‹ Les paralogismes du rationalismeChapitre 36 sur 127 · I. — L'Eléatisme · texte numérisé non relu

I. — L'Eléatisme

En métaphysique, le paralogisme ontologique a joué un rôle encore plus important que dans les sciences positives. Aristote l'a dénoncé le premier dans son Traite de la Réfutation (les Sophismes. Il y condamne ce sophisme qui consiste à conclure de la définition dun objet à l'affirmation de son existence, comme lorsqu'on argumente, pour prouver que le non-être existe : el z6 fir) ov hzi doix-.ôv, o-.i -i yr, ov è'an. Ce sopiiisnie résulte de la confusion du sens copulatif du verbe £77'. dans les jugements de prédication, et de son sens existentiel et absolu dans les jugements d'existence : aJ yxp TaJtôv cbjy.1 -ézi y.x\ êyxL aTrA'y); '. Dans le De Interpretalione, un autre exemple du même sophisme nous est donné : "Oy-ripôç h-i zi, oh-j T.ovnx'hi' 3c; oZv /.'A 'é'j-.i. 'h o'j-. Cette distinction passera chez les Scolastiques latins qui, à l'exemple de Boèce, dénommeront l'existence esse, et l'essence esse aliquid.

Le paralogisme précédent vicie l'Eléatisme et toutes les théories qui en dérivent. Parménide, pour ne pas parler de Mélissos qui, au dire d'Aristote, ne mérite point la discussion, part de cette jjrémisse erronée : la notion d'être est univoque ('i/îv5/;ç uh, r, àrJ/Jiç /.aucdcvîj ro ô'v }Jys<79xi, 'Ksycy.ho-j T:oX/.xyfj)z'^) . Gomme l'être et l'un sont convertibles, Xkyv.M à'iaay~ù; To O'J Y.xi -.0 £v'', il en conclut que l'être seul existe et qu'il

' Soph Elenchi, 5-167", 1-2.

- llermeneia, 11-21'', 23-26.

• l'hysique. I, 3-186", 24-2; et sœpe

- Met., I 2, to53K 2'.

loi LES PARALOGISIIES DU RATMK)T.4L1SME

est un : par suite, la multiplicité et le devenir sont choses illusoires. Mais l'être et l'un s'entendent de beaucoup de façons : tô h rSû.y.yJù^ Ikyz-.xi ô^j^ip v.yX ~o c-j^. L'être n est pas un genre suprême, comme le pensait Platon; il n'est l'essence de rien : to cÎ'îjvj:£ oj/~ OjjIx ojàs-Ji' cC yy.p yé'jo^ rô ov -. Comme l'un, il s'attribue analogiquement à la substance et à toutes les catégories dérivées. Admettre l'univocité de l'être, c'est se condamner' à ne pouvoir pas mOme énoncer ce jugement: l'être est un ; en effet dire de l'Un qu'il existe, c'est attribuer l'être à quelque chose d'autre que lui-même, et, par conséquent, au non-être. Tout discours et toute science deviennent désormais impossibles.

C'est ainsi que, pour échapper à 1 Eléatisme qui est le premier exemple en métaphysique du paralogisme ontologique, Arislote pose les fondements de la théorie des catégories et des transcendentaux que développeront considérablement par la suite les Scolasticpies, en particulier saint Thomas et son commentateur Cajetan. C'est la doctrine de l'analogie de l'être, qui permettra aux Theologiens.de se soustraii*e au panthéisme des Chartrains, tout comme elle permet .déjà au Stagyrite de s'affranchir du monisme des El^ates. Sur ce point, Aristoteet saint Thomas sont tout à fait d'accord : « L'erreur de Parménide, déclare l'Ange de l'Ecole, a été de croire que l'être est univoque comme un genre. Mais en réalité, l'être n'est pas un srenre, et il se dit des différents êtres en des sens très divers : Ens enini non est genus, sed multiplicité r dicitur de diversis^. »

'aporie de l'un et du multiple.

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