PAR
LE C™ FOEUX
Oh ! ne vous plaignez pas, madame ! Oui , vous êtes à trente lieues de Paris, au bout du monde; loin, bien loin du bruit, de l'agitation, de l'intrigue. Vous ne nagez pas dans un océan d'or et de soie sous l'ardente lumière du gaz; vous n'avez pas à admirer des paysages de convention, éclairés par les feux de la rampe; vous ne goûtez pas ces plaisirs ardents qui usent si vite les sens et le cœur.
Mais sur les vertes pelouses de votre charmant cottage; au milieu des fleurs, vos sœurs, vos chastes, fraiches et douces compagnes, vous respirez, sous un ciel bleu, un air embaumé. Votre oreille est charmée du bruissement des arbres, du bourdonnement de l'abeille, du chant du rossignol; et, sous
les rayons du soleil qui poudroie, vos regards suivent le vol capricieux, fantastique de ces myriades de papillons... folâtres enfants de l'air, véritables fleurs animées, pour qui les secondes sont des années, et qui pourtant ne meurent enivrés de plaisirs que pour renaître à des plaisirs nouveaux.
Mais il vous faut .davanlage : vous voulez savoir l'histoire de ces délicieuses créatures, séduisants génies dont les courses vagabondes, les riches couleurs, la pose mignarde, le gracieux battement d'ailes font sourire l'âme et le cœur. Vous voulez savoir leurs secrets, être la confidente de leurs amours.
Malheureusement les papillons n'écrivent pas... Ah! s'ils écrivaient!...
Mais fi! ces charmants petits princes, ces fils du soleil se salir au contact d'un papier poudreux! eux qui, après avoir tressailli sur le calice des plus belles fleurs, éprouvent le besoin de se baigner dans l'éther des cieux !
A qui donc demander l'histoire de ce charmant peuple ailé? aux savants, hélas! ou il faut ne la demander à personne : la fantaisie est le domaine de tout le monde; la science est le domaine exclusif du savant .
C'est à la science donc que nous allons faire appel; c'est dans ses arcanes que, pour vous plaire, nous allons tenter de pénétrer. 0 profanation ! à ces doctes qui se trouvent sur notre chemin, nous parlons papillons; ils nous répondent chenilles!...
Ici, madame, je vous vois bondir d'indignation. 0 Dieu ! dites-vous; Dieu dont les œuvres sont si admirables, comment les sévérités de votre justice ne se font-elles pas
sentir aux audacieux qui, depuis des siècles, ternissent de la poussière de leur prétendue science les plus belles pages de votre glorieux livre !
Nous comprenons ce grand courroux; et pourtant nous ne saurions le partager complètement. Sans doute, les savants ne sont pas toujours aimables; mais, en conscience, ce n'est pas leur faute si le papillon vient de la chenille, comme le chêne vient du gland , le lis de l'oignon. Notre monde n'est qu'un vaste laboratoire de métamorphoses, où toutes les choses créées changent et transmuent incessamment : la vie est partout; la mort nulle part : la mort est un préjugé.
Nous devons vous dire en outre, madame, que la connaissance de ce charmant peuple ailé, au milieu duquel vous vivez; que l'étude de ses goûts, de ses mœurs, de ses amours, n'est qu'une partie de la science appelée Entomologie , nom composé de deux mots grecs qui signifient Histoire des Insectes.
Eh! pourquoi, direz -vous, ne s'être pas contenté de ces mots : Histoire des Insectes?
Par amour pour le grec, madame... Ne riez pas: ceux qui sont atteints de cette maladie en ont fait bien d'autres, vraiment! Croyez -vous donc, par exemple, qu'aux papillons dont nous parlions tout à l'heure, ils aient laissé ce joli nom, véritable onomatopée qui ressemble si bien au battement des ailes d'une piéride ou d'un sphynx? Non, en vérité; pour eux, il n'y a point de papillons, mais bien des lépidoptères, nom également composé de deux mots grecs qui # M
signifient ailes à écailles. Il faut en prendre son parti, et, comme on se résigne à souffrir pour être belle, ainsi qu'on le dit communément, se résigner aussi à souffrir un peu pour apprendre.
Certes, madame, nous pourrions nous en tenir à vous parler des lépidoptères, passez-nous le mot; mais l'œuvre serait bien incomplète, ou plutôt ce ne serait qu'un fragment d'œuvre, puisque les papillons ne sont qu'un des douze ordres qui composent l'histoire des insectes, classe la plus nombreuse du règne animal, et qui ne compte pas moins de soixante mille espèces; et si ce fragment est le plus brillant, plusieurs des autres ordres ne lui cèdent en rien pour l'intérêt. On marche de surprise en surprise dans cette étude; c'est une suite de prodiges, et les plus petits individus ne sont pas les moins merveilleux.
