ACTE PREMIER
avec des haillons de phrases toutes faites qui ont traîné dans tous les. romans morpnés, avec des lieux-communs édenté*, que vous raillez l’humanité dans ce qu’elle a de vivant, de légitime et de sacré! Mais cette inspiration que vous appelez toujours et qui, heureusement pour vous, ne vient jamais, n’est*qu’une courtisane vulgaire ! Pour lui faire balbutier quatre rimes plates , il lui faut les excitants les plus corrosifs! C’est une créature stupide, abrutie, qui chante d’une voix éraillée l’ignoble chanson de l’absinthel une muse verte qui sue le poison et sent le grabat! qui livre votre ima-
f inalion à des débauches énervantes donlune partie des prouclions contemporaines, Mémoires de celle-ci, Confessions de celle-là, ne sont que les enfantements monstrueux 11
Très-bien! allez toujours, fulminez! Pourquoi ne ditesvous pas tout de suite que c’est nous qui inventons les veaux à deux têtes!
LE DOCTEUR
Vous ne vous apercevez pss que vous détruisez le corps et que vous tuez l’àme! vous fuyez celte existence honorée, simple, laborieuse et douce, qui vous est offerte à chaque pas! Et vous riez tout haut vos rires indécents! vous vous moquez des esprits bien portants, des cœurs honnêtes qui ont accepté cette vie que vous ne voulez pas comprendre. Cela dure dix ans, vingt ans; puis, un jour, il fait froid dans votre chambre, vous vous sentez triste; les compagnons des plaisirs d’autrefois les renient ou en sont moitsl Mélancolique, vous vous allongez devant) un feu qui ne pétillé plus dons l’àlre... vous regardez autour de vous... personne! et vous grelottez d’un froid étrange! le manteau de plomb des égoïstes vous serre les épaules. Vous vous levez, et vous apercevez dans la glace votre visage pâle et amaigri!... Vous n’avez même pas la couronne du vieillard, l’aurécle des cheveux blancs ! Votre front ridé est honteusement chauve! Alors, si vous avez été une nature solide, s’il vous reste un lambeau de mémoire... châtiment horriblel vous, vous souvenez! le passé vous parle et il vous accuse! vous essayez de lui répondre, avocat vieilli d’une cause perdue!., la parole hésite dans votre gorge et vous ne trouvez qu’un sanglot!
OCTAVE, se mouchant.
Mais, docteur, permeftez-moi... (A pari, voyant que lo docteur va continuer.) Ahl au diable!
LE DOCTEUR
Nonl non! vous m’entendrez jusqu’au bout. Avant d’arriver à cette vieillesse sans affections, sans enfants, parfois vous
;z autour de vous des affections bâtardes!... Une famille d’emprunt! Vous suivez l’exemple de Maxime.
MAXIME
Mon exemple!
LE DOCTEUR
Vous êtes jeune encore, vous avez le feu dans les yeux, la flamme dans le cœur I on vous croit du talent, vous en aurez si vous ne l’assassinez pas lâchement dans le guetapens de la débauche. Le monde vous sourit... Passe une pure jeune fille, blanche comme une aurore, fraîche comme un printemps, vous lui parlez d’amour; la musique est douce!!.. Confiante, heureuse, rougissante, elle vous écoute... puis un soir, prise au charme, accablée de bonheur, elle vous tend la main et dit : Je suis à vous... je suis à vous, mais pour toute la vie!
MAXIME, ému.
Ah ! de grâce!...
LE DOCTEUR
Pour toute la vie ? allons donc! Et vous lui répondez, à cette vierge : Je suis un artiste, moi! il me faut l’air, l’espace, la liberté!
maxime. '
Sérieusement !... je vous en prie...
LE DOCTEUR
Alors la jeune fille met la main sur son cœur, étouffe ses larmes et tient parole à sa mère! Elle suit les leçons chastes qu’elles a reçues, bannit l’insensé de sa mémoire, l’ingrat de son cœur, et comme elle sait que la vie est un devoir, que chacun a sa tâche ici-bas, dont il doit compte, elle choisit un autre bras pour s’appuyer!... Elle se marie! l’honnête jeune, fille devient une honnête mère de famille 1 (a Octave.) Étude de pot-au-feu 1 n’est-ce pas, monsieur?
OCTAVE, à part.
Ouais!... jamais Maxime ne m’avait rien dit de celte idylle.
MAXIME, affectant an air railleur.
En vérité, docteur, je ne sais pas pourquoi vous réveillez tous ces souvenirs qui sont morts aujourd’hui, et que vous avez certainement mieux gardés que moi.
LE DOCTEUR
Mieux gardés que vous! Soyez homme, Maxime, et ne vous mentez pas à vous-même. Est-ce qu’on peut prendre à deux mains son premier amour et l’étouffer brutalement ? Le plus pur de votre vie, c’est ce chaste amour de votre