‹ Les paralogismes du rationalismeChapitre 64 sur 127 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Incessamment, dans l'examen des arguments rationalistes, nous avons rencontré le Réalisme. L'argument a constantia suhjecti n'a de sens que par lui ; pour entendre 1 argument ontologi(|ue de Descartes, il faut interposer, entre les notions subjectives de notre esprit et les individus concrets empiriquement existants, le monde des essences réelles qui sont les idées de Dieu; les contradictions de Leibniz tiennent en partie à ce ({ue le logicien est gêné en lui par l'ontologiste. Il est indispensable, pour ruiner définitivement les arguments rationalistes, d entreprendre le procès du Réalisme.

Pourquoi le Rationalisme conduit-il inévitablement au Réalisme ; quel lien intime unit le réalisme à la croyance en des vérités a priori, inconditionnellement nécessaires et indépendantes de notre esprit, c'est ce qu'il convient tout d'abord d'examiner. Pour cela, il suffit de songer aux rapports des jugements et des notions.

Toute notion condense implicitement un nombre considérable de jugements ; ou mieux' son contenu s'explicite par un nombre considérable de jugements, Eneifet, sa compréhension est formée, dans le cas le plus simple, par l'ensemble des jugements prédicatifs que l'on peut formuler en prenant cette notion comme sujet : son extension est formée par l'ensemble des jugements prédicatifs que l'on peut formuler en prenant cette notion comme attribut. Dans le cas des notions premières d'une théorie déductive, une notion est caractérisée équivo-

quement par les principes formateurs et les axiomes de relaiion de la théorie. A ce point de vue, on peut dire, comme l'exposait récemment M. Go.blot dans son Traité de Logique, que le jugement est antérieur, en fait et en droit, au concept. De préférence, nous dirons qu'il est impossible de les séparer l'un de l'autre, et que formuler des jugements équivaut à élaborer des notions.

Si donc l'on croit qu'il existe des jugements a priori à.oni la vérité est indépendante de notre esprit, il faut admettre qu'il existe des notions corrélatives a priori et objectives, c'est-àdire correspondant adéquatement à des « natures » ou à des « essences » immuables, existant indépendamment de notre représentation : c'est en quoi consiste le réalisme.

Suivant que l'on considère ces natures ou essences comme faisant partie d'un monde à part, ou comme réalisées dans le monde sensible, on a deux formes distinctes de réalisme : le réalisme transcendant, platonicien ou augustinien, et le réalisme immanent ou aristotélicien.

On peut encore, pour la commodité du sujet, distinguer le réalisme mathématique qui porte sur des objets dont l'existence logique est seule requise, et le réalisme des sciences de la nature, qui porte sur des objets empiriquement existants.

Nous étudierons, tout d'abord, le réalisme mathématique ; puis l'argument tiré des conditions de possibilité de science, commun à Platon et à Aristote. Nous examinerons ensuite les arguments propres au réalisme platonicien, et ceux caractéristiques du réalisme aristotélicien.

Nous consacrerons, enfin, deux chapitres, l'un à dénoncer les antimonies dialectiques nées de l'interprétation réaliste de la transcription conceptuelle du monde; l'autre à juger les tentatives extrêmes de l'entreprise rationaliste, qui consiste à prétendre reconstruire le monde a priori, à l'aide de simples concepts hypostasiés, en vertu du principe réaliste de la généalogie des êtres : ordo et connexio idearum est idem ordo et eonnexio reruni.

Cette étude constitue une sorte de contre-épreuve des deux premières parties. Si, en elfet, il est prouvé qu il n'y a pas de actions a priori et objectives dans notre esprit, il s'en suit qu'il n'y a pas davantage de vérités éternelles, indépendantes de notre esprit et de la nature.

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