C'est donc au milieu de ces innombrables armées que nous allons pénétrer; ce sont ces phalanges si variées que nous ferons défiler à vos pieds ou dans les airs; nous vous dirons les armures, les grandes batailles, les combats, les duels de tous ces peuples; leurs instincts, leurs mœurs, leurs amours; nous vous ferons assister à des pastorales enchanteresses, à des drames terribles, ayant pour théâtre un brin d'herbe ou la corolle d'une rose.
Par malheur, ici, ce n'est pas au bord de la coupe que se trouve le miel ; il se cache, au contraire, sous une légère amertume; mais votre esprit si vif, cette perspicacité charmante qui, du point de départ, vous fait entrevoir le but, nous ras-
surent complètement, et, sans plus de précautions oratoires, nous entrons hardiment au cœur de la science.
Les naturalistes ont d'abord divisé tout ce qui compose notre globe en trois grandes parties : le règne minéral, le règne végétal, le règne animal; puis d'autres sont venus qui n'ont admis que deux règnes : le règne inorganique ou anorganique, et le règne organique. Le règne inorganique comprend toute la matière inerte, terre, eau, pierres, cristaux, métaux. Le règne organique comprend tout ce qui végète, tout ce qui vit, et il est divisé en deux grandes classes :
Les végétaux, qui sont insensibles, disent les maîtres de la science, et privés de la faculté de locomotion.
De grâce, madame, ne froncez pas ces beaux arcs noirs qui donnent tant de puissance à votre regard.
Les végétaux insensibles! allez-vous dire; mais ces gens-là n'ont donc jamais touché une feuille de sensitive? ils n'ont donc jamais observé ces fleurs qui attendent pour s'épanouir le lever du soleil, tandis que d'aulres ferment leur calice lorsque ses rayons se font sentir, et le rouvrent aux caresses de la brise du soir? Les végétaux ne changent pas de lieu, en ce sens qu'ils sont attachés au sol par leur base; mais ils s'étendent dans toutes les directions : le lierre, la clématite, la capucine, et une foule d'autres plantes dites grimpantes s'élèvent quand elles trouvent un appui; si elles n'en trouvent point, elles rampent Et ces autres plantes qui lancent
avec explosion leurs graines au loin, n'est-ce pas là une sorte de locomotion?
Tout cela est parfaitement juste, parfaitement vrai; mais toutes vérités ne sont pas également bonnes à dire aux gens dont on a besoin. Attendons, pour commencer la guerre, que nous soyons plus forts, et passons à la deuxième partie du règne organique. '
Cette seconde partie comprend tous les animaux, tout ce qui marche, tout ce qui vole, tout ce qui nage, tout ce qui rampe. Évidemment les divisions et subdivisions étaient, là surtout, de la plus impérieuse nécessité pour arriver à la connaissance des individus. Cette fois, madame, votre haute et limpide raison n'aura pas à souffrir; ainsi la grande, l'immense classe des animaux est d'abord partagée en vertébrés et invertébrés.
Les vertébrés sont ceux qui sont pourvus d'une charpente osseuse, ou tout au moins de la colonne vertébrale, organe le plus important pour eux et dont la rupture cause instantanément la mort.
On appelle invertébrés ceux qui, dépourvus d'os, sont seulement recouverts d'une peau ou enveloppe plus ou moins dure qui lie tous leurs membres, réunit toutes les parties.
Les invertébrés se divisent en trois sections principales : les mollusques, les helminthes ou vers, les entomes.
Les entomes à leur tour comprennent quatre classes bien distinctes : les annèlides, les crustacés, les arachnides, les insectes, ces derniers ainsi nommés de deux mots latins in sectum qui signifient coupé en.
Et maintenant, belle dame, que, comme César, nous avons franchi le Rubicon, nous nous sentons plus fort, plus allègre,
et nous n'éprouvons pas la moindre difficulté à ajouter que la classe des insectes se compose de douze ordres : les coléoptères, les orthoptères, les névroptères, les hyménoptères, les lépidoptères, les hémyptères, les rhipiptères, les diptères, les suceurs, les parasites, les thysanoures, les myriapodes.
Ce premier pas, charmante recluse, pourra vous sembler quelque peu rude; mais aussi comme le chemin va s'aplanir désormais sous vos mignons pieds; comme votre imagination si vive, si colorée, va se récréer, se bercer de doux rêves au milieu de ce monde si peu connu, si merveilleux, maintenant que vous tenez le fil d'Ariane pour pénétrer dans ce labyrinthe !
Mais c'est assez pour un jour de ce commencement de science, tout bardé de grec et de latin. Pourtant, qu'il nous soit permis, avant de clore cette première lettre, de vous dire les caractères distinctifs des insectes, ces petits êtres que tant d'autres dédaignent, et sur lesquels, à l'exemple du Créateur, vous jetez aujourd'hui un regard d'amour.
