous voir aussi souvent qu'autrefois?
— C'est toujours un ami de la maison. Mais, chère marquise, pensez donc que mon frère va partir pour Malte dont il sera bientôt chevalier, c'est-à-dire qu'il renonce à donner jamais une suite légitime à une passion.
— Sans doute, chère, votre frère fait cela parce qu'il est cadet et sans fortune; un beau mariage aurait pu le faire changer d'idée.
En ce moment Chirac parut tenant par le bras un jeune homme presque imberbe, rougissant et timide comme une vierge.
— Vous avez raison, marquise, dit le docteur en répondant à la dernière phrase qu'il avait entendue, un beau mariage et une femme pleine d'originalité et de beauté lui ont fait abandonner ses premiers projets
— Ah quel bonheur! s'écria étourdiment Semilla, ne pouvant contenir sa joie.
Malheureusement je dus intervenir et désespérer une dernière fois ce triple faisceau d'espérances en leur montrant une lettre toute récente de madame des Ursins qui m'enjoignait de lui renvoyer la fille de don Pedro de Santa-Cruz sans perdre de temps.
— Voyez, ajoutai-je, vous pouvez assurément passer outre, mais si vous agissez ainsi , la fortune de don Pedro s'écroule sous le poids du ressentiment de l'altière princesse.
— Eh bien! s'écria Louis de Bressuire, nous nous passerons de fortune, l'amour de Semilla, ma volonté et mon courage me suffiront amplement.
— Très-bien parler, reprit Chirac, mais ce sacrifice qui vous honore, mon cher Louis, est inutile à présent. Madame des Ursins a quitté l'Espagne disgraciée, sur la prière du roi de France, pour avoir décacheté et annoté indécemment une dépêche envoyée de Madrid à Louis XIV par son ambassadeur l'abbé d'Estrées.
Vous devinez le reste; tout se passa comme vous le désiriez : Semilla guérit de sa nostalgie obstinée, et le docteur qui, on le devine, avait lui-môme donné des ailes au beau danseur, inscrivit dans ses mémoires ce miracle médical opéré au moyen d'une triple dose de boléro.
— Je n'avais jamais entendu dire que le docteur Chirac fût des nôtres, dit Cazotte; et cependant vous le faites jouer là un rôle où perce l'initiation à nos mystères et l'intelligence de nos plus précieux secrets.
— Mon ami, reprit la marquise de La Croix, Chirac n'était pas un médecin ordinaire; s'il semblait parfois se confier aux recettes employées par ses confrères, c'était pour obtenir la confiance du vulgaire, pour ne pas trop heurter les idées étroites de ses malades et les guérir malgré eux. Ses vrais moyens d'action étaient dans sa rare puissance d'intuition, dans sa connaissance des causes supérieures, dans la force de sa volonté. Afin d'arriver à rendre la santé aux corps, il s'adressait aux âmes, il s'assimilait les esprits. Souvent même il donnait une forme palpable aux désirs et aux rêves dont le regret tuait lentement ses malades; il faisait descendre et s'incarner des génies invisibles pour rendre la joie et La vie aux pauvres humains.
Le poëte écoutait avec avidité les paroles de son enthousiaste initiatrice, de sa mère spirituelle.
— Je comprends! s'écria-t-il; ainsi la première apparition ailée qui devait être l'idéal du rêve de Semilla, le premier
type de l'élégant danseur qui semblait descendre du ciel n'était point encore notre ami M. de Bressuire.
— Assurément non, dit la marquise. M. de Bressuire ne fut lancé par le grand docteur dans cette charmante idylle dramatique que lorsque l'illusion ne risquait plus de s'évanouir devant la réalité.
Ici le poète ravi et transporté sauta au cou de la marquise.
— Ah ! que vous me faites plaisir par cette féerique explication. Je l'aime cent mille fois mieux ainsi; je préfère infiniment l'intervention première d'un génie assistant au déguisement de M. de Bressuire, si gracieux qu'il ait été choisi.
— Ce qui n'empêche pas, mon cher poète, intervint Ginebra, que M. de Bressuire n'ait du sentir pousser ses ailes, et qu'il n'en ait eu besoin par la suite, tout autant que le génie.
— Je l'entends bien ainsi, chère madame.
— Mais, reprit la princesse, voici Azuleo qui nous annonce le diner. Allons donc reprendre des forces; puis après je vous conduirai dans les froides montagnes de l'Ecosse, dans une pauvre cabane de chasseur des Highlands. Là, vous verrez comment, au moyen des sylphides bienfaisantes, de pauvres chérubins, affamés et grelottants de froid, furent rassasiés, réchauffés et réjouis par les brillants joujoux et les friandises de 1 arbre de Noèl.