‹ Les paralogismes du rationalismeChapitre 109 sur 127 · A. - LE SOCIALISME ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

A. - LE SOCIALISME ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Dans l'Introduction de cet ouvrage, nous avons déclaré que le Rationalisme classique a donné naissance à l'idéologie révolutionnaire, dont est issu le socialisme égalitaire. Un historien très qualifié n'a pas manqué de nous avertir : cette thèse doit être tenue a priori pour erronée, car la Révolution n'a pas été socialiste, comme M. André Lichtenberger Ta parfaitement établi. En présence d'un tel grief, il serait trop aisé de répondre qu'il n'y a là qu'une simple affaire de définition nominale et, par suite, de convention; et que, si M. Lichtenberger prétend que la Révolution ne fut que peu ou prou socialiste, si M. Espinas prétend qu'elle ne fut que cela et M. Deschanel quelle ne le fut surtout pas, c'est qu'apparemment ces trois auteurs ne désignent pas du même nom la môme chose. Pour les en excuser, il suffit de songer, par exemple, à tout ce qui sépare, d un siècle à l'autre, le communisme naïf de Babeuf du socialisme d'Etat, savant et éclectique, de M. Otto Bauer', qui est la dernière nouveauté en matière de socialisme. Mais, plutôt que de nous dérober devant l'objection, il vaut la peine de revenir sur un sujet si éminemment passionnant, si passionnément discuté, en tâchant de l'éclaircir par quelques distinctions"-.

Dès qu'on aborde l'histoire des idées, il convient de faire un rigoureux départ entre les intentions et les faits. S'il est établi, par exemple, que les hommes de la Révolution pour-

' OLto Bauer, U Marche au socialisme, trad. Caussy (Pages socialistes), 1, Paris, 1919.

- Cf. P. Janet, les Origines du socialisme contemporain; Espinas, la Philosophie sociale du XV JII' siècle et de la Révolution; Aulard. Histoire polititfue de la Révolution française: Ph. Safrnac, la Législation civile de la Révolution française: André Lichtenberj,'er, le Socialisme et la Révolution française; Fap:uet, Discussions politiques, p. !-63, p. 3o7-36o; Problèmes politiques du temps présent, p. i35-iSi; le Socialisme en 1907, p. «8-63. L. Cahen et R. Guyot, rOEuvre législative de la Révolution'^ A. Mathiez, le Bolchévisme et le jacobinisme, ap. Scientia, janvier 1920, p. 02-65.

suivirent des fins socialistes, telles que l'égalisation des conditions, à l'aide de moyens législatifs inopérants, qui aboutirent à établir précisément un ordre de faits contraire à leur idéal, il reste qu'il faut les juger, tour à tour, au point de vue de leurs intentions, des moyens préconisés et des principes par eux invoqués, puis des résultats immédiats et des conséquences éloignées de leurs actes, pour apprécier sainement, dans quelle mesure et à quel titre, ils favorisèrent ou contrarièrent le socialisme.

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