D'abord les insectes n'ont pas de circulation proprement dite; ils respirent par des ouvertures latérales nommées stigmates, qui portent l'air aux trachées. Tous sont ovipares. Le corps est divisé en trois parties distinctes : la tête portant une paire d'antennes, deux yeux composés, immobiles, et quelquefois, en outre, deux ou trois yeux lisses; une bouche composée de deux lèvres : une supérieure, une inférieure, munie d'appendices articulés; deux mandibules et deux mâchoires horizontales, celles-ci munies d'appendices pareils à ceux de
la lèvre inférieure; le tronc, divisé en trois parties, qui portent chacune une paire de pattes articulées, et en dessus deux ou quatre ailes; l'abdomen composé d'un nombre de segments ne dépassant jamais dix. Enfin, chose à la fois la plus caractéristique, la plus merveilleuse, les insectes subissent des métamorphoses qui sont peut-être le plus impénétrable mystère de la création.
Souffrez, belle solitaire, que nous nous arrêtions ici. Sans doute, nous sommes loin encore de vos papillons bien-aimés, mais déjà du sentier ont disparu les ronces les plus cruelles, et vos beaux yeux peuvent entrevoir des merveilles à l'horizon. Courage, jolie recluse; courage, confiance et persévérance; car vous marchez ainsi à des conquêtes qui ne feront point couler de larmes, et qui laisseront votre cœur en paix.
Reconnaître ses torts est parfois chose délicieuse : il y a des pardons si doux !
Nous avouons donc humblement. Madame, que nous sommes coupable de vous avoir si prochainement promis de vous
KNT0YI0L0G1E DES DAMES 163
mener par des sentiers fleuris, alors que nous devions vous induire en anatomie. Hélas! oui, c'est le scalpel à la main qu'il nous faudra marcher tout à l'heure, afin de surprendre, par la dissection, les secrets de la nature.
Anatomie, dissection, voilà de bien vilains mots; mais vous nous les pardonnerez, et les choses qu'ils désignent, nous l'espérons, auront pour vous du charme lorsque vous aurez vu à quelles merveilleuses découvertes elles conduisent.
Toutefois, avant de mutiler quelques-uns de ces pauvres petits martyrs pour satisfaire cette soif de connaître que Dieu nous a mise au cœur, à vous comme à nous, madame, il convient de vous dire quelque chose de leur naissance, et des métamorphoses qu'ils subissent avant d'arriver à la qualité d'insectes parfaits.
Lorsque la femelle d'un insecte quelconque est sur le point de pondre, elle choisit un endroit convenable, qui diffère selon les espèces, et elle y dépose ses œufs. C'est là une grande affaire, une opération de la plus haute importance, à raison des conséquences qu'elle doit, avoir, puisque d'une seule ponte peuvent sortir des armées de plusieurs milliers d'individus.
Ne vous récriez pas, madame, et à propos de cette prodigieuse fécondité, n'allez pas douter de la véracité de votre humble correspondant, car au lieu de plusieurs milliers, nous aurions pu écrire plusieurs millions, puisque, en effet, c'est par millions que les femelles de certains insectes, les termes, par exemple, pondent des œufs; les papillons ne dépassent guère quinze ou seize cents; mais il y a des espèces de mouches qui produisent
jusqu'à vingt mille œufs d'une seule portée, et l'abeille n'en produit pas moins de quarante mille en un an.
N'avions-nous pas raison, charmante recluse, de vous promettre des prodiges? Que sont, proportion gardée, que sont les travaux d'Hercule en comparaison de ces laborieux enfantements? Il est vrai que, par une sorte de compensation, quelques espèces ne pondent que cinq ou six œufs, et il en est même, comme les pupipares, qui n'en pondent qu'un seul.
Et ne croyez pas, madame, que l'amour maternel soit émoussé par celte innombrable production ; non : c'est toujours avec la plus tendre sollicitude, la plus admirable sagacité, que la femelle choisit le lieu où doit naître la famille qu'elle porte dans son sein. Beaucoup d'œufs, il est vrai, sont déposés à l'air libre, n'ayant, pour se défendre des injures du temps et braver toutes sortes de dangers, que la dureté de leur coquille; mais c'est toujours dans un lieu où, en naissant, les jeunes larves trouveront la nourriture qui leur convient dans cette première phase de leur vie.
Ces œufs ne forment parfois qu'un seul dépôt; quelquefois aussi ils en forment plusieurs, à des distances plus ou moins grandes les unes des autres; cette précaution a été prise par la femelle pour assurer la nourriture à sa postérité. Dans les espèces herbivores, si trop de mangeurs se trouvaient sur un même point, ils seraient bientôt affamés; dans les carnassiers, ils se feraient une guerre continuelle et terrible! La femelle l'a compris, et elle n'a déposé en chaque lieu que ce qui peut y vivre. Le papillon confie ses œufs à la feuille qu'il aimait
alors qu'il n'était que chenille; les grillons et les hannetons vont cacher les leurs au sein de la terre , et c'est à la surface des eaux paisibles que le cousin confie l'espoir de sa future progéniture qui ne peut naître que là.
