‹ Les Paralyses Récurrentielles DoublesChapitre 35 sur 47 · LEA · texte numérisé non relu

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depuis quelques jours. Elle a craché un peu de sang, el le confrère qui m'appelle pense à une tuberculose laryngée, d'autant plus qu'il lui a trouvé quelques signes pulmonaires.

Le début brusque et le timbre de la voix font penser à une paralysie récurrentielle avant même l'examen, qui me donne la surprise de la trouver double : il existe une double chaîne ganglionnaire du cou. Cette malade a été opérée dans des conditions aussi bonnes que possible, il y à trois ans, d'un cancer du sein gauche, et semblait, depuis, en très bon état. La radioscopie n'a pu être pratiquée, la malade étant à la campagne. Le diagnostic

est d'ailleurs suffisamment clair, ainsi que le pronostic.

Commentaires de l'auteur. — Ces deux observations m'ont paru de quelque intérêt, surtout à cause de leur étiologie, la plupart des paralysies récurrentielles doubles étant dues aux corps thy-

roïdes, à l’œsophage ou à l’aorte.

OBSERVATION IV

(René GarzLarp, présentation de malade, Annales d'O.-R.-L., 8 juill. 1935.)

Hérédo-syphilis laryngée chez un enfant de 11 ans.

Les caractéristiques de l’observation sont :

1° Les débuts aigus des accidents iaryngés à la suite d'une broncho-pneumonie qui fit croire à un croup diphtérique, et nécessitèrent un tubage d'urgence;

2° L'aspect un peu spécial des lésions laryngées, faisant plutôt penser à une tuberculose laryngée::

3° La présence d’autres stigmates hérédo-syphilitiques, la positivité des épreuves sérologiques et l'efficacité du traitement spécifique permettent d'affirmer la nature de cette laryngopathie.

OBSERVATION V

(Soc. d'O.-R.-L., 13 janv. 1936, Jacon.)

Paralysie des dilatateurs d'origine indéterminée

chez un enfant de 5 ans.

L'enfant B... (Claude) est présenté à l'examen parce qu'il soulfre de troubles constants de dyspnée laryngée avec cornage intermittent par moments; lorsqu'il pleure, il a de petits accès de suflocation. Depuis quinze jours, à la suite d’un coryza, sa voix est un peu enrouée; cet enrouement s'est d’ailleurs amélioré spontanément. Les troubles dyspnéiques datent d’un an; ils sont survenus sans épisode aigu manifeste; comme maladies antérieures pharyngo-laryngées, il à eu il y a deux ans une angine diphtérique sans phénomènes laryngés. Depuis lors, il a présenté l’année suivante, à deux ou trois reprises, des accès nocturnes de suffocation, qu'on a rapportés à une laryngite striduleuse. Il semble bien qu'il s'agissait en effet de faux croup, car, l'accès passé, la respiration et la voix sont toujours redevenues normales. Les troubles dyspnéiques actuels ne sont donc certainement survenus que depuis un an environ. Aucune -autre maladie; l'enfant est bien développé; il est surveillé par le médecin de la famille, qui ne lui à jamais rien trouvé d’anormal.

A l'examen, aucun stigmate d'hérédo-syphilis. Cependant, les antécédents héréditaires sont assez chargés. De ce côté, pour la deuxième génération avant lui tout au moins, le grand-père a eu des accidents certains el traités, ainsi que la grand-mère. Celle-ci a eu huit grossesses, quatre d’entre elles ont donné des enfants mort-nés. Le troisième enfant est mort de méningite dans les premiers mois de sa vie. À la quatrième grossesse, fausse couche. Les cinquième et sixième enfants ont été des filles. La cinquième, bien portante, est actuellement mariée sans enfant, la sixième est la mère du petit garçon. Ce dernier est un enfant naturel. On ne sait pas si le père était malade. La mère est suivis depuis six années dans les hôpitaux de Paris pour une maladie

à évolution progressive. Notre confrère, qui la soigne actuellement, à bien voulu m'écrire à son sujet : « Elle présente un Syndrome déjà ancien d’atrophie musculaire pseudo-myopathique des membres supérieurs, avec évolution toute récente d'une atrophie au niveau des muscles de la main. La formule électrique est plutôt en faveur d'une lésion du neurone périphérique que d’une atteinte myopathique. Toutes les réactions humorales, sang, liquide céphalo-rachidien, sont négatives. » J'ai su par ailleurs qu'elle avait suivi des traitements très réguliers et divers antisyphilitiques, sans modification dans la marche de sa maladie.

