LA DERNIÈRE PARABOLE
— Je ne fais nulle promesse. Mais si, grâce, à la retraite, je sens de nouveau en moi un excès de force et de pensée, alors je reviendrai, non point certes vers vous, mais vers d'autres hommes. Les meilleurs d'entre vous, il ne faut plus qu'ils reçoivent, de peur qu'ils deviennent paresseux et incapables de tout effort. Le père apporte à manger à ses fils tant qu'ils sont faibles et petits. Mais, s'il continuait, quand il mourrait, ses fils mourraient aussi, ne sachant point trouver eux-mêmes leur nourriture. Quand je reviendrai parmi les hommes, vous n'aurez plus besoin de moi. Toi-même, mon Eubule, tu ne t'approcheras que pour un rapide salut et un souvenir joyeux. Mais peut-être d'autres auront faim et soif et ils entoureront la fertilité retrouvée de mes branches et ils mordront à la saveur de mes fruits.
— Maître, dit Eubule, tu déchires mon cœur; et cependant je n'ose contredire ta sagesse. Mais ce n'est pas dans une vallée que nous devons nous quitter. Montons ensemble sur la montagne. Nous jouirons en commun d'un grand spectacle et c'est sur un sommet, après un effort vaillant, que nous nous séparerons. Peut-être aussi, comme on fait un présent à l'hôte qui s'en va, tu nous diras là-haut, en adieu, une dernière parabole.
— Venez donc, ô mes fils. Et, si la Gère montagne ou le spectacle large me content une fable, je vous la répéterai.
Or, quand ils furent au sommet, ils regardèrent longtemps la plaine et le ciel. Puis sur
le pic étroit ils s'assirent pressés les uns contre les autres. Et ils se taisaient attendant avec émotion.
Psychodore regardait toujours comme si, en effet, les choses accumulaient des paroles au vase de son silence. Mais une légère brise se leva qui le fit frissonner. Alors, comme chante sous le plectre une lyre longtemps silencieuse, Psychodore parla.
Jamais il n'y eut dans ses yeux et dans son accent autant d'enthousiasme; jamais il n'y eut sur ses lèvres plus de sourire et de doute.
Mais il fît entendre, avant le cantique éperdu, le frémissement et l'incertitude de ce prélude :
— Rajeuni par un bain de moi-même, j'étais venu vers vous, ô mes fils, avec sur mes lèvres de vieillard le chant matinal de l'alouette. Voici que tombe sur moi un nouveau soir et mes yeux ont soif de repos. Entendez donc la chanson crépusculaire. Puisse-t-elle, comme ce soleil qui se couche, déployer vers vos âmes une lumière héroïque!
Dieu songeait : « Je suis puissant. » — Et les âmes des rois étaient irradiées.
Dieu se demandait : « Sur quoi s'exerce ma puissance? » — Et dans les espaces étaient semées, avec notre terre, des myriades de terres sur lesquelles les rois se découpaient des royaumes.
Dieu affirma : « Je suis tout puissant ». — Et du centre glorieux jaillirent sur tous les mondes