Le papillon a-t-il donc gardé le souvenir de sa première forme, de ses premiers goûts? Le cousin se souvient-il qu'il est né sur l'eau? Et le hanneton, si étourdi, quelle puissance ou quel sentiment lui fait abandonner les airs pour regagner la retraite souterraine d'où il est sorti? Ce n'est que de l'instinct, dira-t-on; instinct ou sentiment, qu'importe le nom? Tout cela n'est-il pas prodigieux?
Voici quelque chose de plus merveilleux encore. Lorsque la femelle du sphex est près de pondre, elle cherche un petit trou où sa progéniture puisse être en sûreté ; dès qu'elle l'a trouvé, elle va à la chasse des araignées, tue la première qu'elle peut atteindre, l'entraîne dans la retraite choisie, et dépose un œuf dans ce cadavre qu'elle destine à servir de pâture au petit qui y naîtra. Cela fait, elle sort de cette cachette, et elle en bouche l'entrée avec de l'argile qu'elle prépare, de manière à ne laisser que l'ouverture strictement nécessaire pour que, après sa première enfance, le fruit de ses amours puisse en sortir.
Enfin, il est une espèce de punaise, dont la femelle fait la garde autour des œufs qu'elle a pondus, et qui veille même sur ses petits nouvellement éclos, prête à les défendre contre toute attaque.
Devant de tels faits, le dégoût qu'inspire quelques insectes
disparait; on admire, et de la créature la pensée s'élève vers le Créateur. Je ne demande pas, madame, si c'est là votre sentiment : je n'en sais rien, mais j'en suis sûr. Passons aux métamorphoses.
Lorsque l'insecte sort de l'œuf, il ne ressemble en rien à sa mère; les œufs des plus belles, des plus brillantes espèces de cette classe si intéressante, ne s'ouvrent que pour livrer passage à des larves hideuses, c'est-à-dire à des chenilles, à des vers, comme les larves du papillon (a), du dystique [b),
d'où sortiront le'paon du jour (c),|le coléoptère plongeur [d)
appelé dystique.
Mais l'existence de l'insecte à l'état de larve n'est qu'un temps d'épreuve; n'ayez, charmante solitaire, aucune inquié-
tude sur le sort de ces pauvres petits êtres, en apparence si disgraciés de la nature. La plupart, à la vérité, sont bien chétifs, bien faibles au moment de leur naissance, puisque quelques-uns pèsent soixante-dix mille fois moins en naissant que lorsqu'ils ont pris tout leur accroissement; il ne faut qu'un souffle, le choc d'un brin d'herbe pour les broyer; beaucoup périraient s'ils restaient quelque temps dans cet état. Heureusement tout est prévu dans les harmonies de la nature : en même temps que la larve sort de son œuf, les feuilles qui doivent la nourrir sortent du bourgeon; les larves dévorent avec avidité cet aliment proportionné à leurs forces : chacune consomme, en vingt-quatre heures, le triple de son poids; et, dès le lendemain de leur naissance, elles ont grandi de plus de moitié.
Il est bien entendu que ce sont là des généralités, et c'est à cela que nous devons nous en tenir; il faudrait des volumes pour mentionner les exceptions : ainsi, tandis que quelques jours suffisent à la plupart pour arriver au terme de leur croissance, il en est, comme celles des hannetons, dont la croissance ne s'accomplit qu'en plusieurs années.
Les larves peuvent se diviser, comme les insectes parfaits, en trois parties principales: la tête, le tronc, l'abdomen; cependant, dans un grand nombre d'espèces, ces deux dernières parties sont confondues.
Dans quelques genres, les yeux sont semblables à ceux de l'insecte parfait; plusieurs autres en sont dépourvus; chez le plus grand nombre, ils sont placés sur les côtés de la tète,
en quantité variable et disposés en cercle quand ils sont nombreux; les antennes existent dans presque tous les ordres; la bouche se rapproche beaucoup de celle de l'insecte parfait.
Au-dessous de la bouche, à la lèvre inférieure, chez un grand nombre de larves, on remarque une petite ouverture nommée filière; c'est de cette ouverture que sort le fil de la chenille. Ce fil, produit d'une gomme fluide que, par expression, l'animal tire des feuillages dont il se nourrit, va se déposer dans deux réservoirs uniformes qui, partant de la dernière partie des jambes postérieures, passent en s' amoindrissant sur l'estomac et viennent aboutir à la filière. Tant que la chenille est vivante , cette liqueur gommeuse prend , en sortant de son corps, une forte consistance; elle se sèche, elle se lie, et devient un véritable fil dont la longueur augmente ou diminue selon la volonté de cette singulière fileuse. Ainsi, par exemple, s'il plaît à une chenille de descendre de l'arbre sur les branches duquel elle est née, elle attache son fil à la branche, et se lance en filant dans l'espace; veut-elle remonter, elle fait rentrer son fil dans son corps où il se liquéfie de nouveau, et elle arrive ainsi au point de départ par cette route aérienne qu'elle improvise et qu'elle supprime avec la même facilité.
