‹ Les paraboles cyniquesChapitre 43 sur 44 · LA DERNIÈRE PARABOLE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE PARABOLE

des âmes violentes et avides, des Cyrus, des Xerxès, des Alexandrcs.

Mais l'Etre s'interrogea : « Suis-je vraiment tout-puissant? » Et il se répondit : « Nul pouvoir n'existe en dehors de moi et de ce qui vient de moi. Mais suis-je puissant à tel point que rien ne soit impossible? Comment le saurais-je? Toute pensée de moi est créatrice, de sorte que pour moi l'impossible et l'impensable se confondent ». Il reprit : « Je ne puis môme connaître l'impossible. Je ne puis savoir quelles sont mes limites, ni si je suis limité. O l'étrange faiblesse » . .

— Or, pendant cette méditation réactive, des ombres de négation s'étaient projetées sur les mondes auprès des flammes conquérantes irradiées naguère. Chaque Cyrus était guetté par une Thomyris. La route de chaque Xerxès, tout à l'heure large et lumineuse comme la mer, s'enténébrait et se rétrécissait en un défdé où un Léonidas veillait. Près de chaque Alexandre, surgissaient un Porus impuissant et une grande coupe débordante de tant de vie qu'elle donnerait la mort.

Le Créateur regarda les univers livrés aux tyrans et auxmeurtriers des tyrans. La lutte entre ceux qui disent toujours : « Oui » à eux-mêmes et ceux qui répondent : « Non », lui parut sombre.

Il regretta : « Hélas! les terres que j'ai créées sont mauvaises. » — Et ce repentir versa des déluges d!eau et de feu.

Dieu pleura d'avoir eu ce remords malfaisant.

— Et des êtres doux et faibles, de longues théories gémissantes, errèrent dans les mondes.

« Pourtant je suis bon, se dit l'Etre. La bonté est un ressort toujours tendu et qui ne s'endort point. » — De grands dévouements actifs émanèrent. Et Dieu sourit aux Héraklès.

Or l'Esprit avait eu beaucoup d'autres rêves, beaucoup d'autres pensées.

L'Unique avait affirmé : « Je suis l'Evidence, x — Et il y avait eu les Pythagores, les Parménides, les Empédocles, les Platons, tous les mystiques, les extatiques, les voyants de l'invisible, les bégayeurs de l'ineffable.

L'Immense avait songé : « Infini dans le détail je suis impossible à embrasser tout entier. » — Et ceux qui tâtonnent dans les ténèbres saisissant de petites vérités particulières à leur univers, mais qui ne verront jamais ni le Centre ni le Cercle, avaient paru, courbés et inquiets.

La Pensée créatrice avait dit : « Je suis la Beauté. » — Et les Homères avaient chanté sur la lyre; les Phidias avaient donné aux marbres la vie harmonieuse; les Parrhasios et les Apelles avaient fait sourire les toiles sereines.

Quand Dieu eut beaucoup pensé il compara les créations de sa pensée avec lui-même. Et il dit, stupéfait : « Voici que j'ai donné plus que je n'ai gardé. Voici que l'ensemble des mondes est devenu plus grand que moi. » — Et cet étonnement créa les âmes aveugles des athées et des négateurs.

Or le Généreux s'aperçut que sa puissance diminuée ne produisait plus que des êtres trop incomplets, misérables et malfaisants. Alors, — comme le cynique qui ne peut plus rien pour les

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