CONVERSION DU GRAND PAON DE NUIT
son aide son vieux serviteur à la livrée d'argus et le page Azuleo, l'iris des prés, elle transporta son mari dans un bon lit, où il put à son aise se reposer de ses fatigues.
Quand elle revint auprès de ses hôtes, le comte Cipio et son Génie assistant avaient quitté le jasmin et les térébinthes et s'étaient envolés dans les hautes régions.
Cazotte avait pris l'attitude extatique qui lui était familière. Les dernières scènes auxquelles il venait d'assister , ces merveilleux mélanges de créatures terrestres et de créatures aériennes , les métamorphoses singulières dont il avait été témoin, la présence du sylphe Zitto, les communications d'outre -tombe entre Ginebra et le comte : tous ces miracles de la science cabalistique le jetaient dans un ravissement ineffable qui le rendit muet pendant quelque temps.
Celte fois , ce n'étaient plus simplement des images ou des reliques appendues aux murailles, ce n'étaient plus des récits et des paroles. Il avait vu par ses yeux, il avait pris le miracle sur le fait : le grand paon de nuit avait perdu ses ailes en sa présence, l'iris des prés, le vulcain couleur de feu, le papillon feuille-morte et jusqu'au vieil argus, avaient mis leur double nature en action devant lui. La féerie était bien réelle, il n'en pouvait plus douter.
— En vérité! s'écria-t-il au sortir de sa rêverie, la nature est une grande magicienne; elle a des transformations qui feraient croire aux miracles si l'on n'avait pas foi dans sa panthéique unité. Oui, l'univers est une immense guirlande dont les anneaux s'enlacent, dont les festons s'entremêlent à
l'infini, sous le souffle de la vie éternelle. Un jour viendra ofi ces magiques transformations, où ces poétiques échanges de formes seront aidés par les volitions humaines, j'en ai l'espérance certaine; nous touchons à la renaissance des merveilles dont le souvenir vit encore dans les traditions de l'Orient.
La marquise était heureuse de voir son élève en science hermétique prendre ainsi son essor, et la princesse se félicitait de l'effet énergique produit sur le poëte par ses récits fantastiques et les derniers événements de sa propre vie.
— Désormais, continua Cazotte, ce sera vous, ô Philomèle! qui chanterez pour moi par la voix du rossignol; Ithys, Prognée, Cyparisse, Daphné, je croirai à vos gracieuses métamorphoses. Maintenant, c'est à la fable et à la féerie que j'irai demander le secret des sentiments de l'âme et la raison des choses créées.
La marquise et la princesse, transportées par l'élan du poêle, coururent l'embrasser.
— Et maintenant, termina Ginebra, il faut aller aussi prendre du repos; ne vous semble-t-il pas que nous l'ayons bien gagné?
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