Et l'on s'étonne des ascensions périlleuses qu'exécutent certains acrobates; on les paie cher, on les applaudit avec enthousiasme : pour l'intrépide et ingénieuse fileuse qui se balance dans les airs sans aide, sans secours étranger, on n'a que du dédain : telle est la justice des hommes.
Les autres organes des larves sont les stigmates, organes res-
piratoires placés obliquement, au nombre de neuf, de chaque côté du corps; les pattes, qui représentent celles des futurs insectes parfaits, les fausses pattes, qui ont la faculté de s'élargir et de se contracter, et divers appendices dont quelques-uns servent à l'animal de moyen de défense; telle est par exemple une corne bifurquéo, rétractile, que portent toutes les chenilles de l'ordre des lépidoptères. Cette corne, dans le repos, est ordinairement cachée; mais quand la chenille est tourmentée, elle la fait sortir, soit tout entière, soit seulement une de ses branches. Cet appendice ne donne issue à aucune liqueur. 11 n'en est pas de même d'une corne de même apparence que porte la chenille d'un papillon nocturne appelé vulgairement chenille à queue fourchue du saule; les extrémités de la corne sont percées comme une pomme d'arrosoir, et quand l'animal est tourmenté, il peut lancer une liqueur caustique dont l'effet est de peu de durée. Enfin quelques larves de l'ordre des coléoptères possèdent aussi des appendices membraneux qui, lorsqu'on les touche, laissent sécréter une humeur plus ou moins fétide. C'est encore là un moyen de défense.
Charmante récluse, regardez donc les chenilles; elles en valent bien la peine; suivez-les de l'œil; admirez ce que Dieu a fait pourelles ; mais tenez-vous en là, car le contact serait fatal à votre peau de satin : ici il ne faut pas que les extrêmes se touchent.
Et maintenant, un pas en arrière : nous vous avons dit, madame, que certaines larves pèsent, en naissant soixantedix mille fois moins qu'après avoir pris tout leur accroissement. # 43
Cela est exact, et nous ajouterons, pour achever de vous édifier sur ce point, que certaines larves, celle de la mouche vivipare, par exemple, que l'on appelle vulgairement mouche à viande, pèsent cent cinquante-cinq fois plus vingt-quatre heures après leur naissance qu'au moment où elles sont sorties du sein de leur mère. Quelle prodigieuse croissance! C'est-à-dire que si un enfant, né dans les conditions ordinaires, croissait dans cette proportion, il pèserait, le second jour de sa naissance, plus de dix-huit cents livres!
N'est-ce pas, madame, qu'au simple énoncé de ces vérités, la pensée s'effraie d'abord et grandit ensuite? Quel vaste champ, et comme cela fait rêver.
Cet accroissement si subit a nécessairement de graves conséquences; au bout de quelques jours la peau de l'animal se flétrit, se tend, se dessèche; la larve ne mange plus ou presque plus; elle souffre dans cette étroite prison, et elle succomberait si bientôt cette enveloppe ne cédait aux efforls qu'elle fait pour en sortir; cette peau primitive se fend d'abord sur le crâne, puis elle s'ouvre successivement dans toute la longueur du corps. La larve alors en sort revêtue d'une peau nouvelle, parée de nouvelles et fraîches couleurs. C'est une renaissance complète, une vie nouvelle qui commence.
En même temps que la beauté et la fraîcheur, la santé revient, l'appétit renaît, les forces augmentent, et cela dure jusqu'à ce que la peau nouvelle, à son tour, devienne insuffisante; alors le phénomène que nous venons de décrire se reproduit, et cela se renouvelle quatre ou cinq fois en quelques semaines.
ËNT0M0L0U1E DES DAMES.
Et pour voir tous ces miracles, madame, il suffit de nourrir pendant un mois, et moins, quelques pauvres chenilles, créatures infimes, qui semblent au premier aspect déshéritées de toutes les joies de la vie, et que le Créateur a comblées des dons les plus précieux, les plus merveilleux, nous dirions les plus incroyables, si ces prodiges ne s'accomplissaient pas chaque jour sous nos yeux.
