‹ Les paralogismes du rationalismeChapitre 88 sur 127 · V. — Critique des conséquences du réalisme aristotélicien · texte numérisé non relu

V. — Critique des conséquences du réalisme aristotélicien

Les conséquences du réalisme péripatéticien suffisent à la condamner.

En droit, il est tout d'abord inadmissible de traiter d'accidentels, parmi les caractères que manifeste un individu, ceux qui précisément lui appartiennent en propre, au lieu que les caractères génériques ou spécifiques lui sont communs avec une multitude d'autres individus. Les Scolastiques l'ont si bien compris qu ils ont élaboré la théorie de l'heccéité, et Leibniz, la monadologie.

En fait, l'observation la plus vulgaire suffît à rejeter l'idée de l'invariabilité des caractères génériques et spécifiques, et, par suite, l'idée de l'égalité naturelle des individus d une même espèce. Locke a très pertinemment montré que les cas tératologiques, tels que les idiots de naissance dans l'espèce humaine, sont inexplicables, « si l'idée abstraite de l'essence, à laquelle on donne le nom d'homme, était l'ouvrage de la nature et non une diverse et incertaine collection d'idées

simples que l'esprit unit ensemble et à laquelle il attache un nom, après l'avoir rendue générale par voie d'abstraction^ ». Il établit clairement que la distinction des caractères essentiels et accidentels est relative à nos classifications subjectives : (( Ce qu'on appelle essentiel et non essentiel se rapporte uniquement à nos idées abstraites et aux noms qu'on leur donne^. » Dans la nature, il n'existe que des individus, dont tous les caractères sont également nécessaires, aussi bien un ntevus de la face, la courbe du nez ou le pigment de l'iris que la structure d'un organe essentiel comme le cœur ou le poumon . Les idées de genres et d'espèces sont des notions statiques, obtenues par abstraction, qui traduisent des liens de parenté et des similitudes organiques et fonctionnelles, mais auxquelles ne correspondent aucunes essences objectives invariables. Ces notions sont purement schématiques ; elles sont des coupes pratiquées dans l'évolution des phylums. Si on réalise ces abstrations statiques, on tombe dans les théories de la préformalion et de la fixité des espèces que la science a définitivement condamnées.

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