‹ Les paralogismes du rationalismeChapitre 82 sur 127 · II- — Discussion de largument précédent · texte numérisé non relu

II- — Discussion de largument précédent

Le raisonnement précédent n'est ([ue le Ar/o: f/. tojv r:ç6; t£, appliipié aux idées de relation. En effet, il peut s'appliquer à toute notion afiirmée à des degrés divers d'un ou de plusieius sujets. Ainsi, dans le passage signalé du Théclète, Platon a biea soin d'ajouter que ce qui est vrai de la ressemblance et de la dilîérence, lest aussi « du beau, du laid, du bon, du mauvais ■" » ; dans celui du Phcclon, il déclare : « Ce que nous venons de dire ne s applique pas plus à légalité, qu'k la beauté même, au bien, k la justice, k la sainteté, et entîn à tout ce ((ui existe manifestement et n'est pour nous l'objet d'aucun doute ni dans nos demandes, ni dans nos réponses. » Dans une lettre au Père Mersenne, sur le livre de Herbert de Gherburv De La Vcj'ilé, Descartes applique le même argument à l'idée de vérité : « Il examine ce que c'est que la vérité; et, pour moi, je n'en ai jamais douté, me semblant que c'est une notion transcendantalement claire, qu'il est impossible d'ignorer; en effet, on a bien des moyens pour examiner une balance, avant que de s'en servir, mais on n'en aurait

' R'ponses à quelques critiques, ap. Rev. Met. et Mor., jaa\ ier 1897, p. 65.

- La Science et Vllypollièse, p. 9».

- Theètèle. 186 A, i3-i4.

point pour apprendre ce que c'est que la vérité, si on ne la connaissait de nature. Car quelle raison aurions-nous de consentir à ce qui nous l'apprendrait, si nous ne savions qu'il fût vrai, c'est-à-dire si nous ne connaissions la vérité^? ».

Que devons-nous penser de larg-ument des degrés étendu aux idées de relation? Tout d'abord, il ne prouve nullement la réalité objective de ces idées, car d'autres solutions restent possibles, celle des Griticistes par exemple, qui consiste à voir dans ces idées des catégories subjectives de notre entendement. C est précisément cette solution qu'envisage Poincaré au sujet du concept de groupe. Pour pouvoir, du lôyo; h. xwj npoç zi appliqué aux idées de relations, déduire le réalisme platonicien, il faut invoquer le principe ontologique de l'existence du maximum, en l'étendant aux notions de relation : Toute relation, existant à des degrés divers entre des individus différents, implique Vexistence en soi de cette relation, à un degré absolu de perfection. Mais il suffit de formuler ce principe, pour en dénoter l'absurdité foncière. Une relation ne peut subsister en soi, sans termes pour la soutenir. L'égalité est une relation binaire, symétrique et transitive, entre deux objets; et il est aussi impossible qu'il y ait une Egalité en soi, qu'il est impossible que sidîsistent en soi les relations d'ordre, telles que être situé sur ou précéder, ou les relations de parenté, telles que être le père de, être le fils de. C'est précisément là une nouvelle raison de rejeter l'argument des degrés pris dans toute sa généralité : s'il est valable pour une certaine catégorie d'idées, il est valable pour toutes les idées; mais il est absurde qu'il soit valable pour les idées de relation, donc il est faux qu'il soit valable pour les autres espèces d'idées,

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