Mais ce n'est pas tout, nous ne sommes pas à bout d'enchantements; après être ainsi rajeunie quatre ou cinq fois, la chenille ou larve songe à préparer son linceul, elle le fiîe, elle le tisse, elle s'en fait une enveloppe solide, une espèce d'œuf, appelé cocon [fig. 1), dans laquelle elle s'emprisonne complètement. Là, elle ne mange plus, ne se meut plus, ne respire plus, elle est morte. Mais, non, nous l'avons dit, on ne meurt pas, on change de forme, voilà tout.
Enfermé dans ce tombeau, l'insecte passe à l'état de nymphe ou chrysalide. Si l'on ouvre le cocon à cette époque de la transformation, on trouve à l'intérieur une sorte de momie de l'aspect le plus singulier [fig, %).
Fig. l.
Fig. 2.
Le temps que l'insecte doit demeurer en cet état est plus ou moins long, selon les espèces et selon la température; ce temps peut être aussi allongé ou diminué par des causes jusqu'à présent demeurées inconnues; ainsi, parmi des larves toutes écloses d'une même ponte, et qui sont arrivées en même temps à l'état de nymphe, une partie sort de cet état au bout de quelques jours, tandis que les autres n'en sortent que l'année suivante à la même époque. Dans ce dernier cas, l'insecte est donc demeuré pendant plus d'une année sans mouvement, sans prendre de nourriture, sans aucune apparence de vie.
Mais si la durée du temps qu'il doit passer en cet état est incertaine, il n'en est pas de même de l'heure où il doit renaître : pour quelques espèces, cette renaissance n'a jamais lieu qu'au lever du soleil; d'autres espèces ne reviennent à la vie qu'à midi précis, et d'autres encore à sept heures du soir.
N'est-il pas vrai, madame, que pour qui a observé toutes ces choses, il ne peut plus y avoir d'étonnements? Celui-là ne peut plus qu'admirer et adorer.
L'heure étant venue où la nymphe doit sortir de son tombeau, sa peau se fend sur le dos, et l'insecte se dégage aussitôt ; la plupart de ceux qui sont pourvus d'ailes prennent leur vol à l'instant même; d'autres restent dans le lieu où s'est accomplie la métamorphose, jusqu'à ce qu'ils aient acquis les forces nécessaires pour courir le monde : c'est une nouvelle enfance.
Tous les insectes ne subissent pourtant pas une métamorphose aussi complète; il en est qui naissent sous la forme qu'ils doivent toujours conserver; ceux-là changent de peau
ENTOiM OLOG [ K DES DAMES. 173
plusieurs fois, mais leur organisation demeure la même. Chez d'autres, la larve, en naissant, est semblable à l'insecte parfait, moins les ailes, qu'elle doit acquérir plus tard; ce n'est donc qu'une métamorphose partielle. Mais la métamorphose est complète chez tous ceux qui, devant être pourvus d'ailes, naissent sous la forme d'un ver, comme la mouche domestique, ou d'une chenille, comme les papillons.
Et maintenant, charmante récluse, ne parlez plus de solitude; vous le voyez, il y a des mondes dans votre délicieuse retraite : sur vos vertes pelouses, dans les arbres de votre jardin, partout vous êtes environnée d'une foule de créatures merveilleuses. Tout cela est sorti de la main de Dieu; tout cela vit, sent, aime; car sentir et aimer sont les deux grandes lois du monde, les premières conditions de la vie. En vain, par la retraite, cherche-t-on à s'y soustraire : il y a de l'amour dans l'air.
C'est ici, madame, qu'il faut vous armer de tout votre courage; l'instant est venu de recourir au scalpel.
L'insecle est arrivé à l'état de perfection, après avoir passé par toutes les phases que nous vous avons dites; nous le
voyons, nous l'admirons, mais nous n'avons de sa structure, de son organisation, qu'une connaissance très-imparfaite, et qu'il est indispensable de compléter afin d'arriver à celle des ordres, des familles, des genres, des espèces. S'il est quelque chose de moins plaisant qu'un savant, c'est à coup sûr le demi-savant. Faire de vous, belle solitaire, une demi-savante, serait un crime que nous ne nous pardonnerions jamais.
Faites donc, nous vous en conjurons, appel à toute votre fermeté, et de vos doigts mignons saisissez cette cigale qui
chante à vos pieds 11 faut qu'elle meure : c'est par l'examen
des morts qu'on étudie la vie, et puis recevoir la mort d'une main si jolie ! nous savons des gens qui seraient jaloux de l'insecte.
La cigale morte, nous la coupons en cinq parties, de cette manière :
1, la tête; 2, première partie du tronc; 3, deuxième partie du tronc ; 4, troisième partie du tronc; 5, abdomen ; aa, antennes; bb, première paire de pattes; ce, élitres; dd, deuxième paire de pattes; ee, ailes; ff, troisième paire de pattes.
Voilà l'insecte parfait.
Outre ces organes extérieurs, la plupart des insectes ont
encore des palpes ou antennuks, petites parties qui ressemblent aux antennes, sont situées près de la bouche au nombre de quatre ou six, et servent à palper la nourriture.
