SCÈNE TROISIÈME
MADELEINE
Sais-tu les souvenirs lointains que tu remues ? — Avec toi que de fois, Hubert, je les ai lues, Les scènes où le cœur du poète parla, Ois?
HUBERT
Et l'amour nous vint un peu comme cela...
MADELEINE
Presque enfants, nous étions déjà, sans bien comprendre, Charmés par la douceur du dialogue tendre...
HUBERT
Et, plus grands, c'est ainsi que nos aveux premiers Se firent...
MADELEINE
C'est alors, Hubert, que vous m'aimiez!
Que d'absences depuis! sans la moindre pensée Pour la petite fille au logis délaissée!
HUBERT, avec amour.
Méchante ! tu sais bien que c'est faux ! qu'au logis,
La crainte de trouver tes yeux un peu rougis
Me ramenait bien mieux qu'un sermon du grand-père.
Et puis, quels changements le mariage opère!
Adieu folie ! adieu les cornets hasardeux :
L'intimité sans fin, les gais repas à deux,
Le foyer doux et chaud feront ma seule envie.
Et l3 soin de t'aimer sera toute ma vie !
MADELEINE
Le théâtre, pourtant, en réclame une part...
HUBERT
Pour le comédien amoureux de son art.
Que le quinteux public effraie ainsi qu'un juge, Ta tendresse sera douce comme un refuge... Elevés tous les deux auprès de mon aïeul,
Ce qui m'a fait t'aimer n'est pas ton charme seul : Ton cœur vaut ton esprit, ton esprit vaut ta grâce.. Tiens ! un lien secret fait que je vous embrasse, Ce grand Molière et toi, dans mon culte fervent.
MADELEINE
Que veux-tu dire?
HUBERT
Eh bien, j'ai cru te voir souvent Un air de parenté piquante et singulière Avec l'aimable essaim des filles de Molière ; Oui, je retrouve en toi, vivant et reflété. Tout ce qu'a de plus vrai leur ingénuité : Non, certes, l'ignorance innocemment rusée Qui, chez la pauvre Agnès, firovoque la risée; Mais cette candeur libre et ce noble enjouement Dont Henriette montre un exemple charmant... Et tant d'autres, non moins simples et naturelles I... Un astre heureux a dû te modeler sur elles...
MADELEINE, émue.
Hubert, c'est se moquer que de flatter ainsi !
HUBERT, cherchant à l'embi-asser.
Mes lèvres, au besoin, signeraient...
MADELEINE, se défendant un peu.
Grand merci ; Je ne saurais payer l'excès dont tu me loues...
HUBERT, la prenant dans ses bras.
Je vais donc me payer, moi-même, sur tes joues !
MADELEINE
Hubert!...
HUBERT, passionnément.
Je t'aime!
Au moment oU Hubert embrasse sa cousine, Noël paraît.