Examen. — L'enfant se laisse bien examiner; rien au Cavum, ni au nez, ni au pharynx. Au laryngoscope, les deux cordes sont de couleur et de forme normales, mais elles s'écartent à peine à la respiration, alors qu'elles viennent régulièrement au contact l’une de l’autre dans la phonation. Même dans les aspirations fortes, les cordes restent bien loin de la position qu'elles devraient occuper; leur bord libre tremble un peu, l'enfant s'énerve, et‘un léger cornage se produit. La voix reste claire.

Depuis ce premier examen, l'enfant à été examiné à plusieurs reprises. À Ja radioscopie, le Docteur Beaurepaire n’a trouvé aucune compression cervicale basse ou cervico-médiastinale.

Pas d’hypertrophie de la rate ni du foie. Les résultats sérologiques ont été négatifs. Les réflexes pupillaires et tendineux sont restés normaux. Enfin, j'ai tenu à voir de plus près le larynx: sous anesthésie générale courte, j'ai pratiqué une laryngoscopie directe, aucune mallormation sous-glottique, les cordes avaient toujours l'aspect d’une paralysie symétrique des abducteurs du larynx.

Malgré l'absence de tout symptôme syphilitique ou hérédo-syphilitique, l'enfant a été soumis à un traitement régulier d’injections bismuthiques el arsenicales alternées. Après trois mois de soins, il ne s’est produit aucune amélioralion des symptômes laryngés ou des troubles dyspnéiques.

Commentaires de l'auteur, — Cette observation peut être le sujet

de discussion clinique, non point en elle-même, le syndrome de Gérhardt est ici indéniable, il n’est associé

é à aucune autre lésion,

E$,., Eat

la paralysie est symétrique, l'âge du malade, s'il est une rareté clinique, n'est pas une raison pour nier l'existence d'une P. D. J'ai trouvé, publiées en France, deux observations comparables A. Bloch et Lemoine ont présenté à la Société de laryngologie des Hôpitaux de Paris, 8 juin 1927 (in Annales d'O.-R.-L., 1927, p. 131%), celle d'un enfant de 13 ans, qui avait été vu huit ans auparavant par Le Mée. L'ordre du jour de la dernière séance de Ja même Société comporte la présentation par Bloch d’une observation identique.

Chez mon malade c'est l’étiologie d'affection qui est incerlaine. Est-ce ou non la syphilis ? Et Jacod concluait son observation en montrant quelles modifications s'étaient produites depuis Lermoyez au sujet de l'étiologie de la P. D. Il mettait en évidence l'influence des virus neurotropes sur l’encéphale au détriment de la svphilis. Et il concluait qu'en l'absence chez son petit malade de stigmates hérédo-syphilitiques, de splénomégalie, de positivité du B.-W. et de la réaction de Hecht, en l'absence d'amélioration par le traitement, il n'y avait guère de chance pour qu'il s'agisse d'une hérédité de seconde génération. En définitive, on se trouvait

en présence d'une paralysie des dilatateurs d'origine indéterminée.

OBSERVATION VI

(CozLer et Mavoux, Revue d'O.-N.-0., mars 1935, p. 134.)

Cancer de l'æsophage avec paralysie récurrentielle double, d'évolution atypique, et greffe cancéreuse épiglottique.

D.., 59 ans, cultivateur. Entre le 1% juin 1929 à la Clinique O.-R.-L. pour dysphagie ayant débuté en février, Actuellement, les liquides passent seuls. A noter que le malade est gros fumeur et gros buveur (au moins 3 litres de vin par jour et des apéritils). La radioscopie montre un obstacle exactement en arrière de la elavieule. L’æsophagoscopie montre un-néo annulaire bourgeonnant à 20 centimètres des arcades dentaires. On place deux tubes

de radium de 74 millicuries le 12 juillet 1929 On les laisse

Le NAS seize heures, puis on place à nouveau deux tubes de radium de 100 millicuries qu'on laisse vingt-quatre heures, le 2# du même

mois,

La dysphonie est survenue le 27 février, brusquement, le matin

au réveil, La malade parlait parfaitement la veille. Le # mars 1930, la corde vocale gauche était en position cadavérique, la droite arrivait à la ligne médiane, mais pas au-delà. La voix était couverte, mais quand le malade s'animait, les sons sortaient bien. Il chantait la Marseillaise.