La tête des insectes est-elle réellement privée de cervelle, comme l'affirment quelques auteurs? C'est ce que nous ne nous permettrons pas de décider; nous dirons seulement que le cerveau étant le siège de toutes les sensations, il n'est guère probable que des animaux, dont quelques-uns des sens sont fort développés, soient dépourvus de cet organe.
Les yeux sont certainement la partie la plus merveilleuse de la tête de l'insecte. Ces yeux ne sont pas simples comme les nôtres, mais formés d'une quantité presque fabuleuse de petits yeux groupés avec une symétrie que le microscope seul permet d'admirer. Peut-être hésiterez-vous à croire, madame, que la mouche qui vole dans votre appartement n'a pas moins de seize mille yeux, et pourtant cela est exact; ils ont été comptés avec le plus grand soin. Mais les papillons sont encore bien plus favorisés sous ce rapport, puisque quelquesuns en ont plus de trente-quatre mille.
Ces yeux sont recouverts d'une enveloppe coriace appelée cornée, matière assez dure pour résister aux corps qui pourraient les heurter, ce qui explique l'absence de paupières.
Certains naturalistes prétendent que, malgré celle quantité d'organes de la vue, les corps environnai] Is ne s'offrent pas plus multipliés aux regards des insectes, que nous ne les voyons doubles avec nos deux yeux. Cela est possible, nous dirons même vraisemblable; et cependant cela est contraire
au résultat d'une expérience faite par un des mailres de la science. Ce patient investigateur étant parvenu à détacher les cornées d'un papillon, reconnut, après avoir lavé les surfaces intérieures avec de l'eau, qu'elles étaient transparentes. Il plaça une de ces cornées sous la lentille d'un microscope, pointée sur un soldat qui se trouvait là, et il put voir aussitôt une armée de pygmées; il n'y avait qu'un soldat, et il en voyait plus de dix-sept mille, chaque œil reproduisait le même objet.
Mais il faudrait écrire cent volumes pour mentionner seulement les principales expériences et particularités de ce genre; vous ne nous liriez pas, madame, et vous auriez raison, car l'extrême diffusion ne mène qu'à la confusion. Et puis, il faut bien le dire, nous craignons l'ennui, cet ennemi impitoyable des longs conteurs et des dissertations trop prolongées. Nous nous bornerons donc à dire que, indépendamment de cette multitude d'yeux composés, un grand nombre d'insectes en ont encore trois autres, parfaitement lisses, et placés ordinairement sur le sommet de la tête.
Quelle est la cause de cette profusion? Son auteur seul le sait; et cela suffit pour que nous croyions cette profusion nécessaire.
Les autres parties de la tête sont : le front, partie la plus élevée, les joues, le chaperon, pièce qui se trouve entre le front et la lèvre supérieure, et entin la bouche, composée de six pièces bien distinctes, presque toujours : une lèvre supérieure, deux mandibules, deux mâchoires et une lèvre inférieure.
Mais la disposition de ces pièces est très- variable; elles peuvent former une trompe, un bec ou un suçoir.
La seconde partie du tronc de l'insecte, qu'on appelle aussi thorax, poitrine, corselet, est presque toujours formée de trois portions (voir plus haut). Au-dessous de ces trois pièces du tronc, se trouve une partie plate, à la formation de laquelle chacune d'elles participe plus ou moins ; mais particulièrement la pièce du milieu, appelée sternum. En dessus, il en est de même d'une autre pièce, très-large dans quelques espèces, et qu'on appelle Yécusson.
Vient ensuite Y abdomen, qui est la dernière partie du corps de l'insecte. Dans un grand nombre d'espèces,' cette partie du corps de l'animal est terminée par des appendices; chez les unes, c'est une queue qui leur donne la faculté de sauter; chez les autres, ce sont des pinces, des tarières, et chez d'autres encore, comme l'abeille, la guêpe, c'est un aiguillon caché, arme redoutable que l'animal peut faire sortir du fourreau avec la rapidité de la pensée, et qui peut faire des blessures mortelles, quand elles sont multipliées.
Voilà pour l'anatomie extérieure; passons, s'il vous plait, à l'examen des organes intérieurs.
À partir de la bouche commence un tube digestif, tantôt
droit, tantôt flexueux ou enroulé sur lui-même, et qui présente
cette particularité qu'en général sa longueur est en rapport
avec la nature de l'aliment dont se nourrit l'insecte. Si ce dernier
est carnassier, le tube digestif ayant moins à faire, puisqu'il
agit sur une substance déjà animalisée, est court; chez l'insecte * 45
herbivore, au contraire, il est long relativement, et de nombreux vaisseaux viennent y verser la bile et la salive sans lesquels l'acte de la digestion ne pourrait s'accomplir.
Examinons maintenant l'appareil respiratoire, il en vaut la peine.
