L. KoiGiER
114 LES PARALOGfSMES DU RATIONALISME
vérités ont existé de toute éternité, qui ne sont pas Dieu luimême; — Multie veritates fuerunt ab œterno, r/iix jwji sunf ipse DeusK » Saint Thomas, dans le De Veritate^ déclare : « Encore que la forme exemplaire ou l'idée soit en quelque sorte la raison ou la fin , et que l'artiste reçoive d'elle la forme qu'il réalise comme si elle était placée en dehors de lui ; ce n'est pas une raison pour admettre que Dieu agisse en vue d'une fin extérieure à lui-même, et qu'il reçoive d'ailleurs d'où tirer une raison suffisante d'agir ; aussi ne pouvons-nous pas admettre que les idées agissent en dehors de Dieu, mais seulement par l'esprit divin-. » Dans la Somme, il s'exprime comme suit : « Tout ce qui est nécessaire est éternel. Mais beaucoup de choses sont nécessaires, tels que tous les principes des sciences démonstratives et toutes les propositions démontrées. D'où suit que Dieu n'est pas seul éternel. — A cela, il faut répondre que nécessaire s'entend d'un certain mode de vérité. Mais le vrai, comme l'enseigne le Philosophe (Met., lih. vi^ texte 8) demeure dans l'intellect. Conformément à cela, les propositions vraies et nécessaires sont éternelles, parce qu'elles sont dans l'intellect éternel, qui est l'entendement de Dieu seul. D où il résulte qu il n'y a pas quelque chose en dehors de Dieu qui soit éternel-^. » Ainsi, si Dieu n'existait pas, il n'y aurait pas de vérités éternelles : Si Deus non esset, nihilominus istee veritates essent verse.