Le 15 mars 1930, on fait une gastrostomie sous anesthésie locale.

Le 4% mai 1930, à la visite, on constate que l’aphonie est complète, et on diagnostique aussitôt une paralysie récurrentielle double, Le malade dit qu'il y à quatre ou cinq jours, au réveil, il se trouvait aphone, La corde vocale droite est complètement paralysée, et en position cadavérique légèrement excavée. La parole entrecoupée à cause du coulage. L'aryténoïde droit a quelques mouvements, Le malade module un peu.

Le 14 mai 1930, le matin, à la visite, on est frappé de constater qu'il y a des syllabes sonores. La corde vocale droite est sur la ligne médiane, son aryténoïde bouge dans la phonation, la corde vocale beaucoup moins, On constate de plus une infiltration néoplasique de la moitié droite de l’épiglotte,

Le 17 juin 1930, le malade est très dyspnéique, la lésion épiglottique à encore augmenté ces jours-ei. Exérèse avec la pince emporle-pièce pour biopsie, Les cordes vocales sont rouges. Toutes deux en position intermédiaire, absolument immobiles, non aspirées dans l'inspiration, Dans la phonation, léger mouvement de l'aryténoide, pas de la CG, V. La gauche est peut-être un peu excavée, On à l'impression que l'obstacle siège plus bas. Le malade n accepte pas la trachéotomie, Le 28 mai 1930, la biopsie laryngée est cicatrisée.

Le 27 juillet, la dyspnée s'aggrave peu à peu; le malade meurt sans présenter de syndrome nouveau. .

Autopsie : Cancer s'étendant sur 30 centimètres, descendant bas

sous forme de traînées ulcéreuses, L'œsophage est entouré par une

Pur TOME

masse infiltrée dure, où l'on distingue des ganglions envahis, dans lesquels les récurrents sont englobés. Fistule œ@sophago-trachéale sans bourgeons dans la trachée. Rien aux autres organes.

Commentaires de Collet et Mayouxr. — Ce qui est absolument particulier ici, c'est l'évolution de la paralysie de la C. V. droite. D'emblée, en position intermédiaire, elle s’est fixée ensuite en position médiane, et le malade, d'abord aphone, a pu parler, puis elle est revenue en position intermédiaire en même temps que réapparaissait l'aphonie. Nous ne connaissons aucune observation analogue. On voit parfois la corde vocale en position médiane se fixer ensuite en position intermédiaire, et c’est de cette évolution, d’ailleurs inconstante, que Semon avait fait une loi. Mais jamais jusqu'ici l'inverse n'avait été observé.

L'intérêt de ce fait est qu'on ne peut le faire entrer dans Île cadre des hypothèses qui ont voulu expliquer les différentes positions des C. V. dans les paralysies récurrentielles. Ce n'est pas l'atrophie qui peut rendre compte de la position intermédiaire chez notre malade, car on conçoit difficilement que le tonus réapparaisse en quelques jours sur une corde atrophiée pour disparaître ensuite, Il n'est pas possible non plus d'invoquer une anomalie nerveuse, les fibres innervant le constricteur passant par le larvngé supérieur, La lésion, qui était médiastinale, ne peut mettre en cause ce dernier nerf, L'un de nous (Collet) avait déjà objecté à cette hypothèse que, chez des blessés de guerre, dont la lésion portait au-dessus du laryngé supérieur, il y avait quelquefois les C. V. en position médiane, quelquefois en position intermédiaire. :

Il faut bien admettre ici que tout s’est passé dans la portion du nerf comprimée par la tumeur. La compression inégale et variable des différents filets nerveux peut seule expliquer les variations

dans la position des cordes.

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