Peut-être, madame, voyant que les insectes mangent et digèrent comme les autres animaux, avez-vous pensé qu'ils respiraient aussi de la même manière; il n'en est rien : de chaque côté, sur les parties latérales du tronc et de l'abdomen, se trouve une série de petites ouvertures destinées a l'entrée de l'air, et qu'on appelle stigmates, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Des stigmates partent des canaux qui se portent à l'intérieur du corps pour y distribuer le fluide, et qui forment des branches et des rameaux qui vont se répandre et se perdre sur les membranes, dans les muscles, et jusque dans les ailes et les pattes; ces canaux se nomment trachées.
Mais quoi ! ce n'était pas assez pour les naturalistes d'avoir refusé à ces pauvres petits êtres un cerveau, des poumons; c'est le cœur maintenant qu'ils leur contestent : ils n'ont ni cerveau, ni poumons, ni cœur, et pourtant ils respirent, ils sentent, ils aiment! Quel renversement des idées reçues!... N'est-il pas vrai, madame, que c'est dans les infiniment petits que se révèlent les plus grandes merveilles de la création?
Mais au moins si l'on refuse cœur, cerveau, poumons, à ces frêles peuplades qui, nous n'en saurions douter, vous intéressent chaque jour davantage, on ne peut leur contester des sens. L'organe du tact est répandu partout dans la première
phase de la vie; plus lard, lorsque l'insecte parfait se revêt d'une peau coriace et cornée, il se réfugie à l'extrémité des antennes et antennules.
T.e goût est certainement développé, puisque les mouches, les papillons, les abeilles, attirées par certaines substances, les abandonnent aussitôt après y avoir goûté, si elles ne leur plaisent point, et s'en repaissent si elles sont à leur convenance.
L'odorat est exquis, on n'en saurait douter en voyant des myriades d'insectes attirés par l'odeur de certaines fleurs situées à des distances considérables du point de départ; mais quels sont les organes appropriés à ce sens? On présume qu'ils sont dans les stigmates dont nous venons de parler; les choses alors se passeraient d'une manière analogue à ce qui arrive chez les animaux supérieurs, où. les émanations odorantes sont portées avec l'air dans les narines, et perçues sur la membrane pituitaire qui les tapisse.
Quant au sens de l'ouïe qui est également fort développé, 0!i suppose que son organe a pour siège la base des antennes.
— On suppose, on présume, direz-vous, madame; la connaissance de l'organisation des insectes n'est donc pas complète, irréfragable?
— Hélas! non, elle ne l'est pas, et des siècles s'écouleront probablement encore avant qu'elle le soit.
— Des siècles!...
— Cela est effrayant pour nous qui vivons aujourd'hui et qui peut-être ne vivrons pas demain ; mais ce n'est pas la
chose qui effraye, c'est le mot : pour qui ne sent plus, ne mesure plus le temps, mille siècles sont moins qu'une
seconde Pardon, madame, c'est d'histoire naturelle que
nous devons vous entretenir, et voilà qu'à propos d'une mouche nous faisons de l'abstrait. Arrière les chagrinantes digressions, et restons dans ce monde le plus longtemps possible , vous pour l'embellir, nous pour admirer. Et puis il n'y a de conjectural dans cette organisation que quelques particularités, et il nous reste à vous dire tant de choses certaines et prodigieuses que vous vous consolerez aisément, nous l'espérons, des rares lacunes que nous n'aurons pu combler.
Jusqu'ici, madame, nous ne vous avons rien dit des mœurs, des amours des insectes. C'est que, sur ces points qui constituent la vie entière, les nombreuses peuplades, dont nous esquissons l'histoire, diffèrent essentiellement, selon les ordres, les familles, les espèces, cl qu'il est impossible de généraliser.
Toutefois, nous n'avons rien oublié : nous vous avons promis des pastorales touchantes, des drames terribles, des duels, des batailles rangées; et tout cela, en effet, trouvera sa place dans
nos lettres, à mesure que nous examinerons chaque ordre, chaque famille, chaque genre, ou au moins les principaux genres de chaque famille, afin d'éviter une nomenclature fastidieuse qui n'aurait d'autre résultat que de fatiguer la mémoire sans profit pour la science.
Avant d'en arriver là, nous avons dû vous entretenir des connaissances générales indispensables, qui peuvent se résumer ainsi : les insectes forment une classe d'animaux invertébrés, limitée aux espèces qui offrent les caractères suivants : corps formé de segments, ayant, en outre, une tête distincte pourvue d'antennes, d'yeux composés, et quelquefois d'yeux simples; un canal digestif; des appareils sécrétoires, des trachées pour la respiration; six pattes; souvent des ailes; des sexes séparés, et subissant des mues ou des métamorphoses plus ou moins complètes.
Nous passons maintenant à la description des individus, en commençant par les