‹ Les paralogismes du rationalismeChapitre 78 sur 127 · I. — Le Réalisme platonicien · texte numérisé non relu

I. — Le Réalisme platonicien

Le réalisme platonicien l'epose sur le principe fondamental suivant : l'élément de ressemblance, qui fait que nous rangeons une pluralité d individus distincts dans une classe commune sous une même dénomination, requiert une cause unique, extérieure à cette pluralité et supérieure à elle, qui est l'Idée en soi correspondant à la notion de cette classe. Par suite, toutes les notions générales que nous pouvons former par abstraction, en partant d'une collection d'individus singuliers, correspondent adéquatement à des réalités en soi, distinctes de ces notions et séparées de ces individus. Ces réalités transcendantes, appelées Idées par Platon, constituent un monde à part, le monde intelligible ou monde de l'être.

Les rapports existant entre les Idées et les individus sensibles, qui tirent d'elles leur dénomination, sont fort bien définis par Xénocrate : L'Idée est la cause exemplaire de ce quil y a de constant dans la nature. Cette causalité est appelée par Platon participation. Si l'on prend toutefois à la lettre l'allégorie du Tiniée, la participation des choses sensibles aux Idées se ramène à une imitation, comme le laisse entendre la définition de Xénocrate : le Démiurge informe la matière première sur le modèle des Idées qu'il contemple comme des paradigmes hors de lui. Si l'on assimile le Démiurge à Dieu, le monde des Idées à l'intellect divin, les Idées aux desseins de Dieu sur la création, le monde sensible au monde créé e.vnihilo, on a le réalisme augustinien. Si, enfin, on modifie l'augustinisme sur un point, en considérant les Idées, non

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plus comme des exemplaires distincts dans l'entendement divin, mais comme les différentes imitations possibles par les créatures de 1 essence divine, iinique Exemplaire, on a le Idéalisme thomiste.

Les rapports des Idées, qui ont une existence ontologique dans le monde intelligible, aux notions générales, qui ont une existence conceptuelle dans notre pensée, sont définis soit par la théorie de la réminiscence, soit par celle de l'intuition intellectuelle, vôcfii:. D'après la première théorie, lame a contemplé face à face les Idées dans une autre vie, avant de venir s'incarner dans le corps; la science qu'elle acquiert ici-bas n'est qu'une réminiscence, à l'occasion des données contradictoires des sens, d'un savoir antérieur. La théorie de la réminiscence est incompatible avec la théologie catholique, puisqu'elle suppose la préexistence des âmes. Pour l'accorder avec le dogme, il faut qu'elle se transforme en la théorie de l'innéité. Dieu a déposé en nous certaines notions communes, certaines semences de vérité, qui sont comme sa marque sur son ouvrage. La théorie de 1 intuition intellectuelle, que Platon présente tantôt comme le privilège d'une existence antérieure, tantôt comme le fait journalier de la vie quotidienne, devient chez les théologiens chrétiens, en particulier chez saint Augustin, chez Guillaume d'Auvergne ' et chez Malebranche, la vision en Dieu : l;i contemplation des vérités et des essences éternelles dans l'illumination surnaturelle de la lumière divine.

Qaelles sont les raisons particulières qui ont conduit Platon à dépasser le conceptualisme de Socrate pour le réalisme transcendant, en transformant l'unité logique du concept dans l'unité ontologique de lldée? A y regarder d'un peu près, elles S2 réduisent à un argument principal, le seul que nous retiendrons, connu sous le nom de /.ôyo: i/. r7>v tîcÔ; rc. Nous l'appellerons argument des decjrés, et, pour plus de commodité, nous en diviserons l'étude en deux parties : l'argument pris dans toute sa généralité, l'argument restreint aux notions de relation.

' Il convient de ranger définitivement Guillaume d'Auverg:ne à enté de saint Augustin et de Malebrauche, pour avoir soutenu comme eux « la vision en Dieu » Cf. Baumpartner, Die Erkenntncstheorie des Wilhelm von Auvergne (Beit. gescli. Phil. mill.), Munster. 1893.

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